Regards sur les apocryphes

Une lecture "canonique" de textes non canoniques.

 

La collection "la Pléiade" aux éditions Gallimard nous avait présenté en 1987 son premier volume autour  des Saintes Ecritures, il s'agissait des textes des apocryphes de la Première Alliance. Les savants éditeurs établirent que ces textes se situaient à la charnière entre les Ecritures canoniques de l'Ancien et du Nouveau Testament, entre le deuxième siècle avant la naissance du Sauveur et le courant du premier  siècle de l'ère chrétienne, aussi ce premier volume fut justement appelé "Ecrits inter-testamentaires".

 

Le grand intérêt des Ecrits apocryphes inter-testamentaires réside dans la connaissance qu'ils nous donnent de l'attente messianique du peuple d'Israël et des mouvements spirituels à l'intérieur de la communauté juive. Signalons au passage, pour répondre aux polémiques d'auteurs à succès, que tous les textes de Qûmran  publiables sont présents dans ce volume; ce qui n'a pas encore été présenté au public représente une multitude de fragments de manuscrits qui exceptionnellement n'excèdent pas une demie ligne, parfois un ou deux mots et souvent quelques caractères. Ces documents restent à l'expertise de la communauté scientifique mais sauf découverte de nouvelle cache, il est peu probable qu'on en tire grand chose. Disons-le tout net, il n'y a pas de complot du Vatican, ni d'autre, qui cacherait au public quelque connaissance sur la foi d'Israël ou les origines du christianisme contenue dans les manuscrits de la Mer Morte!

 

Ceci nous amène à définir ce qu'on entend par "apocryphes". Il ne s'agit pas de doctrines secrètes ni même de livres condamnés par les autorités ecclésiastiques juives ou chrétiennes, mais d'ouvrages qui ont été pour différentes raisons laissés de côté quand s'est établi ce que nous appelons le canon des Ecritures. Ils n'ont pas été retenus, non à cause de leur savoir secret comme pourrait le laisser suggérer le sens commun donné au mot apocryphe, ni systématiquement pour leur doctrine déviante, mais parce que leurs traditions n'ont pas été estimées,  pour ce qui concerne le christianisme, par nos pères théophores comme provenant de l'inspiration divine. Les pères n'ont pas reconnu  dans les écrits mis hors du canon l'expression parfaite du Saint Esprit. Et nous devons bien reconnaître que malgré leur intérêt pour l'histoire et la sociologie des religions, nos pères ont eu un jugement sûr sur cette production: Souvent les apocryphes s'éloignent de la saine sobriété des Ecritures, étalent un goût du merveilleux,  relèvent plutôt d'une mentalité magique exprimant certes l'effroi du sacré mais éloignée de la notion de sainteté du Tout Autre.

 Enfin, les apocalypses nous disent beaucoup plus de choses sur  les frustrations et les phantasmes du subconscient que sur les fins dernières. Enfin, il ne faut pas taire que certains apocryphes ont véritablement vocation de révéler quelque doctrine cachée (mais bien connue) et appartiennent aux courants gnostiques écartés par l'Eglise. C'est surtout valable pour les écrits du Nouveau Testament.

 

Dix ans après son premier volume sur les Ecrits intertestamentaires, la collection de la Pléiade propose un choix  d'apocryphes du Nouveau Testament sous le titre "Ecrits apocryphes chrétiens"(dépôt légal octobre 1997).

 

Outre ce que vient d'être dit en début d'article sur l'intérêt pour l'histoire des mentalités, les apocryphes chrétiens sont indispensables au chercheur qui s'intéresse aux mouvements d'idées des premiers siècles du christianisme, à l'iconographie chrétienne, à l'histoire de certaines fêtes et thèmes liturgiques et l'origine des synaxaires (vie des saints lue au cours de l'office divin). Ainsi, si la Tradition ecclésiale a laissé dans l'ombre les apocryphes, elle a fait sienne le meilleur des informations et l'a introduit dans l'expression de son culte.

 

L'ouvrage de la Pléiade présente les apocryphes chrétiens en les répartissant par sujets: textes relatifs à Jésus et Marie, visions et révélations, Jean-Baptiste et les apôtres. Les manuscrits de Nag Hammadi  de forte coloration gnostique bénéficieront d'un troisième volume à venir.

 

Je vous propose de poser un regard sur les textes apocryphes des deux premiers siècles du christianisme en prenant une autre répartition:

1. les documents contenant des paroles du Sauveur probablement authentiques,

2.   les textes à l'origine des fêtes ou thèmes liturgiques ou iconographiques importants

3.   les récits des actes d'apôtres qui sont entrés dans les synaxaires.

                                                  

1. LES PAROLES du SEIGNEUR ou "LOGIA"

1.1 Les témoins manuscrits des Evangiles canoniques se comptent par milliers, ils sont tous unanimes et ne comptent que très peu de variantes importantes. Quelques unes qui n'ont pas été retenues dans les éditions critiques, sans vraiment appartenir à la collection des apocryphes, ne sont pas sans intérêt pour l'histoire de la spiritualité.

 

1.1.1. Saint Grégoire de Nysse dit avoir lu en Luc 11,2 dans la prière dominicale au lieu de "Que ton règne vienne" la formule "Que ton Saint Esprit vienne sur nous et nous purifie".

Les liturgistes attachent une importance à ce verset pour l'histoire de l'Epiclèse eucharistique. L'idée de purification par la venue de l'Esprit Saint est aussi exprimée dans le tropaire de tierce de l'office divin: "Roi céleste, consolateur, Esprit de vérité <.> viens et habite en nous, purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes  toi qui es Dieu bon".

 

1.1..2 Le codex latin de Bèze 4è.S. conclut les interventions du Seigneur sur le sabbat en Luc 6, par cette addition: "le même jour, Jésus vit quelqu'un faire un travail, alors que c'était le sabbat; il lui dit:" Homme, si tu sais ce que tu fais, tu es heureux; mais si tu ne le sais pas, tu es maudit et transgresseur de la Loi".   

                                       

1.1  Documents contenant des paroles du Sauveur probablement authentiques:

1.1.3. Le papyrus "Oxyrhynque 1224" en dépôt à Oxford, daté du IVè S., présente trois logia (paroles, singulier logion) de Jésus  sans leur contexte. Le troisième  est conciliable avec Luc 9,50 et Marc 9,40:

"Priez pour vos ennemis. Car qui n'est pas contre vous est pour vous, qui aujourd'hui se tient éloigné, demain sera proche de vous".

 

1.2   Les agrapha (singulier agraphon) sont des versets cités par les pères apostoliques comme authentiques bien que "non écrits" dans les quatre évangiles canoniques.

1.2.1  Epître de saint Barnabé 7,11:

"Jésus dit: Ceux qui désirent me voir et atteindre mon royaume devront me saisir à travers l'épreuve et la souffrance".

1.2.2   Saint Clément d'Alexandrie en Stromates 1,19,94,5  soutient que la connaissance du prochain, réfléchissant l'Esprit qui est en nous, nous renvoie à la connaissance de Dieu le Logos:

"Il est dit: Tu as vu ton frère, tu as vu Dieu". 

Tertullien dans son traité sur la prière écrit aussi: "Tu as vu ton frère, tu as vu ton Seigneur".

1.2.3 La douzième homélie de saint Clément de Rome fait dire à Jésus, le"prophète de la vérité : Il faut que le bien arrive: béni celui par qui il vient. Il est nécessaire pareillement que le mal arrive: malheur à celui par qui il vient". 

Cet agraphon  est à rapprocher de Luc 17, 1

1.2.4    Le  grand Origène en toute honnêteté, dit dans son homélie 3 sur Jérémie:

J'ai lu quelque part un dit attribué au Sauveur, qu'on lui ait mis dans la bouche  ou qu'on en ait retrouvé le souvenir, je me demande si la parole n'est pas véridique; le Sauveur y dit ceci: Celui qui est près de moi, est près du feu; celui qui est loin de moi, est loin du Royaume".

Saint Didyme l'aveugle donne le même témoignage qu'Origène.  Saint Ephrem cite aussi cet agraphon avec la variante suivante " Loin de moi, loin de la Vie". L'Evangile de Thomas, en v .82, contient la même version du logion  que celle d'Origène. 

 

2 Textes à l'origine des fêtes ou thèmes liturgiques ou iconographiques importants.

                                                    

2.1. Protévangile de Jacques

2.1.1. Probablement le plus ancien des apocryphes du cycle de la Vierge Marie, le protévangile de Jacques dans sa forme primitive qui pourrait dater de la seconde moitié du 2è.S, portait le nom de "Nativité de Marie". Son appellation de "protévangile de Jacques" est due au jésuite français, grand voyageur et curieux de sciences traditionnelles, Guillaume Postel, qui en fit en 1552 la première traduction latine de la version longue.

Le livre de la "nativité de Marie" n'était pourtant pas inconnu de l'occident, car figure dans le décret du pape Gélase (6è.S.) parmi les livres à rejeter.

Tout l'orient chrétien a donné son estime au récit et l'utilise dans le synaxaire pour les fêtes  de la Nativité de la Vierge le 8 septembre, de la Présentation de Marie au temple le 21 novembre et la Conception de Marie par sainte Anne le 9 décembre. Ces trois fêtes ont été reçues  dans la liturgie occidentale. (Il n'y a pas lieu ici d'examiner le fondement de la fête latine le 8 décembre  de l'Immaculée Conception qui a remplacé définitivement  celle de la Conception de Marie avec la proclamation du dogme pour l'Eglise catholique romaine en 1854 ). 

Le titre original de Nativité de Marie annonce parfaitement le but de l'ouvrage. Nous savons par l'intermédiaire du philosophe Celse (vers 170) réfuté par Origène, que très tôt dans l'histoire du christianisme,  les juifs, pour disqualifier Jésus de sa qualité de Messie d'Israël,  ont fait courir une rumeur sur sa mère: Jésus ne pourrait revendiquer son titre de Fils de David car serait le fruit illégitime de Marie avec un païen, de surcroît centurion de l'armée romaine, nommé Panthéra. Le livre de la Nativité de la Vierge a l'ambition de  répondre à cette indigne calomnie. Il défend la virginité de la vierge par des récits de faits antérieurs à ceux que relatent les quatre évangiles canoniques qui  rapportent avec simplicité  l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe, "Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils".

Le livre de la Nativité de la Vierge nous livre les noms des parents de Marie, le prêtre Joakim et Anne. Il réutilise pour décrire la naissance de Marie des événements analogues de la Première Alliance comme la naissance de Samuel (1Samuel  1),  et le récit de saint Luc (1,5. 56) pour la naissance de saint Jean Baptiste. Retenons l'essentiel sur l'influence des trois fêtes citées plus haut qui n'ont pas de fondement dans la tradition scripturaire canonique.

2.1..2.  Conception de Marie par Anne et Joakim, sa nativité. 

Anne, l'épouse du prêtre Joakim, était déjà à un âge avancé, et n'avait pas connu la joie de la maternité.  Pendant que son époux était humilié dans le temple par un prêtre peu charitable en raison de son "incapacité à faire naître une postérité en Israël", Anne se lamentait pour les mêmes raisons et "voici qu'un ange du seigneur se tint devant elle, disant: Anne, Anne, le Seigneur ton Dieu a exaucé ta prière. tu concevras et tu enfanteras, et on parleras de ta postérité dans le monde entier. Anne répondit:" Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, si j'enfante soit un garçon soit une fille, je l'amènerai en offrande au Seigneur mon Dieu, et il sera à son service tous les jours de sa vie". L'enfant à naître est autant le fruit de ses pieux parents que celui de l'intervention du Seigneur, marie est l'enfant du miracle.

La tradition liturgique orientale résume la  narration du livre de la nativité de Marie dans ses tropaires. Elle chante le 9 décembre:

"Aujourd'hui sont déliées les chaînes de la stérilité, car l'univers fête la conception d'Anne, survenue de par la volonté de Dieu. Elle a engendré de Joakim celle qui devait concevoir le Logos devenu homme. Par les prières des aïeux de Dieu, Seigneur, sauve-nous" 

et le 8 septembre:

Ta naissance, ô mère de Dieu, a annoncé la joie à tout l'univers, car de toi s'est levé le soleil de justice, le Christ notre Dieu, qui en enlevant la malédiction, nous a donné la bénédiction; en anéantissant la mort, il nous a donné la vie éternelle".       

2.1.3.  La présentation de la Vierge au temple

Selon le vœu d'Anne, Marie dès l'âge de trois ans fut confiée aux prêtres pour vivre au temple de Jérusalem. Le livre de la nativité de Marie précise qu'elle y vécut jusqu'à l'âge de douze ans. A sa puberté, elle fut remise à la demande de l'ange du Seigneur à celui qui serait désigné par un prodige. "Joseph, vieillard chargé de fils" et veuf, est désigné. Ainsi la présence dans les évangiles canoniques de "frères de Jésus" est sobrement expliquée et permet d'affirmer sans controverse la virginité de Marie.

                                                    

                       

2.1. 4. L'Annonciation, la naissance de Jésus et l'épisode de la visite des mages sont relatés conformément aux évangiles de Mathieu et Luc avec un luxe de détails. Signalons que le protévangile de Jacques est probablement, en présentant "le doute de Joseph",  à l'origine du contresens de quelques pères de l'Eglise  suivis par de nombreux traducteurs,  qui comprennent l'initiative de Joseph en Mathieu 1,19 de renvoyer secrètement Marie comme la volonté "de ne pas la diffamer" alors qu'il semble bien que l'évangéliste cherchait à montrer toute la délicatesse de Joseph. Il faut lire "ne voulant pas la déprécier"   en se faisant passer aux yeux du peuple pour le père de l'enfant né de la puissance de l'Esprit Saint. La  naissance du Sauveur est décrite avec beaucoup de pudeur: "Une nuée lumineuse couvrait la grotte" et ne se retira qu'après l'accouchement.

La virginité de Marie est prouvée par l'épisode de la sage-femme Salomé qui doutant qu'une "vierge puisse enfanter mit son doigt dans la nature de Marie, et poussa un grand cri sentant sa main, dévorée par le feu, se détacher de son bras". Cette scène scabreuse contraste avec l'élégance de la nuée lumineuse qui, tout à la fois,  voile et exprime le mystère. Tous les détails du protévangile de Jacques ont été mis largement à contribution par l'iconographie byzantine et romane, puis gothique, les maîtres classiques ne les ont pas dédaignés.

 

2.2. L'Evangile de l'Enfance du Sauveur du pseudo Mathieu.

Le témoin le plus ancien de ce texte latin est un manuscrit conservé à la bibliothèque de la faculté de Médecine de Montpellier. Il a été écrit à la fin du 8è. S.   Le récit est une compilation du protévangile de Jacques et d'autres légendes, peut-être "l'évangile arabe de l'enfance" dans sa version égyptienne. Il est intéressant pour nous, coptes et languedociens,  de relever les détails de la fuite en Egypte souvent représentés par les imagiers du moyen-âge: l'escorte de la sainte famille par les lions et léopards, le palmier qui s'incline pour offrir ses dattes et surtout la conversion d'Aphrodyse, préfet d'Egypte, qui deviendra selon la légende languedocienne, le premier  évêque de Béziers.

               

 

2.3. Nous ne nous arrêterons pas sur  " le discours de saint Jean le théologien sur la dormition de Marie". Cet apocryphe du 5è.S, dont des éléments sont probablement de la tradition judéo-chrétienne de Jérusalem du 2è. S.,  est le témoin le plus ancien de "l'assomption de Marie". -voir le sens des fêtes: assomption. - Les liturgies d'Orient et d'Occident commémorent le 15 août la dormition  et le transport du corps de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, au paradis. L'iconographie orthodoxe et romane a largement  utilisé à juste titre le thème général  reçu par la tradition ecclésiale,  mais a aussi abusé des anecdotes les plus extravagantes qui, ajoutés à partir du 6è.S. ,  privent le récit du sérieux  historique et mystique.

 

2.4. Evangile de Pierre

Selon le témoignage d'Eusèbe de Césarée, Sérapion, évêque d'Antioche en 200, a pris connaissance d'un évangile de saint Pierre utilisé par la communauté ecclésiale de Rhossos. Bien qu'il n'y  trouve aucune doctrine hétérodoxe, il refuse la paternité du texte à l'apôtre, fondateur du siège d'Antioche. Il semble bien pourtant que l'évangile de Pierre ait connu une grande diffusion dans les communautés judéo-chrétiennes de Syrie. Après la disparition définitive de ces communautés au 5è.S., l'ouvrage s'est perdu.

Nous possédons un fragment découvert en 1886 dans une nécropole d'Akhmîm en Haute Egypte. le texte est proche du témoignage des évangiles canoniques, il a pourtant un accent qui laisse percevoir l'enseignement du bienheureux Pierre: Les événements de la passion sont présentés comme l'accomplissement des Ecritures et surtout l'épisode de la résurrection est racontée selon la mentalité du judaïsme messianique qui met en exergue la prédication du Christ au enfers.

Les Ecritures canoniques restent discrètes sur ce qui s'est passé pendant que le corps de Jésus reposait dans le tombeau, pourtant toute la tradition liturgique orthodoxe attache une grande importance à "ce grand sabbat" au cours duquel les morts reçoivent la prédication du salut. Puisqu'il faut bien rattacher cette tradition orale à un texte, on argue des versets 18 & 19 du chapitre 3 de la première épître de Pierre. "Le Christ <> mis à mort dans la chair est revenu à la vie par l'Esprit. C'est avec ce même Esprit qu'il est allé prêcher aux esprits en prison".  Tout le monde s'accorde pour comprendre que la prison est bien les enfers mais beaucoup d'exégètes sont embarrassés par les versets suivants qui semblent limiter cette prédication à quelques uns.

Avec Daniélou dans sa "Théologie du judéo-christianisme", il vaut mieux  admettre que la prédication aux enfers appartient à la grande tradition orale, soit que la liturgie ait engendré le thème dans la littérature apocryphe, soit que celle-ci dépende de celle-là. En tout cas, notre tradition orthodoxe sur la prédication du Christ aux enfers est un signe inséparable de la résurrection et du triomphe du Christ. Saint Irénée dans son traité contre les hérésies IV, 27,2, appelle comme témoin de notre tradition un presbytre ayant appartenu au milieu apostolique qui enseignait que

" Le Seigneur est descendu dans les lieux qui sont sous terre, pour annoncer à eux aussi sa venue; la rémission des péchés étant donnée à ceux qui croient". 

L'Evangile de Pierre ne s'attarde pas aux détails de la descente aux enfers, il introduit le fait dans la vision nocturne des gardiens du tombeau.

" dans la nuit où commençait le dimanche, <> il y eut un grand bruit dans le ciel.. <Les soldats virent les cieux s'ouvrirent  et deux hommes brillants d'un éclat intense, en descendre et s'approcher du tombeau. La pierre <> roula d'elle-même <> et le tombeau s'ouvrit et les deux jeunes gens y entrèrent. Les soldats réveillèrent le centurion <> de nouveau ils virent: du tombeau sortirent tris hommes , deux soutenaient l'autre, et une croix les suivait. Et la tête des deux atteignait jusqu'au ciel, alors que celle de celui qu'ils conduisaient par la main dépassait les cieux. Et ils entendirent une voix venue des cieux qui dit: "As-tu prêché à ceux qui dorment?" Et on entendit une réponse venant de la croix: "Oui".

Il ne faut pas prendre le récit au pied de la lettre mais l'entendre comme une parabole qui livre une théologie particulière,  la croix est liée à l'exaltation. Elle n'est pas seulement l'instrument de la passion mais aussi et surtout le signe de l'extension cosmique de la rédemption.

La croix est présentée comme une puissance vivante qui exprime le contenu de la Passion du Sauveur. Saint Justin écrit dans sa première Apologie 50,2, " la croix est le grand symbole de la force et de la puissance du Christ".

Les deux  hommes brillants de l'évangile de Pierre, c'est à dire les deux  anges peuvent vouloir exprimer que la Merkaba, le char divin d'Adonaï qui parcourt la terre pour exercer la providence, est remplacé par la croix qui  transporte Jésus comme sur le trône angélique dans les cieux. La résurrection est ainsi décrite en terme d'ascension céleste. 

Le texte du manuscrit d'Akmîm fait confirmer cette opinion par l'ange du tombeau qui s'adresse à Marie Magdeleine et aux myrophores et dit:

"Qui cherchez-vous? Ne serait-ce pas celui qui a été crucifié? Il est ressuscité et s'en est allé. Si vous ne le croyez pas, penchez-vous et voyez la place où il était déposé, il n'est pas ici. En vérité, il est ressuscité et s'en est allé d'où il avait été envoyé".

 

Si nous sommes attentifs à la finale de l'Evangile de Luc, 24,1.53, nous constatons que l'évangéliste met aussi en rapport les apparitions du ressuscité, le premier jour de la semaine avec son ascension dans les cieux.  Nous devons comprendre que le sacrifice de la croix accompli, le Sauveur, dès sa mort pour nous reçoit la gloire dans les cieux. La résurrection ouvre la porte de l'éternité, le temps de la physique est métamorphosé (transfiguré) pour Celui qui prend possession du Royaume.

Le même saint Luc dans les Actes des Apôtres 1,3.11, nous fait le récit de l'ascension au terme de quarante jours d'apparitions du ressuscité après Pâque pour nous dire que nous qui sommes dans l'attente, dans le temps, nous soulevons le voile de l'éternité par l'anamnèse liturgique dans laquelle le Messie se laisse voir. Selon l'effort de métanoïa et la grâce libre de Dieu, la présence du Christ vivant, présidant notre assemblée liturgique est pour nous plus ou moins intellectuelle, spirituelle, palpable ou ignorée, elle est néanmoins réelle. 

 

2.5 Questions de Barthélémy

Ce texte est probablement aussi très ancien et certains de ses récits peuvent dater du 2è.S. Les questions de Barthélémy traitent des thèmes apocalyptiques très différents. Les apôtres, surtout Barthélémy, après la résurrection interrogent Jésus sur la crucifixion et la descente aux enfers, puis questionnent  Marie sur la conception miraculeuse du Christ, après,  ils demandent à Jésus de leur montrer l'abîme, le diable saisit l'occasion de raconter comment il a été expulsé du ciel et les circonstances de la création de l'Homme, enfin le Seigneur renseigne Barthélémy à propos du péché.

"Le plus grave de tous, c'est l'hypocrisie et la calomnie. <> mais le péché contre le Saint Esprit ne sera pas pardonné. <> Quiconque a proféré une parole contre tout homme qui s'est mis au service de mon Père Saint, a blasphémé contre l'Esprit Saint, car tout homme qui sert Dieu avec vénération est digne de l'Esprit Saint".

Les questions de Barthélémy  transmettent vraisemblablement  le plus ancien récit du Christ aux enfers et sa victoire sur les puissances infernales. On ne peut lui trouver de texte plus ancien sauf peut-être les Odes de Salomon. 

   Barthélémy raconte ce qu'il a remarqué pendant la crucifixion. A la venue des ténèbres, en effet, il a vu Jésus descendre de la croix, disparaître pendant trois heures et réapparaître à nouveau pendu sur la croix au retour de la lumière. Jésus explique:

" Lorsque j'ai disparu de la croix, c'est alors que je suis descendu dans l'Hades pour en faire sortir Adam et tous les patriarches, Abraham, Isaac et Jacob <> Je suis descendu avec les anges dans l'Hades pour briser les verrous de fer et les porte de bronze" Après les lamentations de l'Hades " Les portes de bronze et les verrous furent brisés, <> j'entrai et je fis sortir tous les patriarches et je revins sur la croix".

                                  

Cette représentation de la descente aux enfers est devenue dans l'inconscient de beaucoup de fidèles orthodoxes l'icône même de la résurrection  bien que l'Eglise l'ait consacrée au samedi saint. La liturgie chante au samedi de la joie:

En ce jour, l'enfer se lamente: "Il eut mieux valu pour moi n'avoir pas accueilli celui qui est né de Marie. En pénétrant dans mon domaine, il a brisé mes portes d'airain. Etant Dieu, il a ressuscité tous mes captifs".

En ce jour l'enfer s'écrie: "J'avais accepté comme un mortel cet homme mort, il me dépouille des âmes dont j'étais le roi. Moi qui possédais depuis toujours les morts, voici que lui les ressuscite tous".

En ce jour, l'enfer se lamente: "Mon pouvoir est englouti; le pasteur est mis en croix et Adam se relève. Le crucifié vide les tombeaux, la puissance de la mort est en poussière".  

                                                                             

2.6 L'évangile de Philippe:

Un romancier s'est basé sur l'évangile de Philippe pour mettre en scène Jésus marié à Marie Magdeleine. C'est un roman, donc passons… Un ecclésiastique "orthodoxe" écrivain prolixe a commis un livre sur Marie Magdeleine où il laisse planer un doute sur ses relations avec Jésus. Oh, il ne dit pas que Marie Magdeleine et Jésus…non… mais entraîne le lecteur à cette conclusion par des arguments spécieux sur la vraie humanité du Christ qui donc assume aussi la sexualité (?), sur le fait qu'un rabbi devait être marié (re?) .  Il apporte comme témoin, l'évangile de Philippe.

C'est sur un contresens sur l'intention de l'écrivain de l'évangile de Philippe que l'on avance imprudemment ces relations charnelles.  En effet le texte affirme que Marie-Madeleine était la compagne de Jésus: "La compagne du Fils est Marie-Madeleine. Le Christ l’aimait plus que tous les disciples et l’embrassait fréquemment [sur la bouche] ". En réalité, le mot bouche manque dans le manuscrit, mais peu importe, c'est plausible, sauf que l’Evangile de Philippe est gnostique  de la famille des encratites qui interdisent toutes relations sexuelles. Dans ce contexte,  le baiser est symbole du don du souffle, don de la vie, transmission du souffle de la sagesse, de l'Esprit. Les encratites  veulent faire comprendre que Marie-Madeleine n’est donc pas l’épouse du Christ au sens littéral, mais la vraie initiée, celle par qui la vraie sagesse va passer. Alors que les Douze, avec leurs quatre Evangiles trop terre-à-terre, sont tout justes bons à enseigner les balourds. De ce point de vue, l’évangile de Philippe rejoint celui de Judas: Les disciples n’ont rien compris, il faut un disciple initié qui transmette la vraie sagesse.  Judas, Marie-Madeleine, Thomas, bref n'importe qui sauf Mathieu, Marc, Luc et Jean.

Quand aux élucubrations modernes sur la sexualité du Christ, elles donnent plus de renseignements sur l'esprit trouble des auteurs et la captation de bienveillance d'un public avide de justifications à une sexualité débridée que d'enseignement impartial sur le Dieu-homme. Ceci dit sans être bégueule.

                                      

3. récits des actes des apôtres.    

                                                  

Les actes apocryphes des apôtres donnent une impression de déjà connu. Nous avons tous entendu des "vies de saints" qui mettent à contribution "la légende dorée" compilée vers 1260 par Jacques de Voragine. Lui-même s'est servi abondamment des synaxaires et des apocryphes.

Nos synaxaires souvent ont puisé leur information dans les apocryphes quand les récits authentiques faisaient défaut. (Nous possédons heureusement de nombreux témoignages de première main des actes des martyrs.)

Le livre canonique des Actes des Apôtres présente les conditions de l'extension de la prédication évangélique, le Seigneur ressuscité coopérant par son Esprit à la parole des apôtres.

 

Les Actes canoniques témoignent de la mort du proto-martyr Etienne mais restent silencieux  sur la fin des apôtres, même Pierre et Paul. Nos apocryphes nous renseignent sur les miracles qui ont accompagné leur prédication et leur départ vers le Royaume. Pour les apôtres Pierre et Paul, il est impossible d'harmoniser leur biographie renseigné par les Actes des apôtres avec celle des apocryphes; aussi les Eglises restent soupçonneuses quand à la véracité des récits, souvent  la liturgie de l'Eglise n'a retenu que la fin  de la chronique détaillant  leur trépas. Les légendaires et les imagiers ne se sont pas privés d'exploiter toute la veine des apocryphes.

Il est difficile aussi de savoir si les actes apocryphes ont été rédigés dans des Eglises orthodoxes puis interpolés par des hérétiques ou s'ils ont été  écrits directement dans des communautés marginales, mais il est certain que nous trouvons dans ces documents, mêlées à des légendes pieuses, de nombreuses propositions curieuses, franchement hérétiques ou pouvant facilement recevoir une interprétation gnostique.

Toute cette littérature possède des points communs: un goût immodéré pour les miracles gratuits et les plus invraisemblables, une influence du roman hellénistique, une exhortation obsédante à la continence parfaite qui entraîne une rupture des liens conjugaux ou des projets de mariage d'où la persécution des prêcheurs, une attitude très vétéro-testamentaire des missionnaires contre leurs contradicteurs. Tous enfin manifestent un grand souci de témoigner de la Résurrection par de multiples récits de morts revenus à la vie.

 

3.1 Actes de Pierre

Les actes de Pierre ont été adoptés pour la lecture publique par les manichéens (cette école pose deux principes, celui du mal, celui du bien, à l'origine de la création)

des groupes ariens (. qui refusent au Logos incarné la parfaite divinité consubstantiel au Père)

 et priscillanistes  (Priscille est le premier hérétique condamné à mort par l'empereur en 385, son enseignement selon le concile de Saragosse de 380 consistait en un amalgame de doctrines manichéenne et gnostique, il était ennemi du mariage mais pas des femmes; le canon 1 du concile de Saragosse condamne les femmes qui s'assemblent avec des hommes étrangers sous prétexte de doctrine ou qui tiennent elles-mêmes des assemblées pour instruire d'autres femmes)  aussi les autorités de la grande Eglise catholique les ont écartés.

Nous ne possédons plus le texte original grec, seul le récit du martyr est conservé dans cette langue par des Manuscrits du 9è & 10è S. Des fragments coptes et une tradition indirecte par la vie de l'évêque Abercius permettent avec le manuscrit latin de Verceil (6è.7è.S.) de reconstituer l'ensemble du roman.

3.1.1. Pierre guérit de nombreux malades mais ne fait rien pour guérir sa fille atteinte de paralysie. Un indiscret demande des explications. Pour manifester sa puissance sur la maladie, Pierre lui demande de se lever et lui ordonne ensuite de redevenir infirme. Il justifie son attitude en racontant la tentative de séduction de l'enfant de dix ans par un certain Ptolémée et le miracle de la paralysie qui a préservé sa fille du déshonneur. Dieu aurait aussi révélé à Pierre que sa fille blesserait beaucoup d'âmes, si son corps conservait la santé! Aussi Pierre considère que la maladie est avantageuse pour elle et pour lui. Bon, passons sans commentaires.

Pierre encore, pour faire échapper une "fille vierge d'un jardinier à l"arrogance de la chair et l'orgueil du sang" pria et elle tomba morte. Le bon sens du père réclama la résurrection de l'enfant. Pierre s'exécuta mais, un peu plus tard, la fille fut séduite par un tartuffe.

3.1..2.  Nous assistons à Rome aux démêlés de l'apôtre Pierre avec Simon le magicien. Si nous sommes peu amateur de roman, il y a peu de choses à retenir de cette lutte à grand renfort de discours et de prodiges. Il faut encore repérer l'influence du mouvement encratite (qui proscrit l'union sexuelle  et l'usage du vin)  dans la célébration du "sacrifice avec du pain et de l'eau" sans mention de vin.

Je ne résiste pas à la tentation de citer un grand prodige: "Pierre aperçut un hareng séché suspendu à une fenêtre, <> un bassin de natation se trouvant tout près, il dit alors: "vis et nage comme un poisson". Et il jeta le hareng dans la piscine, et il redevint vivant et se mit à nager." (Le livre de la résurrection par l'apôtre Barthélémy  rapporte de la part du Seigneur un miracle de la même veine: "Le  Sauveur se mit à table avec les douze <> Matthias déposa un plat sur lequel il y avait un coq rôti <> il dit à Jésus: Rabbi, tu vois ce coq; quand les juifs m'ont vu alors que je m'apprêtais à le tuer, ils m'ont dit: Le sang de votre maître sera versé comme celui  de ce coq. Jésus rit et dit: O Matthias, la parole qu'ils ont prononcée se réalisera <> Alors Jésus toucha le coq et dit: O coq, tu vivras comme tu vivais auparavant, tes ailes te pousseront et tu prendras ton vol <> Et le coq bondit sur le plat et s'échappa."

Je ne cite pas ces deux récits par dérision mais pour ne pas laisser croire que tout ce que contient ces livres ont un égal intérêt, même si leur objectif est noble, comme ici, tendre à témoigner de la possibilité de la résurrection.  Par ailleurs, il  serait utile d'étudier à part le fantastique des apocryphes. On peut prendre l'exemple dans le "discours de la dormition de la vierge", l'arrivée des apôtres  à Jérusalem de toutes régions, chacun  sur un nuage   pour assister au trépas de Marie. Jean  Damascène a transmis le récit tel quel,  les synaxaires byzantins l'ont adopté.)

 

3.1.3 La passion de Pierre est entrée dans les synaxaires des Eglises.

L'historien latin Tacite, qui écrit sous Trajan (98-117) met en relation avec l'incendie de Rome par Néron en 64 la première persécution contre les chrétiens de Rome. Il dit qu'une "multitude énorme" de chrétiens périt de diverses manières, mais il ne cite aucun nom. Saint Clément de Rome dans sa lettre aux Corinthiens datée d'environ 96 sans mentionner Rome, ni d'autres lieux, mentionne "Pierre et Paul, hommes d'une vie toute céleste, véritables colonnes qui ont subi les persécutions jusqu'à la mort suivis d'une multitude d'élus."

Il faut attendre la dispute sur la date de Pâque au tout début du 3è.S. pour enregistrer le témoignage du prêtre romain Gaius (rapporté par Eusèbe dans l'Histoire Ecclésiastique II, XXIV §6.7) sur le culte de saint Pierre et Paul à Rome:

"Quant'à moi, je peux vous montrer les trophées des apôtres. Si tu veux aller au Vatican ou sur la voie d'Ostie, tu trouveras les trophées de ceux qui ont fondé cette Eglise".

 Eusèbe, en historien prudent explique 

"on raconte que sous le règne (de Néron) Paul eut la tête coupée à Rome même et que semblablement Pierre y fut crucifié".

Nous ne possédons pas d'autres détails sur le martyr de saint Pierre sauf notre apocryphe de Pierre. Le récit doit être très ancien, au tout début du 3è.S. rédigé en Syrie et remanié pour s'adapter à la topographie romaine. Les pèlerins romains peuvent visiter sur la via Appia une petite Eglise nommé Quo vadis. Les actes de Pierre nous montrent Saint Pierre "pressé par les disciples de s'enfuir de Rome pour servir encore le Seigneur, franchir la porte de la ville; il vit le Seigneur entrer dans Rome <> et lui dit: Où vas-tu ainsi? (Quo vadis?) et le Seigneur lui répondit: J'entre dans Rome pour être crucifié <> et Pierre entra à lui-même et retourna à Rome". Là Pierre est condamné à être crucifié, il demanda aux bourreaux d'être crucifié la tête en bas. Suspendu à la croix, l'auteur des actes met sur les lèvres de Pierre un discours abscons mêlant action de grâce et catéchèse gnostique sur le mystère des origines et celui de la croix.

A ma connaissance, les actes de Pierre sont la source de l'iconographie et de l'hagiographie relatives au  martyr de saint Pierre. Les fouilles archéologiques entreprises dans la basilique saint Pierre du Vatican dans les années 1950 ont livrées d'importantes connaissances sur le culte romain de saint Pierre, elles n'ont apportées aucune information  supplémentaire sur le martyre, tel n'était pas d'ailleurs  leur objectif.

 

3.2. Les Actes de Paul.

La rédaction des actes de Paul se situe aussi en Asie Mineure vers la fin du 2è.S. Tertullien croit connaître son auteur: "un presbytre d'Asie". Le texte avait complètement disparu après la condamnation des apocryphes par les conciles du 5è et 6è.S. La mémoire ne conservait que l'histoire de Thècle et le martyre de Paul.

Grâce aux découvertes à partir du XIXè.S, on a pu reconstituer l'ensemble du récit en utilisant un manuscrit copte et un autre grec . .Le texte commence par la conversion de Paul aux portes de Damas et a pour ambition de narrer toute la vie missionnaire de l'apôtre. Le passage le plus célèbre est celui  de l'histoire de Thècle, cette jeune fille qui entendant les paroles de Paul refuse son mariage et s'attache à sa personne. A la manière du roman hellénistique, ils se quittent et se rejoignent,  se perdent de vue et se retrouvent. Rome a adapté sa toponymie au récit du martyre de Paul. Le pèlerin peut visiter hors les murs, le lieu "des trois fontaines" où Paul fut décapité et tout proche, la basilique Saint Paul hors les murs, trophée de l'apôtre.

-voir année saint Paul-

Pour la réflexion sur la résurrection des morts, il est intéressant de remarquer que notre récit nous montre Paul "vivant" apparaissant quelques heures après son exécution.

 

                                                                                                      E-P 

 

Lettres du Sanctuaire du Prophète Elie N° 123 à 127, février-juin1999

Regards sur les apocryphes