La Dormition /assomption de Marie

      

              MARIE PASSE DE LA VIE A LA VIE

 

Les pèlerins de Palestine peuvent visiter près de Jérusalem dans la vallée de Gethsémani, une petite église, desservie par les communautés arménienne et grecque, dédiée à l’assomption.

Les croisés qui édifièrent la façade romane lui donnèrent le vocable de Sainte Marie de la vallée de Josaphat.

Un édifice antérieur construit par l’empereur Théodose (379-395) enchâsse une petite crypte présentée comme le tombeau de la vierge. On accède par 48 marches à une cellule avec à l’orient un banc plat (arcosolium) destiné à recevoir le corps du trépassé. L’édicule, par la vénération des fidèles, a été paré avec des plaques de marbre et un enduit décoratif. Quelques sceptiques ont cru voir dans cette crypte, une construction commémorative justifiée par la déclaration du concile d’Ephèse (431) proclamant Marie Théotokos-Mère de Dieu.

 

Or, en 1972, le torrent du Cédron, sorti de son lit, inonda le parvis de l’église puis la crypte. Il fallut après cet événement procéder à une restauration, belle occasion d’entreprendre une étude archéologique: Il s’agit bien d’une chambre sépulcrale réellement creusée dans la roche. Des espaces vides furent sondés et révélèrent les témoins de deux autres chambres en forme de four (kokhim).

Cette disposition est conforme à d’autres complexes funéraires étudiés et bien datés (tombeaux dits des rois, de la famille Beni Hazir) dans cette même vallée du Cédron.  Tout récemment fut retrouvé celui de Caïphe dans la vallée de la Guéhenne.

                                           

Les origines de la fête de la dormition, malgré un grand nombre de recherches, restent ignorées. Ce tombeau peut être une piste.

 

La fête est attestée vers la fin du 6ème Siècle; vers 62O, un évêque de Thessalonique, Jean, peut déclarer: “la fête est célébrée presque partout à l’exception de quelques endroits”.

 

                                                 

Des apocryphes grecs du 6è S. (avec des versions latines et éthiopiennes) relatent le trépas et la glorification de Marie. Le livre des funérailles, version éthiopienne donne, selon le père Bagatti, spécialiste du judéo-christianisme et archéologue, le texte le plus ancien, attribué par les apocryphes à un certain Leucius (2è S?) . Ce document livre une théologie judéo-chrétienne archaïque et pour cela a été considéré comme hérétique. C’est pourtant le récit le plus reculé sur la dormition et le départ de la très sainte mère de Dieu. Il est probablement à l’origine du pèlerinage au tombeau, puis de la fête liturgique  de la dormition/assomption.

Le récit développe cinq actes, ci dessous résumés:

1* L’annonciation: Trois jours avant son départ définitif, Marie reçoit la visite du “grand ange”, qui n’est autre que saint Michel, pour lui annoncer: “dans trois jours tu déposeras ton corps”. Il lui apprend que les apôtres, réunis autour d’elle avant sa mort, pourvoiront à sa sépulture.

2* La venue des apôtres: Jean, puis les autres apôtres sont amenés à Jérusalem sur une nuée. Avec Marie, ils chantent les psaumes et célèbrent le lucernaire.

3* La dormition: A la fin de la synaxe, à l’aurore du 3è jour, Marie se lève, sort, récite une prière enseignée par l’ange. Elle rentre, s’étend sur sa couche et complète son économie. Arrive le seigneur Jésus, il embrasse sa divine mère, prend son âme sainte et la dépose dans les mains de l’archange saint Michel.

4* Les funérailles: Jésus organise les funérailles disant à Pierre: “Sors par la gauche de la ville, tu trouveras un sépulcre neuf. Déposes y le corps et attendez là.

Les apôtres portent la civière. un juif nommé Jéphonias qui voulut la renverser, finit par proclamer la foi en Jésus le Fils de Dieu et sa naissance virginale...

5* L’assomption: Les apôtres déposent le corps de Marie et s’assirent dehors en attendant tous ensemble le Seigneur. Le Seigneur Jésus arrive des cieux avec Michel et Gabriel... Il dit à Michel de “prendre le corps de Marie sur une nuée et de le déposer en paradis”...Quand ils arrivèrent au paradis, ils déposèrent le corps de Marie sous l’arbre de vie. Michel amena son âme sainte  et ils la placèrent dans son corps.

 

Je n’ai pas d’opinion arrêtée sur ce récit, mais si le père Bagatti ne se méprend pas sur la datation (fin 2èS.?) , nous possédons avec ce document, le témoignage le plus reculé de la vénération  de la mère de Dieu et la croyance en son assomption corps et âme.

Quoi qu’il en soit, fin 2è S ou 6èS., ce texte est premier sur le thème et est ainsi à l’origine de la tradition iconographique et liturgique.

                                            

Parallèlement à sa diffusion, au 6è S., nous possédons une homélie d’un évêque de Livias en Palestine, Théoteknos, qui déclare expressément que tout en ayant connu la mort, le corps de Marie n’a pas connu la corruption.

L’évêque Théoteknos précise:

“C’est le Seigneur glorieux qui entreprend la glorification de sa mère...Il convenait que son corps très saint, ce corps qui a porté Dieu...illuminé par la lumière divine et plein de gloire, fut transporté par les apôtres, en compagnie des anges, confié pour peu de temps à la terre et élevé au ciel en gloire avec l’âme agréable à Dieu”.Il ajoute: “Dieu a tout disposé en vue de notre salut, l’événement de l’assomption (Le terme appliquée à Marie pour la première fois est de Théotecknos) n’est pas un fait personnel à la vierge, mais une merveille réalisée par le Seigneur pour nous. La Théotokos est partie pour le ciel comme ambassadrice de tous”.

                             

                                                          

La liturgie du 15 août reprend ce thème. Il faudra attendre deux siècles de plus pour que les grands docteurs du 8è S., saint Germain de Constantinople et saint Jean de Damas explicitent la foi de l’Eglise sur la fin de la carrière terrestre de la Mère de Dieu.

 La première antienne de l’ancien processional occidental du 8è S. dit:

     Vénérable est pour nous, Seigneur, la fête qui commémore ce jour en lequel la sainte mère de Dieu subit la mort temporelle, maisnéanmoins ne put être retenue par les liens de la mort, elle qui avait engendré d’elle ton fils, notre Seigneur Jésus Christ.

Elle fait écho au tropaire  des Eglises d'Orient :

     Dans ta maternité, tu demeures vierge, dans ta dormition, tu n’

     abandonnes pas le monde, ô Mère de Dieu, tu passes de la vie

     à la vie, étant mère de la vie, et par tes prières tu délivres nos

     âmes de la mort.

                                                                 E-P

Bibliographie:

Joseph Duhr, La dormition de Marie dans l’art chrétien, in Nouvelle Revue de Théologie- N.R.T. - 195O

J. Gallot,Aux origines de la foi en l’assomption, in N.R.T. 1955, n° 77

B. Bagatti, Mss. cod. Vat. grec 1892,Transitus Mariae, in Bible et Orient,

               1963,11

B. Bagatti, la tombe de Marie, in les dossiers de l’Archéologie, juin 1975

 

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