L'Avent du Seigneur

 

 

 

Le Soleil de justice

 

Toute notre vie est  un processus permanent de préparation à la plénitude de notre être. Nous en sommes plutôt inconscients, aussi l'Eglise nous propose des périodes liturgiques où en partant de la constatation prosaïque des conditions de notre existence, elle nous conduit à la prise de conscience  du but de notre existence: l'union à Dieu.

 

Ainsi en est-t-il de la préparation à la fête de la Nativité du Sauveur. L'occident appelle à juste titre ces quelques semaines avant Noël, l'Avent. Car l'expérience nous l'enseigne même avant la théologie, l'humanité ne peut franchir d'elle-même la distance entre le Créateur, le Tout-Autre, et la créature. En matière de communion entre l'Homme et Dieu, c'est Lui qui prend l'initiative.

Avent provient du latin adventus qui traduit le vocable grec epiphania, la Venue, la Manifestation publique d'une personne revêtue de la majesté de son être ou de sa fonction.

                                                Mss de Reims

Originellement Avent, Epiphanie, Manifestation, s'appliquaient aux merveilles de la révélation du Sauveur à son peuple contenues aujourd'hui dans les fêtes de Noël, Baptême dans le Jourdain et premier miracle à Cana. La liturgie copte, notamment l'anaphore de saint Marc retient encore aujourd'hui de mot d'Avent-Manifestation pour remémorer en un seul mot ces trois fêtes et l'étend à toutes les actions dans la chair du Logos de Dieu pour notre Salut.  

L'incarnation  du Logos est la grande Manifestation d'amour de Dieu pour sa création.

 

La liturgie primitive faisait mémoire de l'action du Sauveur sans pour cela lui consacrer de période précise, puis vers le quatrième siècle, à l'image de la préparation à la fête de Pâques, en raison de l'accompagnement des catéchumènes au baptême lors de la célébration de la Théophanie (baptême de Jésus au Jourdain) six semaines furent consacrées comme encore dans notre liturgie copte-orthodoxe,  à préparer à l'Illumination mystique. Le Pape de Rome, Grégoire 1er réduisit dans son Eglise l'avent de six à quatre semaines, les rites gallo-wisigothiques ont conservé ces six semaines jusqu'à leur extinction aux 9è/10è.S.  Il faut surtout noter que ces rites mettaient aussi l'accent sur une Manifestation attendue du Messie, sa deuxième Venue dans la gloire.

Lors de l'introduction en force de la liturgie romaine dans les Gaules, elle s'enrichit de cette donnée qui ne figurait pas  avant dans la liturgie ni même dans le canon romain de la messe, alors que beaucoup d'anaphores orientales,  dont celles d'Egypte, y faisaient mention dans l'anamnèse. (les liturgistes appellent ainsi  la section de la prière eucharistique après les paroles du Sauveur " prenez, mangez..., prenez, buvez...", commençant par "nous faisons mémoire donc..." de tout ce qui a été fait pour nous).

 

L'Avent d'aujourd'hui récapitule toutes les manifestations du Logos:

- comme Logos divin dans l'acte de la création et Révélateur de la Torah/loi à Moïse.

- comme Logos incarné dans le temps, premier né de la création à franchir victorieusement les portes de la mort, pour nous.

- Comme Logos de Vie en nous, pour nous amener à la connaissance parfaite du Père et expérience de l'Esprit

- comme chevalier de l'Apocalypse quand il reviendra, Logos de Dieu, juger avec justice.

 

Bien que l'Avent soit une période du cycle liturgique et ne dure que quelques semaines par an, c'est en fait toute notre vie qui devrait être orientée vers la Manifestation du Christ, logos incarné, pour nous, parmi nous et en nous.

 

Dans notre hémisphère, le temps de l'avent débute à l'équinoxe d'automne et atteint son acmé  au solstice d'hiver; la nature se met à l'unisson du spirituel: Le rayonnement du Christ à l'image de celui du soleil dans notre univers, pénètre graduellement  pour atteindre le coeur  comme  Soleil invaincu au jour du 25 décembre.

 

Tout notre avent est l'attente de la prophétie de Malachie: "Voici que vient le Jour du Seigneur <> le Soleil de Justice se lèvera, il apportera la guérison sur ses ailes".

Ce jour du Seigneur que nous attendons est celui de notre passage au Royaume à venir. Mais déjà le dimanche, jour du Seigneur, nous recevons dans la divine Eucharistie, le Soleil de notre vie. Le Seigneur est en nous, à la foi comme présence et avenir. Il est toujours là mais comme Celui qui ne cesse d'arriver.

Proximité infinie mais qui permet le progrès dans un mouvement éternel comme l'indique un autre mot grec traduit souvent par avent, parousia, la fameuse parousie que nous avons tendance à rejeter à juste titre mais pas seulement, à la fin des temps.  

                                              Saint Génis les Fontaines 

Le mouvement de la parousie est selon le grand Origène celui "de la marche à la Vérité" vers l'espace intérieur. L'homme doit cultiver le paradoxe de sortir de lui-même, de son ego pour marcher vers le centre de lui-même, vers son coeur. Et dans son coeur, il découvre l'immensité de l'espace intérieur où repose le Soleil de Justice, comme dans un paradis dans lequel Dieu se promène.

Mais, cette vision divine exige la purification du coeur. Le Soleil de Justice, la Lumière de la Vérité ne peut se manifester dans un coeur racorni, étroit. Il faut lui préparer un coeur large, ouvert, sans encombrement de petitesses.

 

Le coeur large ne se contente pas de l'acquis, il est sans cesse dans le désir de progresser: Il n'y a pas de rassasiement dans l'amour de Dieu ni dans sa connaissance. "Le calice nouveau que le Christ a promis de boire avec nous sera éternellement nouveau, car toujours se renouvellent la connaissance des secrets divins et la révélation des choses cachées par la Sagesse de Dieu", écrit Origène dans son commentaire du Cantique des Cantiques.

 

Notre coeur est un temple. Nous devons veiller à cette fonction, qu'il ne devienne pas un repaire de voleurs. Les pensées injustes, les étroitesses d'esprit, les soucis de grandeur du moi, sont autant de voleurs qui nous privent de la communion céleste. Il faut sans cesse renouveler notre esprit pour retrouver avec la grâce de Dieu notre unité intérieure, et par là développer nos sens intérieurs. Le Christ n'apparaît à personne qui n'ait les yeux de la foi.  Ce sont les yeux de la foi qui permettent de voir parmi nous à la Sainte Oblation le Christ ressuscité Emmanuel. Ce sont ces mêmes yeux de la foi qui nous font écrier au cours de la Sainte Oblation selon saint Basile, à l'entrée de l'Evangile et à la présentation du calice de la communion, "béni est Celui qui vient au Nom du Seigneur". Que ce "béni" soit dit à la parousie finale ou à la parousie mystique, il est la réponse du coeur illuminé par le Soleil de justice, il est l'hymne du Royaume céleste qui n'est pas au-delà mais en nous.

"Comme l'a dit notre Seigneur et Sauveur, le Royaume de Dieu vient sans qu'on puisse le remarquer <> Il est là, car voilà le Royaume de Dieu est au-dedans de vous. En effet, elle est tout près de nous, cette Parole, elle est dans notre bouche et dans notre coeur.

En ce cas, il est évident que celui qui prie pour que vienne le Règne de Dieu a raison de prier pour que ce règne de Dieu germe, porte de fruit et s'accomplisse en lui. Chez tous les saints en lesquels Dieu règne et qui obéissent à ses lois spirituelles, il habite comme dans une cité bien organisée. Le Père est présent en lui, et le Christ règne avec le Père dans cette âme parfaite, selon sa parole: "Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. <>

A propos du Royaume de Dieu, il faut encore remarquer ceci: comme il n'y a pas d'union entre la Justice et l'impiété, entre la Lumière et les ténèbres, entre le Christ et Bélial, le Règne du péché est inconciliable avec le Royaume de Dieu.

Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que jamais le péché ne règne dans notre corps mortel, portons les fruits de l'Esprit. Ainsi comme dans un paradis spirituel, le Seigneur se promènera en nous, régnant seul sur nous avec son Christ. Celui-ci trônera sur nous.<> Tout cela peut arriver en chacun de nous jusqu'à ce que soit détruit t le dernier ennemi , la mort, et que le Christ dise en nous: Mort où est ton dard venimeux, enfer, où est ta victoire?

Dès maintenant donc, ce qui est périssable en nous devienne saint et impérissable; que ce qui est mortel revête l'immortalité du Père. Ainsi Dieu régnera sur nous et nous  serons déjà dans le bonheur de la nouvelle naissance et de la résurrection.  -Origène, traité sur la prière. -

 

Béni est Celui qui était qui est, qui vient. Sanctifions pour lui la chambre du coeur.        

                                                                                            E-P.  lettre de saint Elie, N°157, décembre 2001

 

                                        

                                          Demain, Je serai    (histoire et analyse liturgique)

 

 

 

Toutes les Eglises connaissent un temps de préparation à la fête de la Nativité du Sauveur. Chacune d'elles, selon sa sensibilité, a  développé le sens qu'elle entendait donner à cette période:

 

Le rit byzantin propose un jeûne de quarante jours et  honore les ancêtres selon la chair du Sauveur le 2è. dimanche précédent Noël.  Le jeûne accompagnait probablement les catéchumènes qui étaient baptisés à la fête de la Théophanie.

 

L'Egypte chrétienne  a donné toute sa saveur à la préparation de la fête de la Nativité.

Le jeûne de Noêl commence au lendemain de la fête de saint Ménas le 16 Hatour qui transposé au calendrier julien donne notre 11 novembre où nous célébrons saint Ménas -Mari Mina- avec saint Martin de Tours. ( les Eglises d'Espagne et des Gaules commencent aussi l'avent six semaines avant Noël le dimanche qui suit la fête de saint Martin). Il s'achève avec la vigile de Noël le 27 ou 28 Kyhak.

Comme pour le carême de Pâques, celui de la nativité rappelle les quarante années du séjour d'Adonaï dans le désert accompagnant son peuple, les quarante jours et nuits de Moïse sur le Sinaï dans l'attente de la promulgation de la Torah, et ceux d'Elie sur l'Horeb dans l'attente de la révélation du Dieu de tendresse et de douceur qui se montre dans le murmure silencieux.  Comme le carême de Pâques, il est accompagné du jeune  pour accompagner les néophytes qui seront baptisés lors de la fête de la Théophanie.

 

Dans la période pharaonique, le mois de Kyhak était celui consacré à fêter la naissance des dieux et des rois présidée par Khnoum  le potier divin,- Khnoum (le maître de l'eau fraîche) est le dieu des cataractes et puissance créatrice dans la mythologie égyptienne. Il contrôlait la crue du Nil en ouvrant, à Éléphantine, la caverne de Hapy dans laquelle se trouvait l'Inondation. Démiurge qui modela l'œuf de la création, dans le mystère de la naissance divine, il modela également l'enfant-roi. Khnoum forme ses créations sur son tour de potier avec le limon du Nil, pour leur donner vie et façonner leurs Ka. -  par une action de grâces pour la procréation et l'énergie vitale: Les mystères d'Osiris étaient célébrés pendant cette période.

                                        Khnoum & Osiris

La coutume copte de mettre à germer des grains de blé, de pois chiches ou de lentilles pendant le mois de Kyhak provient probablement du souvenir des petites statues d'Osiris confectionnés d'argile humide et de grains de blé qui en végétant rappelaient le mystère du passage de la mort à la vie.

 

Le mois de Kyhak est aujourd'hui caractérisé par des offices en l'honneur de la Vierge Marie dans l'attente de la naissance du Sauveur. De longues veillées sont appelées les quatre et les sept. Les quatre, car on y chante inlassablement les quatre cantiques, celui de l'exode 15,1-21, le psaume 135, le cantique de Daniel 3, 52,90 et les psaumes 148, 149 et 150. Les sept, en raison des sept théotokies –chants à la vierge. On attribue les théotokies à saint Athanase, mais c'est peu probable,  ou bien  à un moine de Scété, potier de formation.  Un clin d'œil à Khnoum?

Rendons hommage au passage au grand Origène (184- 254) qui fut le premier à honorer Marie sous l'adjectif de Theotokos – Mère de Dieu-. Aux théotokies  liturgiques s'ajoutent de nombreux chants populaires.

 

                                                      

Les Evangiles du mois de Kyhak répartissent la lecture du premier chapitre de Luc, et forment les annonciations de la venue du Royaume:

Luc 1,1-25: l'annonce de la naissance de Jean le Baptiste, l'enfant qui formera un peuple préparé

Luc 1, 26-38: L'annonciation par Gabriel de la naissance du Sauveur par l'Esprit Saint

Luc 1, 39- 56: La visite de Marie à sa parente Elisabeth et le magnificat de Marie qui exalte la grande œuvre du Seigneur.

Luc 1, 57-80: la naissance et la circoncision de Jean avec le cantique de Zacharie qui bénit le Seigneur car il visite son peuple et accomplit sa libération.

 

Rome a réduit son avent à quatre dimanches et l'a organisé autour des figures d'Isaïe, de Jean-Baptiste et de la Vierge.

Le rit syriaque avec saint Ephrem considère la venue du Christ dans l'âme des fidèles à l'image de sa venue dans les entrailles de la vierge.

 

La liturgie la plus originale est sans aucun doute celle des Eglises des Gaules (y compris la Septimanie mozarabe). En une synthèse grandiose, la liturgie des six dimanches avant la Nativité fait mémoire de la triple venue du Messie, dans la chair, dans l'Eglise (donc en chacun de ses membres) et sa venue en gloire à la parousie.

Le rit romain a adopté cette thématique.

 

Depuis toute la liturgie d'occident est un immense appel à la venue du Seigneur. Sans doute le Seigneur est venu, mais nous l'attendons encore.

 

 L'Eglise reprend à son compte les ardents appels au Messie qui avaient retenti par la bouche des prophètes. Nous attendons pour nous-mêmes sa grâce de rédemption et de Salut, nous attendons le retour glorieux du Christ qui viendra achever son oeuvre et disposer du Royaume.

L'incarnation du Logos est la source de toute l'espérance de l'humanité.

 

Les textes liturgiques du temps avant la fête de la Manifestation du Sauveur nous transportent aux premiers jours de l'Eglise où les fidèles tendus vers l'accomplissement des temps messianiques, d'une seule bouche et d'un seul coeur, s'écriaient "Viens, Seigneur Jésus, viens. Maranatha!"

 

Les premières liturgies ne connaissaient pas la fête de Noël et commençaient, si on peut dire ainsi,  le cycle liturgique du temps par la fête de la Théophanie, c'est à dire le baptême de Jésus dans le Jourdain avec la descente sur le messie de l'Esprit Saint; La voix du Père en nommant le Fils bien-aimé dévoile l'unité de la Trinité.

Nos pères pour répondre aux erreurs sur la véritable personne de Jésus le messie se sont réunis au concile de Nicée en 325 pour définir la foi orthodoxe. Avec eux, nous confessons dans le symbole de la foi:

 

Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur, Jésus Christ, Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait, qui pour nous, hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux, s'est incarné du Saint Esprit et de Marie la Vierge, et s'est fait homme.

 

L'objet de la fête de Noël appelé aussi Manifestation du Sauveur est d'introduire dans la liturgie la confession de foi de Nicée sur la parfaite divinité de Celui qui est né pour nous de la Vierge. Il est juste dans l'attente de la naissance du Sauveur constitué par notre avent de méditer les Noms divins du messie.

 

Le sommet théologique et liturgique de l'expression de l'attente, à mon sentiment,  est exprimé par les sept antiennes des Noms divins chantées  en Occident à partir du 17 décembre.

 

Leur origine reste encore inconnue. La plus ancienne mention est celle d'Amalaire de Metz  (780-850) qui déjà ne pouvait pas leur attribuer de source et donnait pour leur rédaction une large fourchette de datation.

Il écrit  que l'auteur anonyme pouvait avoir vécu au 8è. S. et même au 2è.S.!

Sans remonter si haut dans le temps, nous remarquons  que les antiennes des Noms divins proposent une image du Christ qui cadre parfaitement avec la christologie des trois conciles oecuméniques fondés sur l'enseignement des pères.

Dans l'état actuel de la documentation, il est impossible de déterminer  le lieu de leur création. Ont-elles été rédigées directement en latin? Ce n'est pas certain, la langue liturgique latine ne nous livre pas de témoins d'un tel élan; Il faut souhaiter qu'un chercheur s'empare de la question. Le rite romain d'ordinaire fait usage d'une extrême concision héritée du vocabulaire et de la syntaxe du droit,  tandis que les rites des Gaules s'étalent dans le foisonnement des mots et des idées, sans craindre la redondance.

Une direction ne semble pas aberrante: comme l'hymne célèbre du Te Deum, qui provient de Serbie, il faut regarder vers un carrefour de civilisation et de langues comme  l'Europe centrale? Quoiqu'il en soit,  nos antiennes sont en latin et au nombre de sept, bien que certains manuscrits nous livrent une liste plus longue: O Roi  de paix, O Saint des saints, O Pasteur d'Israël, O Jérusalem... Si on laisse de côté, d'autres antiennes sur le même modèle, O Maîtresse du Monde (à Marie), O Thomas, on pourrait supposer que les sept noms retenus dans la liturgie proviennent d'une sorte de litanie des Noms divins comme celle des 99 noms de Dieu de la piété musulmane.

 

Le nombre de sept a été retenu  essentiellement pour former, en latin, une acrostiche en partant des initiales du dernier jour vers le premier. Ainsi on peut lire  la veille de Noël,  la réponse de Dieu à l'appel de son peuple:

                                                     ERO CRAS <DEMAIN JE SERAI>.

 

Les antiennes de l'octave de la vigile de Noël sont toutes construites sur le même plan:

a. une interjection à Dieu sous un nom révélé par la Première Alliance,

b. un rappel  de son intervention dans le monde ou l'histoire d'Israël,

c. l'appel à son épiphanie au bénéfice des croyants.

 

Le texte des grandes antiennes O  emprunte les expressions à l'ensemble des livres de la Première Alliance et n'hésite pas à appliquer au Christ les noms ou attributs de la divinité; Il  fait aussi une référence implicite aux Ecritures de la Nouvelle Alliance.

 

Après avoir exposé le texte des grandes antiennes, les références bibliques sans être exhaustif,  sont présentées au  bienveillant lecteur qui pourra poursuivre sa recherche Bible en main.

 

O Sagesse, toi qui, sortie de la bouche du Très Haut, te déploie d'un bout du monde à l'autre et dispose toutes choses avec force et douceur. Viens < et ne tarde pas> nous enseigner le chemin de la prudence < et l'amour de ta beauté>.

 

                          Mss de Troies

 

Le judaïsme a identifié la sagesse avec la Torah, la Loi. Le Siracide présente le rôle de la sagesse personnifiée dans l'oeuvre de la création et l'histoire du Salut. Il n'est pas impossible que l'Evangile de saint Jean ait hérité de cette conception de la sagesse créatrice pour décrire dans le prologue le rôle du Logos, Vie et Lumière des hommes. Siracide 24: "La sagesse proclame: Je suis sortie de la bouche du Très-Haut <> j'habitais dans les hauteurs du ciel <> le cercle du ciel je l'ai parcouru, j'ai marché dans les abîmes <> et sur la terre entière"

Le Livre de la Sagesse dans ses chapitres 7 & 8, dévoile la mission de la Sagesse fruit de la prière du roi Salomon. "Elle est l'artisane de la création <> elle s'étend avec force d'une extrémité du monde à l'autre, elle gouverne l'univers avec bonté". 

                                               Ecole de Novgorod

Dans le livre des Proverbes 9, 6, la Sagesse dresse sa table mystique et envoie ses messagers proclamer:

" Venez, mangez mon pain, buvez le vin que j'ai mêlé <> marchez sur le chemin de la prudence".

Outre saint Jean, l'apôtre Paul identifie Christ à la sagesse divine. Surtout Col. 2,3 & 1 Corint. 24: "Pour tous ceux qui sont appelés, Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu".

 

O Adonaï, Chef de la maison d'Israël, toi qui apparus à Moïse dans la flamme du buisson ardent,  Viens < et ne tarde pas> nous racheter en étendant ton bras.

                                       

Le nom que Dieu révèle à Moïse  "iod, hé vau hé", que nos bibles  écrivent YHWH et prononcent indélicatement Yahwéh ne doit pas être proféré, les juifs quand ils lisent  des yeux  "iod, hé vau hé" disent Adonaï.

Adonaï signifie simplement Seigneur et les septante l'ont donc traduit naturellement par Seigneur . La traduction latine de la vulgate emploie une seule fois le vocable Adonaï  en Exode 3,14 "Je suis Adonaï, je suis celui qui suis, je serai qui je serai". Ce même Adonaï  qui s'est montré dans la flamme du buisson ardent  est celui  qui conduit la maison d'Israël vers sa sainte demeure, opérant des merveilles "en étendant sa droite" selon Exode 15, 11-13.  Les écrits de la Nouvelle Alliance donnent le nom de Seigneur  à Jésus ressuscité. Jean 20,28  & Actes 2,36 & Philippiens 2,11.

 

O Rejeton de Jessé, signe de ralliement  pour les peuples, devant qui les rois garderont le silence et que les peuples invoqueront, Viens nous délivrer, ne tarde plus désormais.

                                      

 

Celui que les pères appellent le proto-évangéliste, Isaïe 11,10  annonce le Roi futur et les temps messianiques: "Il arrivera en ce jour-là: la racine de Jessé sera érigé en étendard des peuples, les nations la chercheront et la gloire sera son séjour".  Le messie naîtra de la race de David (Jessé est le père du roi David), il sera aussi le Serviteur souffrant, opprimé par les méchants mais exalté par Dieu, source de paix, étonnement des rois. Isaïe 52, 13-15. "Mon Serviteur triomphera, il sera placé haut, élevé, exalté à l'extrême. De même que les foules ont été horrifiées à son sujet <> des foules des  peuples vont être émerveillés, des rois garderont le silence, car ils voient..." Comment ne pas voir dans la racine de Jessé la croix, signe de mort et de triomphe. Saint Paul  cite la racine de Jessé pour expliquer aux Romains 15,12  que le Christ s'est fait d'abord le ministre des juifs pour montrer la véracité de Dieu en accomplissant les promesses faites aux pères d'Israël puis tête et roi des nations pour faire briller sa miséricorde. De deux peuples, celui de l'Alliance du Sinaï, et celui des nations, Alliance de Noé, le Messie Jésus ne fait qu'un peuple de l'Alliance Nouvelle et Eternelle qui chantera une seule doxologie au Père, Dieu de tous.

                                        

O Clef de David, et sceptre de la maison d'Israël, qui ouvre et nul ne peut fermer, qui ferme et nul ne peut ouvrir; Viens < et ne tarde pas>  tirer de la prison le captif plongé dans les ténèbres et l'ombre de la mort.

 

Dans le livre d'Isaïe  en  22. 22, le prophète délivre un oracle contre un gouverneur, maître du palais, nommé Shevna pour lui annoncer qu'il sera destitué, exilé et remplacé par un vrai serviteur du Seigneur: Elyaqim. Son nom qui signifie "Dieu a suscité" correspond bien a sa mission: "Il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mettrai la clé de la maison de David sur ses épaules, il ouvrira et nul ne fermera, il fermera et nul n'ouvrira". Jérusalem est en danger, assaillie vers 701 par les armées de l'assyrien Sennakérib, ses habitants se croient protégés par les remparts et les alliances avec l'Egypte. Pourtant c'est le Seigneur qui veille sur Jérusalem et suscite un gardien fidèle pour la maison de David.

 

Le nom donné au messie dans notre antienne laisse de côté la maison de David, il ramasse l'expression en Clé de David. Le Messie ne porte pas la clé de l'ouverture du palais royal, il est lui-même la clé qui ouvre ou ferme l'accès au Royaume. L'Ange de l' Apocalypse 3, 7 dit à Jean: " Ainsi parle le Saint, le Véritable, qui tient la clé de David, qui ouvre et nul ne fermera, qui ferme et nul ne peut ouvrir" puis donne la condition pour accéder au Royaume: " J'ai placé devant toi une porte ouverte que nul ne peut fermer <> Tu n'as que peu de force et pourtant tu as gardé ma parole et tu n'as pas renié mon Nom <>Tiens ferme ce que tu as".

Même si nous n'avons que peu de moyens comme l'Eglise de Philadelphie, nous devons garder fidèlement la Parole de Jésus le Messie et sans se fier ou se décourager de nos œuvres,  ne compter que sur la grâce de Dieu.

Il est le véritable Roi de la maison d'Israël  qui aime l'appeler "notre Seigneur et notre Roi". Notre liturgie copte-orthodoxe  à la suite des prières juives aime à répéter ce titre. Le sceptre royal  fait place au sceptre de fer qui selon le psaume 2  servira au messie:

"Le Seigneur m'a dit: tu es mon Fils, moi aujourd'hui, je t'ai engendré. Demande-moi et je te donne les nations en héritage <> tu les feras paître avec un sceptre de fer, tu les briseras comme le vase du potier".

                                

La croix est le véritable sceptre de gloire du messie; Celui qui dit Apocalypse 1,18: "Je suis mort et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles, je tiens les clés de la mort et de l'enfer"  par la puissance de la croix,  descend dans les enfers et appelle Adam qui gît dans les ténèbres et l'ombre de la mort.

Lors de la fête de l'exaltation de la croix, le prêtre élève la croix, sceptre de notre Roi et notre Dieu et chante: "Par sa croix et sa sainte résurrection, l’Homme a été ramené au paradis. prions le Seigneur".

Jésus n'est pas le restaurateur du royaume de David; Fils de David, véritablement homme, il est Le Vivant aux siècles des siècles, véritablement Fils de Dieu; pour nous qui sommes nés dans la condition de la chute donc destinés à la mort, il est le rédempteur qui par sa venue nous arrache aux ténèbres de la mort.

 

O Orient, splendeur de la lumière éternelle et Soleil de Justice; Viens < et ne tarde pas>  éclairer ceux qui attendent dans les ténèbres et l'ombre de la mort.

 

Les utilisateurs des traductions de la Bible basées sur la version des massorètes sont dans l'impossibilité de trouver la référence du titre Orient. Il convient de se servir de la septante. Là, le prophète Zacharie après la captivité de Babylone annonce la restauration d'Israël. Dans une longue vision, il étend son regard dans un champ plus vaste, il contemple la plénitude des siècles  et voit la venue du Messie et l'aube du Jour du Seigneur. "vers le soir la lumière paraîtra" 14,17. Par la bouche de Zaccharie, Adonaï s'adresse au grand prêtre Josué et lui dit: "Me voici! je  fais venir mon serviteur, Orient <> et j'ôterai la faute de ce pays en un seul jour".  3, 8. (Les massorètes lisent à la place d'Orient, germe). Il annonce aussi  la construction du  temple: "Ainsi parle Adonaï tout puissant: voici l'homme, son nom est Orient, il se lèvera de lui-même et bâtira le temple du Seigneur". 6,12.

 Le sens historique est évident, il s'agit de la reconstruction du temple après l'exil; les rabbis ont aussi discerné dans ces paroles la venue du Messie, c'est même à partir du livre de Zacharie que s'est développé le thème de deux messies, l'un royal, l'autre sacerdotal.

Les chrétiens donnent à Jésus le titre d'Orient ou Soleil levant, le jour du 21 décembre, solstice d'hiver, où la nature exprime parfaitement par le jour le plus court, les ténèbres et les ombres de la mort. L'Homme qui se lève de lui-même est le Logos incarné. Jean dit de lui : "Le Logos était la vraie lumière  qui venant dans le monde illumine tout homme" I, 9. 

Il est splendeur de la Lumière éternelle et soleil de Justice. Nous sommes dans l'esprit de la confession de Nicée, nous chantons la Lumière de Lumière et le Soleil de Justice, celui qui vient juger les vivants et les morts avec justice et rendre à chacun selon ses oeuvres.

Malachie 3, 20 l'annonce: "Pour vous qui craignez, Mon Nom se lèvera, Soleil de justice et la guérison sera sous ses ailes". Jésus est le sauveur, il apporte le Salut, la santé parfaite à l'humanité blessée mortellement par la chute. Pour cela, il n'hésite pas à étendre ses mains sur la croix pour que nous puissions être les voyants du soleil de la résurrection.

 

O Roi des nations, leur désiré, Pierre angulaire qui de deux peuples en fait un seul; Viens < et ne tarde pas> sauver l'homme que tu formas du limon.

 

Le titre de Roi des nations est pris directement de Jérémie 10,7.  Le Dieu de la Première Alliance est le Dieu un, unique, aussi, il est autant le Roi d'Israël que le Roi des nations. Le Psaume 46 Héb. 47, résume parfaitement cette certitude: "le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable, le grand Roi de toute l a terre. <> Dieu règne sur les nations, Dieu siège sur son trône saint".

La septante et la vulgate lisent en Aggée 2,7: J'ébranlerai toutes les nations, et viendra le Désiré des nations, j'emplirai de gloire cette maison".

L'antienne O Rejeton de Jessé, a déjà livré l'explication des deux peuples en un. La pierre angulaire fait référence à 1 Pierre 2,6 qui cite Isaïe 28,16 selon la septante. 

Christ Jésus est la Pierre de fondation de l'humanité sauvée. C'est le même, celui qui a créé l'Homme du limon ,  qui opère son Salut par la croix et la remise de l'Esprit de vie.

 

O Emmanuel, notre roi et notre législateur, attente des nations et leur Sauveur, Viens < et ne tarde pas>.  Viens nous sauver, notre Seigneur et notre Dieu.

 

Ce tropaire récapitule les six noms donnés au messie. Roi et Législateur proviennent d'Isaïe 33,22: "Adonaï est notre législateur, Adonaï est notre Roi, c'est lui qui nous sauve".

 

L'ange de l'Evangile selon saint Mathieu 18,23 s'adresse à Joseph et cite textuellement la prophétie d'Isaïe 7,14:" Voici que la vierge sera enceinte; elle enfantera un fils et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui se traduit: Dieu avec nous". Ce nom d'Emmanuel est aussi riche et profond que celui de Jésus. Dieu est toujours avec son peuple, Emmanuel, c'est la présence toute particulière de Dieu en un homme singulier. Par la personne unique de Jésus,  tout homme reçoit la capacité de la communion  de l'Esprit Saint.

                                           Mss d'Orléans

 Jésus (=Dieu sauve) vient nous sauver comme son nom l'indique, Emmanuel  est le Seigneur, notre Dieu.

 

                                    E-P      décembre 1998-janvier 1999

Bibliographie:

H. Leclercq, article O antiennes,  in DACL, 1936

Thomas J. Knoblach, The O antiphons, in Ephemerides liturgicae, 1992/3

 

 

Temps de l'avent, préparation à la fête de la Nativité