La Sagesse et le Discernement

Par Abba Shénouda III, Pape et patriarche d'Alexandrie

 

 

"Le discernement, dit abba Antoine, est sans aucun doute la plus grande vertu".

Le discernement c'est la capacité de distinguer entre le vrai et le faux, le bien et le mal.

Bien des gens prient, jeûnent, se confessent, communient, lisent les saintes Ecritures, et pourtant leur vie spirituelle n'est qu'un échec, parce qu'ils manquent de discernement; c'est-à-dire qu'ils pratiquent tous ces moyens sans sagesse, sans compréhension et sans évaluation.

L'homme doit pratiquer toute vertu avec sagesse. Il doit comprendre en premier lieu la vraie acception et l'essence même de chacune d'elles, et savoir quand et comment peut-il la pratique. Le discernement doit guider toute vertu.

 

"Le sage a les yeux ouverts, mais l'insensé marche dans les ténèbres" -Qohelet 2:14.- Notre Seigneur Jésus-Christ a souvent souligné l'importance de la sagesse. L'on a même dit qu'il a loué l'intendant malhonnête, pour avoir agi de façon avisée -Luc 16:8-. Et en parlant du comportement empreint de sagesse, il dit: "Montrez-vous, donc, prudents comme les serpents et candides comme les colombes" -Mathieu 10, 16-

 

La Sagesse est un des Noms du Christ

 

L'Apôtre dit de Notre Seigneur Jésus-Christ qu'il est "puissance de Dieu et sagesse de Dieu" - I Corinthiens 1,24-, "en Lui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse" -Colossiens 2,3-

Il est dit encore en parlant du Christ: "La Sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses sept colonnes" -Proverbes 9, 1,- désignant par là les sept grands sacrements de l'Eglise.

 

La Sagesse est aussi  l'Esprit Saint

 

Lorsque l'Esprit de Dieu habite un cœur, la sagesse l'habite inéluctablement.

Le prophète Esaïe dit du Saint-Esprit qu'il est "l'Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance" -Esaïe 11,2-

De même, en parlant du Saint-Esprit aux Chrétiens d'Ephèse, Saint Paul affirme qu'il est "un esprit de sagesse et de révélation", et s'ils le reçoivent, il illuminera "les yeux de (leur) cœur" -Ephésiens 1,17-18 –

 

Sagesse de Dieu/ sagesse du monde:

 

Il est nécessaire de distinguer entre la sagesse de Dieu et l'astuce du monde.

"La sagesse d'en haut, dit saint Jacques, est tout d'abord pure, puis pacifique, indulgente, bienveillante, pleine de pitié et de bon fruits" -Jacques 3,17-. Il la distingue de la sagesse de ce monde de laquelle émanent toute "jalousie, chicane, désordre et toutes sortes de mauvaises actions" -Jacques 3,16-

La sagesse du monde est imprégnée d'astuce et de fourberie. Aussi, recourt-elle souvent au mensonge et à la duperie. Et Satan ne manque pas de s'immiscer dans les moyens qu'elle adopte.

C'est cette sagesse que nous devons fuir et dont nous devons refuser les conséquences, même si celles-ci paraissent dans notre intérêt.

Si bonne que puisse paraître une idée présentée par Satan ou par notre propre intelligence humaine, mais dont les moyens sont malhonnêtes ou incompatibles avec les principes spirituels, refusons-la. A ce propos, les Ecritures nous mettent en garde disant: "Tel chemin paraît droit à quelqu'un, mais en fin de compte c'est le chemin de la mort"  -Proverbes 14, 12, 16, 25-

 

La première source de la sagesse c'est Dieu lui-même à qui nous demandons, dans la prière, de nous accorder ce don. "Si l'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu… Qu'il demande avec foi, sans hésitation" -Jacques 1,5-6-

C'est pourquoi, nous demandons toujours à Dieu de nous guider, d'éclairer notre intelligence et notre cœur, de nous octroyer la sagesse qui émane de Lui et de nous apprendre comment nous comporter.

L'Apôtre Saint Paul indique une seconde source de sagesse: "Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont fait entendre la parole de Dieu… Obéissez à vos chefs et soyez-leur dociles, car ils veillent sur vos âmes, comme devant en rendre compte." -Hébreux 13,7.17-

Quelle est vraie cette belle expression qui dit: "Ceux qui sont sans guide tombent comme les feuilles d'automne."

Les sages et les personnes expérimentées qui cultivent l'esprit de droiture représentent la troisième voie à laquelle l'on peut puiser la sagesse.

 

Sagesse des Anciens:

 

Il ne suffit pas de demander conseil mais, aussi, d'obéir et de suivre le conseil donné.

Dans les premiers temps de sa vie monastique, Saint Antoine cherchait conseil auprès des ascètes, comme l'abeille qui butine d'une fleur à l'autre pour constituer son miel.

Nombreux sont ceux qui demandent la sagesse auprès d'une seule personne, aussi deviennent-ils une copie conforme de leurs guides. Saint Antoine apprenait l'ascétisme de l'un, la prière d'un autre, l'humilité du cœur d'un troisième, l'affabilité d'un quatrième, la connaissance d'un cinquième, etc…

 

Les œuvres des hommes:

 

Les œuvres de l'homme se répartissent, en fait, en quatre catégories:

1.     Une œuvre clairement bonne

2.     Une œuvre clairement mauvaise.

Peut-être ces deux sortes n'ont pas besoin de grand discernement.

3. les œuvres devant lesquelles l'esprit demeure perplexe, se demandant si elles sont bonnes ou mauvaises,  ou celles qui suscitent l'embarras quant à leurs conséquences ou aux moyens à adopter pour les exécuter.

Dans ce cas, l'homme a besoin de la sagesse et du discernement,  ou du moins il a besoin d'un bon conseil et d'une parole utile pouvant lui éclairer la voie. Là réside l'importance du rôle que jouent les Pères spirituels, et les sages.

4. la situation où il faut choisir entre deux voies, lorsque la conscience n'arrive pas à déterminer laquelle des deux est la meilleure.

Chacune des deux voies peut être bonne en elle même, mais laquelle est la meilleure? Ou bien laquelle d'entre elles convient-elle mieux à cette personne elle-même?

Ces questions doivent être traitées avec sagesse et discernement. Elles demandent un certain sursis, pour que l'homme puisse reconnaître ses vraies dispositions et entendre la voix de Dieu, soit à l'intérieur de son cœur, soit par la bouche d'un père spirituel avisé ou d'un confesseur fidèle.

 

Le discernement:

 

La sagesse et le discernement sont de même requis lorsqu'il s'agit de choisir une méthode permettant d'accéder à une vertu ou de s'y exercer progressivement.

Les vertus sont claires et bien exposées dans les livres spirituels. Mais quel serait le point de départ? Quel serait le moyen idéal pour l'acquérir?

Les uns s'y précipitent, ce qui pourrait aboutir à une conséquence contraire à celle qui est escomptée ou provoquer un revers spirituel. D'autres y vont lentement, ce qui pourrait conduire à la tiédeur, à la paresse et au relâchement.

Répondre que l'empressement est préférable ou la lenteur est préférable n'est nullement une réponse exacte. Lorsque le cœur est mû par un grand élan par suite de l'action de grâce,  ou lorsqu'il est embrasé par le Saint-Esprit, il ne faut point s'arrêter. Dans d'autres cas, il vaudrait mieux y aller progressivement.

Parfois l'homme s'enthousiasme pour un acte déterminé et l'enthousiasme qui le meut accapare tous ses sentiments, alors qu'il n'est nullement dans son intérêt, et il pourrait, même, le regretter après coup.

Demander conseil fournit à l'homme la possibilité de distinguer les autres points de vue, de voir les choses sous un angle plus clair ou de découvrir des conséquences dont il ne tenait pas compte.

 

Un des fruits essentiels du discernement et la sagesse est d'avoir une conception claire et nette de chaque vertu permettant de former un tout intégral avec les autres vertus, loin de tout extrémisme.

 

Parfois une personne vient dire: je me suis comportée à l'égard des gens avec humilité et clémence, mais je suis devenue l'objet de leur dérision et j'en ai souffert psychologiquement.

Là, l'erreur n'incombe pas à l'attitude d'humilité, mais à l'application de l'humilité sans discernement ni compréhension.

Une telle personne a, en fait, besoin de connaître la vraie signification de l'humilité et de savoir comment s'y comporter, comment agir en toute humilité avec sagesse et discernement, sans en souffrir psychologiquement, de sorte que cette humilité soit bien ancrée dans le cœur et n'ait point des conséquences néfastes.

Inversement une telle personne pourrait se lancer, après son expérience pénible, dans le sens inverse, abhorrer l'humilité, se comporter avec violence et s'accrocher fermement à sa dignité personnelle.

 

La prudence dans l'exercice de l'ascèse:

 

Sans aucun doute, si l'homme met en pratique sans discernement certaines vertus, celles-ci pourraient le conduire à des conséquences imprévues qui pourraient aboutir à une sorte de reniement de la vie spirituelle, à une déviation hypocrite, ou à un complexe psychologique.

 Dans de tels cas, la cause véritable réside dans le manque de discernement et de sagesse qui marquèrent les conditions de temps, d'opportunité de connaissance de soi et des autres pour la mise en application de ces vertus.

C'est pourquoi le lecteur de certains écrits spirituels de niveaux supérieurs, devra s'armer de discernement et de sagesse aussi bien que des conseils des experts dans ce domaine, avant de se livrer aux exercices permettant d'atteindre de tels niveaux.

Quand vous lisez tout ce qui concerne une vertu à laquelle un saint a accédé après une lutte qui pourrait avoir duré des dizaines d'années, il est dangereux, pour vous, de vouloir la mettre en pratique immédiatement, en partant du sommet, sans y aller progressivement et sans s'y comporter avec sagesse et discernement.

Cette précaution concerne le silence et la vie de solitude, le jeûne et l'abstinence de longue durée, l'humilité et la dernière place, la différence entre condamner et conseiller autrui, la douceur et la force de la personnalité, le pardon, la fermeté et la correction, l'ascétisme, la défense de la justice, l'obéissance et la liberté de conscience

Qu'est-elle donc la vraie sagesse et par quoi se distingue-t-elle de l'intelligence?

L'intelligence émane de la raison, elle pourrait n'être qu'une activité saine de la pensée.

Quant à la sagesse, elle ne s'arrête pas au stade de la bonne réflexion, mais elle fait suivre celle-ci d'un comportement raisonnable dans la vie pratique. De même, la sagesse n'est pas, seulement, une pure connaissance ou un sain jugement, mais elle s'infiltre au plus profond de la vie pratique pour se faire marquer par une bonne conduite… Elle n'est pas simplement un ensemble de renseignements théoriques ou intellectuels, mais comme le dit Saint Jacques à juste titre: "Est-il quelqu'un de sage et d'expérimenté parmi vous? Qu'il fasse voir par une bonne conduite des actes empreints de douceur et de sagesse." -Jacques 3,13-

En fait, la bonne réflexion ou l'intelligence subit une dure épreuve, quand il s'agit de la mettre en pratique. Si elle la passe avec succès, elle se transforme en sagesse.

 

La sagesse des Anciens:

 

L'importance de l'expérience pour la sagesse a donné lieu à cette expression: avoir "la sagesse des vieillards."

On entend par là, que les vieillards ont acquis, tout au long de leur vie prolongée, bien des expériences qui leur confèrent la sagesse, quel que soit le degré de leur intelligence, car celle-ci ne joue pas un rôle absolu dans la vie.

Par leurs conseils, les sages conseillers ajoutent à l'entendement de l'homme un autre entendement.

Ils ajoutent à son opinion un autre point de vue, qu'il n'aurait pas discerné à cause de son peu d'expérience et de sa vision limitée des choses. Ils pourraient, de même, l'empêcher de se lancer dans un sens déterminé ayant accaparé toute sa pensée, par suite d'un dessein secret de son cœur.

Il s'avère donc que l'impulsivité entrave l'intelligence ou la pousse dans un sens déterminé.

 

Danger de la précipitation:

 

Le sage n'agit pas avec impulsivité, mais il garde calmement sa propre conviction, tout en cherchant à voir plus clair, afin de trouver une méthode d'action plus vaste et plus profonde.

L'empressement à agir est une des entraves de la sagesse. C'est pourquoi les sages sont caractérisés par la pondération.

L'empressement ne laisse pas à l'homme un délai suffisant lui permettant de bien réfléchir, d'étudier et d'examiner une situation donnée, et de connaître les autres points de vue la concernant.

De même, elle ne donne pas lieu de demander conseil et de soumettre la question à Dieu dans la prière.

L'empressement pourrait impliquer une sorte de superficialité dans le jugement. Les actes hâtivement exécutés sont, le plus souvent, inconséquents et imprudents.

Nous trouvons, au contraire, qu'un grand saint, Macaire Le Grand, adopta une attitude bien différente, lorsque lui vint l'idée de se rendre au désert intérieur pour rencontrer les pèlerins solitaires: "Je combattis, dit-il, cette idée pendant trois ans, pour m'assurer si elle vient, oui ou non, de Dieu?"

 

Nous ne dénions pas que certaines questions exigent la promptitude, mais il y a une grande différence entre la promptitude et l'impulsivité.

L'impulsivité est dangereuse, lorsqu'il s'agit des questions capitales dont dépend le sort de l'homme. Elle est inexcusable si la situation offre une occasion suffisante pour réfléchir et si le temps ne presse pas. Un retard, pourtant dans une vraie situation d'urgence pourrait être criminel.

Souvent, hors situation exceptionnelle, l'homme regrette de s'être hâté d'agir, car l'empressement l'a conduit à commettre une faute ou l'a rendu injuste à l'égard d'autrui.

 

La nécessité de la formation:

 

L'incompréhension ou le manque de connaissances constitue aussi une des entraves de la sagesse

En général, la personne devra étudier la psychologie, la mentalité et les conditions celle ou celui avec qui il aura à faire, qu'il s'agisse d'un époux, une épouse, des enfants, d'un collègue au travail, d'un chef, d'un subalterne, d'un ami ou d'un voisin; et il devra se comporter à son égard de la façon qui convient le mieux à cette personne.

Si vous cherchez à pénétrer la psychologie et la mentalité de la personne avec qui vous aurez à faire, vous découvrirez la clef de son cœur et vous saurez comment vous y prendre.

Même si la clef que vous découvrez n'ouvre pas immédiatement, cherchez à la graisser et à la lubrifier par la prière.  Essayez de nouveau d'ouvrir la porte et celle-ci s'ouvrira.

Souvent, l'échec que nous essuyons dans nos relations avec certaines personnes incombe moins aux points faibles de ces personnes qu'à notre ignorance de la manière adéquate avec laquelle il faudrait les traiter.

 

Le silence: 

 

"L'exercice spirituel du silence" est un des exercices appréciés par les spirituels. Par cet exercice, ils voudraient se débarrasser des péchés de la langue :"abondance des paroles ne va pas sans offense" -Jacques 10,19-  Ils se souviennent de la prière de David disant:" Mets, Seigneur, une garde à ma bouche, veille sur la porte de mes lèvres" Psaume 141,3

Comme ils se rappellent les paroles de Saint Arsène affirmant: "J'ai souvent parlé et je m'en suis repenti. Alors que je n'ai jamais regretté mon silence".

Cependant, l'homme sage connaît que le silence n'est pas toujours une vertu et la parole n'est pas toujours un péché.

L'homme avisé ne garde pas le silence quand il faut parler, et ne parle pas quand la situation exige le silence. Grâce à sa sagesse, il sait discerner quand et comment parler.

Le discernement est, ici, indispensable. L'exercice du silence ne doit pas être appliqué à la lettre loin de l'esprit de cet exercice, car parfois en gardant le silence on peut commettre de graves erreurs.

Le sage sait bien comment il peut agir face aux insanités des gens. Dans ce cas, l'homme ordinaire se trouve dans la contradiction apparente de deux versets:

"Ne réponds pas à l'insensé selon sa folie de peur de lui devenir semblable, toi aussi" -Proverbes 26,4- et

"Réponds à l'insensé selon sa folie de peur qu'il ne soit sage à ses propres yeux" -Proverbes 26,5-

Il n'y a, en fait, aucune contradiction entre ces deux versets. Mais la sagesse permet à l'homme de discerner quand faut-il répondre à l'insensé et quand doit-il s'abstenir de le faire.

Si par votre réponse vous devenez semblable à l'insensé, il vaudra mieux ne pas lui répondre et garder le silence. Si par votre silence il devient sage à ses propres yeux, il est préférable que vous lui démontriez la folie de ses paroles.

Seule la sagesse est capable de trancher la question. Par le discernement l'on pourrait, en fait, distinguer laquelle des deux attitudes est la meilleure. Il serait insensé de vouloir donner un seul avis applicable à tous les cas.

Nous ne pouvons pas vous conseiller de garder le silence, quand un seul mot de votre part peut résoudre un problème ou lorsque votre silence pourrait être mal compris.

Parfois, le silence pourrait être le signe de la discrétion, de la pondération et de la sagesse permettant à l'homme d'éviter bien des fautes et des problèmes, comme il pourrait être une occasion favorable pour la prière et la méditation.

D'autres fois, le silence pourrait être insanité, passivité ou manque de sagesse. Comme il pourrait être un effet de couardise et un manque de fermeté.

 

L'Ecriture sainte, maître de Sagesse:

 

Le sage ne se limite pas à un seul verset de l'Evangile, pour en faire le critère unique de sa vie, en l'appliquant à la lettre. Mais il sait quand il convient d'appliquer chaque verset en temps opportun et quand il doit recourir à d'autres versets pour en dégager la vraie conception.

La vie spirituelle n'est pas uniquement un ensemble de contraintes, de règles et de lois. C'est d'abord et surtout un état d'esprit qui demeure en Dieu par l'amour et la liberté.

L'application de l'exercice spirituel ne doit pas être rigide, comme elle ne doit pas tenir à la lettre loin du bon sens, les exercices spirituels ne doivent jamais constituer des liens et des chaînes.

Celui qui mène une vie spirituelle saine et sage connaît bien comment accomplir une œuvre pour l'amour de Dieu, et s'abstenir également pour l'amour de Dieu. Il faut, en fait, adopter l'attitude adéquate pour chaque situation. A ce propos, parlant de ses exercices concernant des situations contraires, Saint Paul dit:

"Je me suis initié à la satiété comme à la faim, à l'abondance comme au dénuement"  -Philippiens 4,12-

Les enfants de Dieu s'en tiennent, en fait, à l'esprit de la vie non à des textes et à des lettres.

Ils savent quand et comment accomplir à un moment une œuvre donnée et dans une autre circonstance son contraire avec une conscience tranquille, comme le signale l'apôtre à ce propos: "Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure."  -Romains 12,5-

Il y a donc un temps pour tout sous le ciel, comme le dit le livre de l'Ecclésiaste: "un temps pour pleurer et un temps pour rire… un temps pour se taire et un temps pour parler" -Qohelet 3,1-7-

Tout acte en son temps est un bien, quand il est exécuté convenablement et sagement.

L'homme sage accomplit le travail requis en temps opportun sans se lier, sa vie durant, par un état d'ascèse déterminé.

 

En temps opportun:

 

Certaines personnes recourent uniquement à la bonté et à la douceur. D'autres adoptent la fermeté et le comportement à poigne comme règle de vie.

Mais la sagesse incite à employer la fermeté, quand la situation l'exige pour trancher la question qui s'impose, à employer la douceur quand il est préférable d'y recourir.

Dans votre douceur, ne soyez pas si conciliant de façon à en souffrir. Et dans votre fermeté, ne soyez pas trop dur de manière à faire souffrir les autres.

 

Aux premiers temps du Christianisme, la fermeté était nécessaire pour l'édification de l'Eglise, afin que la négligence, la perfidie et le mensonge ne s'y infiltrent pas.

La douceur est utilisée pour les faibles selon la Parole du Sauveur "n'éteignez pas la flammèche qui fume", mais celui qui manie la douceur doit être fort dans l'esprit et les actes, de sorte que l'on ne comprenne qu'elle n'est  pas une mollesse de caractère ou un état d'inaction.

 


Shénouda III, Pape et patriarche d'Alexandrie

 

Lettre de saint Elie, août 2003, traduit et mis en forme de l'anglais par E-P

Sagesse & le discernement