La Pentecôte: L'Esprit engendre l'Eglise

 

La fête de la Pentecôte juive fait partie des trois fêtes dites de " Pèlerinage".

La Bible lui donne différents noms : Fête des Moissons Exode 34 ,16 - Fête des Semaines Exode 34 ,12 - Fête des Prémices Nombres 28 ,26

La tradition rabbinique l'appelle aussi "Fête des Clôtures" du cycle pascal. Cette appellation marque la liaison qui a toujours été établie dans la liturgie juive entre Pessah (Pâque) et Chavouoth (Pentecôte).

Les rabbins ont enseigné, plus tard, qu'en faisant ainsi, chaque juif se rapprochait de la gloire de Dieu qui habitait dans le Temple, dans le Saint des Saints, de la sorte, le fils d'Israël pouvait renouveler son acte de consécration et de dévotion envers Dieu. Ils décidèrent aussi de fêter ce 50ème jour après la Pâque comme le mémorial où Dieu, sur le Sinaï, remit à Moïse la Torah/ Loi.

 

Il y a une connexion entre nos fêtes chrétiennes et les fêtes de la première Alliance: Le jour même (selon la chronologie de l'Evangile de St Jean) où les Juifs immolaient l'agneau pascal en préparation de la Pâque, l'Agneau de Dieu, Jésus-Christ, est immolé sur la Croix pour ressusciter le surlendemain.
Le même jour où les Juifs fêtaient la réception de la Torah, les Chrétiens fêtent la réception du Saint Esprit.

C'est ainsi que la Pâque et la Pentecôte Juive annoncent la Pâque et la Pentecôte accomplies de l'Alliance éternelle. "La Torah fut donnée par Moïse, la Grâce et la Vérité sont venues par Jésus Christ. Jean 1, 17.

 

Le jour donc de la Pentecôte Juive, les Apôtres et disciples de Jésus Christ sont réunis d'un seul cœur par cette foi en Jésus Christ sur laquelle Celui-ci avait promis à Pierre qu'il bâtirait son Eglise. C'est alors que "Jésus exalté à la droite de Dieu a reçu du Père l'Esprit Saint promis et l'a répandu " Actes 2, 31-32.

L'Esprit Saint, l'Intercesseur, l'Esprit de Vérité "qui procède du Père" Jean 15, 26 et qui "repose dans le Fils" Jean 1, 38, le Fils l'envoie "d'auprès du Père" Jean 15, 26 et le donne "à ceux qui croient en son Nom" Jean 1, 12. Il l'envoya "sous forme de langues de feu" Actes 2, 3.

                                    

                                               

Avec la langue, on parle. Avec une langue de feu, on exprime la Parole de Dieu: l'Assemblée des croyants devient alors le lieu de la présence de la Parole de Dieu, du Logos Divin, du Fils Unique.

Le don des langues de la Pentecôte est celui de l'unité, Dieu en ce jour a unifié la multiplicité des langues en les joignant les unes aux autres et en les informant toutes, pour renouveler la foi en tout homme.

Les hommes se réconcilient et retrouvent l'harmonie des langues pour chanter les louanges de Dieu. "Ce n'est pas la tour de Babel détruite et créatrice de confusion que nous voyons, mais la tour spirituelle de la Sainte Eglise qui est construite et affermie par la descente de l'Esprit Saint".

L'unité des langues retrouvée n'est pas un espéranto biblique mais le don pour chaque langue, chaque peuple et nations de s'approprier la juste louange sacrée et d'entrer dans l'Alliance. Cette unité des langues se réalise qu'avec le concours des personnes humaines individuelles et collectives.

L'union au corps du Christ n'est pas une intégration ou confusion dans le corps du Christ mais une unité sans mélange dans la diversité irréductible des personnes marquées du sceau de l'Esprit. L'Assemblée des fidèles reçoit en elle le Logos, elle devient Corps du Christ, Eglise. Comme la naissance du Théanthropos Dieu-Homme dans le sein de la Vierge, tout cela est accompli par l'Esprit.

 

L'Eglise n'est donc pas essentiellement une institution, c'est-à-dire une organisation avec des règles de fonctionnement, des rites, des dogmes, même s'il a bien fallu qu'elle les acquiert.

L'Eglise est la présence mystérieuse du Fils de Dieu prenant chair par la puissance du Saint Esprit dans une assemblée de pécheurs qui confessent la Résurrection de leur Maître Sauveur.

Prenant chair! : la chair du Logos, la chair du Fils, la chair de Dieu, le corps du Christ, c'est nous avec lui: "Il est la tête du corps qui est l'Eglise " Colossiens. 1, 18, "vous êtes le corps du Christ car vous êtes ses membres, chacun pour sa part " 1Corinthiens.13, 27.

Nous devenons ce corps lorsque, rassemblés "d'un seul cœur" pour manger "le Pain venu du ciel" Jean 6, 51 et boire le "Sang de la Nouvelle Alliance" 1Co. 11, 25, nous disons à Dieu le Père dans la sainte Anaphore

"Nous te demandons et supplions, envoie de ton sanctuaire céleste <> le paraclet lui-même, le Saint Esprit de Vérité, qui est Seigneur, qui donne la vie <> qui accomplit par sa propre puissance et pas comme un ministre la sanctification en ceux qu'il a choisis de son plein gré, <> qu'il sanctifie et manifeste ce pain et ce calice , lui Dieu tout puissant, Corps très saint, Sang de la nouvelle Alliance de ton Christ Jésus, Dieu et souverain roi". (Liturgie de saint Marc).

 

C'est là, au cours de l'Assemblée Eucharistique, que le Saint Esprit unit en un seul corps, le Corps du Christ avec ceux qui communient à ce Pain devenu Corps du Christ, et à ce vin Sang du Christ, pour nous grandir de grâces en grâces à la dimension de ce même Corps ressuscité.

L'Assemblée Eucharistique, ou plutôt le Saint Esprit par le mystère eucharistique, fait l'Eglise: c'est là que l'Eglise s'édifie, s'identifie avec le Corps du Ressuscité; c'est là que la Pentecôte se perpétue et s'actualise, c'est-à-dire devient réalité actuelle.

C'est parce que nous croyons que l'Eglise - tous pécheurs que soient ses membres - devient vraiment par la présence du Saint Esprit le Corps du Ressuscité que nous croyons "en l'Eglise Une-unique, Sainte Catholique et Apostolique" tout comme nous croyons au Père, au Fils et au Saint Esprit.


L'objet de notre foi, ce ne sont pas le catalogue des croyances, la lettre des rites et des jeûnes, la soumission aveugle à une hiérarchie... mais l'esprit de tout cela dans la liberté et l'amour des Enfants de Dieu, dans le Saint Esprit rendant le Christ présent dans une assemblée de pécheurs croyants et l'unissant à cette assemblée, pour faire "d'elle, progressivement, à travers les siècles cette  Epouse sans ride ni tache, ni rien de tel"
Ephésiens 5, 26-27, cette "Jérusalem céleste qui descend des cieux prête comme une épouse qui s'est parée pour son Epoux" Apocalypse. 21, 2 pour s'unir éternellement à Lui.

 

L'Eglise est une nouvelle création continue, purifiée par l'eau du baptême et la Parole. Dieu l'a donnée sur la croix par l'émission du sang et de l'eau du côté du Crucifié, il l'a confirmé et remplit de l'Esprit le jour de la Pentecôte. 

La liturgie syriaque, comme saint Jean lie l'expiration de Jésus sur la croix et le don de l'Esprit. Avec le Testament de Benjamin, elle entend par "il remit l'Esprit" Jean 19,30 et par "le voile du temple se déchira" Mathieu 27,51, l'Esprit Saint donné à toutes les nations.

"Le temple de Dieu sera dans votre lot, et le dernier sera plus glorieux que le premier; les douze tribus y seront rassemblées avec toutes les nations, jusqu'à ce que le Seigneur envoie son Salut par la visite d'un prophète. Il entrera dans le premier temple, là le Seigneur sera insulté et il sera élevé sur le bois. Le rideau du temple sera déchiré et l'Esprit de Dieu descendra sur les nations, comme un feu qui se répand. Et montant du shéol, il passera de la terre au ciel".

 

Au cours de chaque Divine Liturgie, l'Esprit ne cesse de nous vivifier selon sa grâce et notre libre réponse pour nous amener à l'achèvement de son économie divine qui donne son sens à l'histoire des hommes et manifester l'avènement du Royaume "préparé pour eux avant la création du monde". Mathieu 25, 34.

 

Si en Christ tout est accompli, parce qu'en lui, toute la création et l'histoire sont récapitulées, l'humanité doit se libérer du prince du monde en s'efforçant de faire sienne la résurrection.

Le Christ offre la plénitude de la vie divine, il ne l'impose pas. Chaque personne doit s'approprier la vie qui jaillit du tombeau par la demande de la venue en lui de l'Esprit Saint et une vie aussi conforme que possible à l'enseignement du Sauveur.

La chute d'Adam a engendré le péché du monde, l'entrée de la convoitise qui aboutit au meurtre d'Abel par Caïn Genèse 4. La malice des hommes, le refus de l'amitié et de la vie divine eurent comme conséquence la condamnation du Seigneur "Mon Esprit ne demeurera plus dans l'homme" Genèse 6,3 Targum araméen.  Le jour de la Pentecôte une nouvelle humanité voit le jour: la communion fraternelle et ecclésiale par la vie du Ressuscité, dans l'esprit Saint. Ce jour avec saint Grégoire de Nysse, un tropaire chante "Aujourd'hui fut abolie la sentence prononcée par le Père [Mon esprit n'habitera plus dans l'homme], l'esprit s'est à nouveau uni aux hommes".

 

Bibliographie:

* Cyrille Argenti, Pentecôte, création de l'Eglise, in Orthodoxes à Marseille, N° 29, mai/juin 1991

* Emmanuel-Pataq Siman, l'Expérience de l'Esprit par l'Eglise, Théologie historique 15, 1971



 

Pentecôte, fondation de l'Eglise