http://coptica.free.fr

                                           Le Guide des égarés

 

 

Je reprends le titre d'un ouvrage du grand philosophe juif andalou Maïmonide pour rédiger un compendium des bonnes attitudes du chrétien orthodoxes dans l'Eglise et dans le monde.

 

En effet, hélas, il est de plus en plus difficile de mettre en pratique la prescription initiale reçue dans la Torah: Deut. 6.4-8.  "Ecoute, Israël: le Seigneur notre Dieu est Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces commandements resteront gravés dans ton cœur. Tu les rediras à tes enfants, tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé". 

 

Que ce soient les nouveaux convertis ou les fidèles baptisés dans leur prime enfance, il semble que l'enseignement ne soit pas passé, beaucoup paraissent égarés dans l'Eglise faute de connaître la tradition concrète qui sanctifie tous actes de la vie courante. Prenons garde, il ne s'agit pas d'un règlement militaire mais d'acquérir une attitude juste qui remplisse un cœur nouveau pour que chaque battement soit une louange au Seigneur. La lettre tue, c'est l'Esprit qui vivifie. Toutefois sans la lettre pas d'esprit non plus. La lettre soutient l'esprit comme le corps soutient toute la personne humaine et permet la communication.  Aussi les conseils de l'Eglise sont à accomplir non de l'extérieur, mais de l'intérieur du cœur, ils doivent devenir une seconde nature (notre vraie nature libérée par Christ) à l'aune du grand commandement du Sauveur: l'amour de Dieu et du prochain. Paradoxalement les pratiques codifiées de la liturgie commune et celles de la prière privée rendent intérieurement libre.

 

Maïmonide dans son "guide des égarés" voulait dégager la signification spirituelle cachée derrière le sens littéral et les pratiques de la Torah et montrer que le spirituel était la sphère du divin. Il est aussi un maître d’une religion rationnelle, épurée des superstitions, qui vise essentiellement l’instauration d’une société vraiment humaine. C'est dans cet esprit que j'entreprends ce compendium: il ne s'agit pas de dévotions qui obscurcissent l'essentiel mais de montrer au chrétien sa dimension sacerdotale d'enfant de Dieu.

Cette dimension exige l'exactitude: l'orthodoxie [l'expression de la foi juste] sans l'orthopraxie [la pratique exacte] risque de se dissoudre en idéologie religieuse de vanités. "Vanité" dans son premier sens de fumée, fumée des discours vides de réalité, qui masque le vide de l'âme et, malheur, peut aussi cacher une certaine méchanceté de la nature non renouvelée dans le Christ. Bref, en s'enfumant et en enfumant les autres, on s'illusionne sur son état. 

 

Avec saint Paul l'Eglise enseigne que le chrétien est affranchi du formalisme de la Loi, mais avec des exigences encore plus grandes, celles de la "La Loi de l'Esprit" qui est l'Esprit lui-même.  Ce n'est pas simplement des actes extérieurs qui faut accomplir, c'est aussi et surtout une attitude intérieure.  Le chrétien doit faire sienne la confession de Paul devant Dieu et le monde: "ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi".

 

Le dimanche est la couronne de la semaine, et nous examinerons pourquoi et comment. Toutefois, le dimanche est en vérité couronné seulement si la semaine est royale. Elle est royale car toute emplie de la mémoire du Roi céleste que nous rencontrerons d'une manière physique comme l'enseigne notre père Cyrille d'Alexandrie dans la communion eucharistique du dimanche. Notre semaine fait partie de deux grands cycles, celui du temps liturgique annuel et celui de notre vie.

Nous commencerons par le cycle de notre vie, puis nous montrerons comment chaque moment de la semaine doit être sanctifié pour qu'apparaisse notre nature renouvelée en Christ, pour que notre dimanche soit entièrement la joie du Royaume.

 

A. Le cycle de la vie.

 

La conception:

 

Notre vie commence à la conception par nos parents.

Ce n'est pas le lieu pour discuter des questions de contraception et d'avortement, mais il serait déloyal de ne pas en dire quelques mots. Il n'appartient pas au prêtre d'entrer dans la chambre nuptiale des fidèles, aussi la sagesse exige de ne pas dicter de règles de contraception en acceptant un "contrôle des naissances" mais aussi en disant que le don de la vie appartient aussi à Dieu. Ce qui veut dire que c'est le niveau spirituel du couple qui dicte le mode de contraception. Le lit nuptial est saint, à chaque couple d'exercer sa liberté et sa conscience.

 

Nos pères considèrent que dès le quarantième jour de la conception, le fœtus est une personne à part entière, le corps se forme à l'image du Fils de l'homme et l'âme vitale l'anime.

Aussi l'exemple même, cité par les pères, de la vertu chrétienne par rapport au paganisme est l'interdiction de l'avortement."Tu ne tueras pas l'enfant avant sa naissance" dit la Didaché 2,2.

 

Ce que la loi séculière accorde n'est pas toujours bon et inversement la morale chrétienne ne doit pas poser d'exigences envers les non chrétiens.  Aussi la règle d'or de toute vie spirituelle est le non jugement. Personne n'a le droit de condamner les infortunées qui s'octroient le bénéfice de la loi civile. Souvent peu utile est le discours religieux pour empêcher une femme qui a décidé de mettre terme à sa grossesse d'aller jusqu'au bout de sa décision.

C'est pour cela qu'il faut dire la bonté divine avant la crise "Dieu est le donateur de vie, peu importe le prix – c’est Son problème. Il vous donne les enfants, Il honorera sa responsabilité et donnera la grâce nécessaire. Ne détruisez pas ce qui est confié à vos soins, pour son bien et pour le vôtre. À la place, chérissez le privilège qui vous est donné. Vous ne regarderez jamais en arrière, et dans des années, vous aurez le bonheur de tenir les enfants de cet enfant sur vos genoux. Vivez avec cette vision, et prenez la vie avec une petite dose de joie en plus".

Voilà assez (peut-être trop) dit sur le sujet: dans le malheur et les difficultés, le chrétien ne porte pas de condamnation mais apporte la compassion sans perversité de culpabilisation, mais en son temps il doit  aussi être le témoin de la Vérité, c'est bon, c'est mauvais, point. 

Ici aussi le niveau spirituel des fidèles est une constante importante du bon choix. Si l'homme se trompe dans ses choix, il y a la métanoïa, le retour à Dieu, et  Dieu est constant.  Notre père Clément d'Alexandrie enseigne sur la base du fait que "Dieu a créé le monde dans un geste d'amour, et c'est ce même amour qui a tout instant maintient ce monde à l'existence, que les enfants dont la vie est arrachée avant la naissance ou après, sont, comme tous les êtres humains, l'objet de la sollicitude divine, confiés aux soins d'un ange, ils sont éduqués dans la vraie connaissance et mènent dans l'autre monde la vie qu'ils auraient connu sur terre", ainsi ils grandissent dans l'au-delà de grâces en grâces.

Bien entendu, il ne faut pas encourager l'avortement, nos pères sont très sévères sur ce sujet car s'ils n'affirment pas tous qu'il s'agit d'un meurtre , tous y voient une opposition à l'œuvre de la nature, donc à l'œuvre de Dieu. Ils mettent en garde aussi sur le danger pour la femme de mourir dans de telles tentatives. (Saint Basile, lettre 2).

 

Normalement donc, dès le quarantième jour de la conception, les parents viennent voir le prêtre pour lui annoncer la bonne nouvelle. Les pères ont sereinement annoncé "que ce qui est dans le sein de la mère est un être vivant et que pour cela Dieu s'en occupe". (Athénagore, supplique au sujet de chrétiens)

                                             

Le prêtre selon les rites de sa tradition ecclésiale présidera un office d'action de grâce et demandera au Seigneur la protection de la mère par les bénédictions appropriées. Les parents s'efforceront pendant les quarante semaines de la gestation de mener une vie calme et paisible en toute piété; s'ils n'en n'ont pas l'habitude, ils s'efforceront de prier ensemble à haute voix, au moins pour la prière des complies; ainsi avec cette bonne médecine de l'âme, l'enfant grandira dans le sein de sa mère déjà enveloppé de bénédictions.

 

La naissance et le baptême:

 

Huit jours après la naissance, les parents offrent une action de grâces et donnent à l'enfant son nom chrétien. Ils font venir le prêtre à la maison ou se rendent à l'église, pour l'office d'action de grâce et la prière préparatoire au baptême d'imposition du nom. Dès ce moment, l'enfant devient membre de l'Eglise et appelé à devenir l'ami de Dieu.

Le choix du prénom ne doit pas s'établir selon la mode mais en tenant compte selon l'adage "nomen est omen -le nom est signe de l'avenir-" qu'en portant un prénom, l'enfant entre dans une famille spirituelle conduite par son saint patron, sa manière d'être sera informée par cette famille. Avez-vous remarqué comme ceux qui portent le même prénom, l'unique personne et le libre arbitre étant sauvegardés,  se ressemblent dans leur comportement?

                                                    

Quarante jours après sa naissance, l'enfant est baptisé et devient citoyen de l'Eglise. Par la chute d'Adam, tout homme naît avec un penchant vers le mal du fait que son être n'est pas unifié: il y a un déséquilibre permanent entre le désir du corps, la promptitude de l'âme vers le bien ou le mal, la recherche par l'esprit de la justice de Dieu. Le baptême donne les outils de la réparation de cette brisure.

L'enfant est intégré au corps du Christ.  Il faut amener l'enfant le plus souvent à l'église pour qu'il reçoive "le remède d'immortalité" l'Eucharistie. Les offices de l'Eglise sont la chaire de vérité, la catéchèse passe essentiellement par eux. L'église est le milieu naturel des enfants.

                                                         

Ceux qui pensent devoir surseoir au baptême des enfants pour qu'ils puissent exercer plus tard leur liberté se trompent. Les enfants reçoivent de leurs parents la vie terrestre, la langue, la culture, les richesses ou la pauvreté, c'est aussi aux parents de transmettre le bonheur de la connaissance de Dieu et la vie de l'Esprit.

Ce qui est acquis dans la première enfance est acquis définitivement, les révoltes de l'adolescence ne seront qu'écume passagère. Dieu est un père aimant, patient, l'existence est bonne, le corps respectable, l'homme est responsable de sa vie, sa conduite sera avant tout de rendre à Dieu amour pour amour, se faisant son imitateur. Toutes grâces arrivent en son temps. 

 

De l'enfance à la maturité:

 

Toute l'éducation des enfants consiste à leur donner ce qui est nécessaire à la croissance du corps et de l'âme. Il ne suffit pas de les nourrir, choisir pour eux la meilleure scolarité pour "réussir dans la vie", c'est honorable, ce qui est encore plus important consiste à leur fournir les repères "pour réussir la vie". Les  bonnes références sont à trouver dans les Ecritures, les maximes des sages, la morale (Ne pas dédaigner les fables d'Esope ou de Jean de la Fontaine), toutefois le meilleur est l'exemple de la foi des parents.

La confiance en Dieu, le sens des responsabilités, l'honneur et la fidélité, s'acquièrent certainement plus facilement par l'exemple. Les parents responsables de leurs actes devant Dieu et le monde, libres de préjugés, curieux de la culture et des sciences, charitables envers le pauvre, le cœur ouvert à Dieu et au prochain,  marqueront à jamais l'esprit des enfants. La piété envers Dieu en toutes circonstances, le bonheur comme le malheur, ne sera jamais oublié.

Enfin les parents doivent respecter la liberté des enfants. Toutefois, une certaine rigueur n'est pas incompatible avec l'amour.

Saint Clément d'Alexandrie dit que les parents doivent avant tout exiger l'obéissance. L'obéissance aux parents est la voie à l'obéissance aux préceptes divins. 

Les discours moralisateurs agacent plus certainement qu'ils éduquent. Ce qui est indispensable de transmettre, c'est les moyens d'acquérir la connaissance de soi et de Dieu. Pour lâcher un grand mot, l'important est l'intériorité,  la présence de Dieu dans le cœur. La certitude que Dieu n'est pas en exil dans notre cœur, en quelque sorte prisonnier désarmé assistant à la ruine de l'âme, réside dans une attitude générale de bonté. Dieu est le Bon, ses enfants s'efforcent d'être bons à son image.

Il suffit que les grands adolescents sachent que comme Dieu est toujours présent à sa création, les parents seront là en cas de coup dur… et vogue la galère.  Certains seront des enfants faciles, d'autres troublions, tous sont aimés de Dieu et doivent être aimés par leurs parents, chacun est unique.  

Il faut toujours se souvenir que rien n'est définitivement perdu. Dieu comble nos insuffisances quand il veut comme il veut.

 

Les Engagements de vie: mariage, vœux monastiques:

 

Vient le temps où l'enfant, ayant acquis la maturité, quitte son père et sa mère.

L'Eglise propose alors un des deux versants pour monter à la montagne de la perfection, celui du mariage et celui de la vie monastique.

Ni le mariage, ni la continence absolue ne s'impose de soi au chrétien. Saint Clément d'Alexandrie, le théologien de la vie chrétienne, souligne la liberté de chacun dans le choix de son état de vie: "Celui qui use du mariage avec action de grâces, et celui qui s'en abstient, également avec action de grâces, vivent tous deux selon la raison". Les deux états, à leur manière sont un service [diaconia] de Dieu.

                                                     

La vie monastique est inspirée par le désir de se consacrer totalement à Dieu dans le service [diaconia] des fidèles par le ministère de la prière perpétuelle. La continence est un vrai don de Dieu pour exercer cette ascèse.

Clément met en garde contre "le célibat confortable" qui serait une fuite égoïste devant les charges de la vie, une entrée dans la tentation hédoniste de vivre pour soi. L'Eglise fait suite à cette remarque en refusant, sauf cas particulier, d'ordonner un célibataire au ministère sacerdotal.  L'engagement à la continence parfaite est animé par un amour fou de Dieu. Cet amour doit être renouvelé constamment, car son absence provoque le desséchement du cœur, dit encore Clément.

 

Les fidèles mariés s'unissent l'un à l'autre dans des dispositions telles qu'ils vivent l'un pour l'autre, agissent de même, et estiment que tout est commun, rien de privé. Ils vivent deux en une seule chair. Le mariage constitue un être nouveau social et ecclésial. La norme est le partage de la totalité de l'existence, non seulement la couche nuptiale, mais aussi, tous les instants de la journée dans l'affrontement commun des responsabilités et la joie de vivre.

L'Eglise bénit le mariage car l'union conjugale ne dépend pas uniquement de la décision de l'homme et de la femme, ou de celle de la société et de la loi civile, elle dépend de l'acte de grâce par lequel Dieu fait un ce qui était deux. Ce mystère d'unité est un don et ne peut être la conséquence d'un acte légal. C'est Dieu qui donne à chaque partie du couple de se rencontrer, de se reconnaître et de décider de faire un.

                                                  

Le mariage selon saint Jean Chrysostome est le "sacrement de l'amour". Car vivre dans le mariage, c'est vivre à l'image du Christ et de l'Eglise, mystère d'unité et d'épousailles du créateur et de la création: L'amour de Dieu est un amour de sacrifice du don de soi.

Pour  cette raison, le mariage est consacré par le rite du couronnement. Le Christ présent par son ministre, comme il fut présent aux noces de Cana et transforma l'eau en bon vin, bénit et couronne les conjoints. Par ce geste il donne au mariage un autre niveau que le mariage initial  d'Adam et Eve dans le paradis de la joie; L'eau est changée en bon vin comme signe de sanctification de l'Eros humain qui avec la grâce s'épanouira en Agapé, amour divin.

Notre père alexandrin Clément dit que l'union de l'homme et de la femme est l'image de la présence de Dieu dans les communautés: "L'état du mariage est saint, il forme un petit royaume, maison de Dieu".

Une prière ancienne du mariage dit: "L'époux est semblable à l'arbre de vie dans l'Eglise, l'épouse à une coupe d'or débordante. Que la Trinité Sainte demeure dans leur demeure nuptiale". Sont unis dans le rite du mariage, la croix arbre de vie et calice eucharistique, pour exprimer l'état sacerdotal de la vie commune.

Le rite de notre Eglise copte orthodoxe possède la bénédiction de l'huile et l'onction des mariés pour marquer justement la dimension sacerdotale  du couple grâce aux dons de la Pentecôte: "Maître et Seigneur de tous, Père de notre Seigneur Jésus-Christ, toi qui de l'huile de l'olivier franc, a oint des prêtres, des rois, des prophètes, nous te supplions, Seigneur, ami de l'Homme, envoie ta bénédiction sur l'huile que voici: Qu'elle soit une huile de sanctification pour tes serviteurs. Amen.  Une arme de vérité et de justice  Amen. Une onction de pureté et d'incorruptibilité    Amen. Une lumière et une beauté sans tache   Amen. Bonheur et consolation véritable Amen. Force, santé, triomphe contre toute adversité  Amen. Renouvellement et Salut de leur âme, de leur corps et de leur esprit.  Amen. Pour l'abondance et la production de bonnes œuvres, pour la gloire de ton Saint Nom, de ton Fils unique et de l'Esprit Saint, vivifiant et consubstantiel avec toi, maintenant et toujours, dans les siècles des siècles.  Amen." 

 

Saint Basile note que les enfants s'ajoutent comme une conséquence possible de la communion conjugale. Les enfants prolongent la dimension ecclésiale du mariage.

 

J'entends dire parfois que les Eglises orthodoxes accordent le divorce.

Non, le mariage est unique. l'Eglise n'accorde pas le divorce, et n'en fait point une sorte de sacrement de déliement des épousailles. Mais se marier, comme devenir moine, c'est courir un risque absolu: celui de ne pas répondre à la grâce. (Il est inutile de s'attarder sur le mariage religieux  de convenance sociologique sans véritable intention spirituelle et sans désir d'accomplir le projet divin).

L'union sacralisée voulue par le créateur ne peut être dissoute sans péché par la volonté humaine. Aucune autorité ne peut s'arroger ce droit. Les époux sont un être ensemble devant Dieu.

Hélas, il faut aussi reconnaître qu'il arrive que le lien du mariage, l'amour, devienne absent. Alors plutôt que s'entredéchirer le couple qui avait la volonté d'être un devant Dieu, se sépare.

A cause de la "dureté du cœur" qui se ferme aux possibilités de la grâce, les époux divorcent. Cette sclerocardia n'est pas une circonstance atténuante mais la cause du péché.

Le mariage n'est plus selon la grâce, mais selon la loi, d'alliance pour toujours, il s'est réduit à un contrat d'association.

Celui qui divorce est en état d'infidélité devant le Dieu de l'Alliance. Mais Dieu, lui, est fidèle à son projet de bonheur et de Salut, aussi l'Eglise peut constater la rupture du lien conjugal et après un temps de pénitence, accepter de donner une nouvelle chance, car "il n'est pas bon pour l'homme d'être seul". Saint Basile et saint Grégoire, outre les canons de conciles, sont les témoins de cette économie. (NB. Notre patriarche abba Shénouda pour marquer l'unité absolue du mariage a considérablement réduit les conditions d'un autre mariage après un divorce)

 

La vie chrétienne:

Il n'est pas possible d'écrire ici tous les devoirs et joie de la vie chrétienne.

Nous pouvons résumer notre programme à la réponse du Seigneur dans le livre de Michée 6,1-8 à l'homme qui pose la question "Comment dois-je me présenter devant le Seigneur?" " Homme, le Seigneur t'a fait savoir ce qui est bien, ce qu'il réclame de toi: rien d'autre que de pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec ton Dieu".

- Pratiquer la justice, c'est avant tout connaître l'enseignement de Dieu donné dans l'Eglise et agir en conséquence, c'est aussi se conduire en toutes choses comme un enfant du Roi céleste, avec hauteur de vue et responsabilité, évitant les occasions de chute ou de tomber dans la tentation, capable de réparation et métanoia/retour à Dieu.

- Aimer la miséricorde consiste à s'exercer à la bonté, Dieu est le Bon, ses enfants peuvent qu'être bons, la correction fraternelle s'exerçant sans esprit de puissance ni mesquinerie, savoir aussi s'effacer pour laisser un espace de liberté à l'autre;

- Marcher humblement avec Dieu, ce n'est pas simple… l'humilité ne porte pas de jugement définitif sur le frère, elle sait aussi que tout est donné par le Père des lumières, sans sa grâce pas de force, pas de vertu, pas d'intelligence.

- Marcher avec Dieu est redoutable, sa volonté est parfois difficile à appréhender, son exemple c'est aller jusqu'à la mort pour ses amis            

 

Les sacrements de guérison:

Etre relié à Dieu par une vie de piété et de sanctification n'est pas une assurance tous risques ni un vaccin contre les contrariétés et malheurs, les maladies et la mort.

Les anciens faisaient à tord et à raison une relation entre la maladie et le péché ou l'inconduite. Toute une littérature poisseuse culpabilisait les personnes en posant les malheurs comme une sorte de punition divine qui s'abattait sur les coupables ou leurs proches. L'honnêteté intellectuelle  oblige à dire que cette conception n'est pas complètement absente des Ecritures Saintes, sauf que Christ est venu et montre qu'il faut faire la part des choses.

A la question des disciples de savoir au sujet de l'aveugle-né qui a péché, lui ou ses parents? Jésus répond: "ce n'est pas lui ou ses parents, mais afin que les œuvres de Dieu soient manifestées". –Jean 9, 1& suiv.- Ce qui ne veut pas dire que Dieu est l'auteur de l'infirmité pour exhiber sa gloire! Christ par là refuse de lier infirmité et péché mais dit aussi que même dans l'infirmité la gloire de Dieu se manifeste soit dans la guérison, soit dans la grâce qui donne à l'infirme une force ou une foi qui dépasse celle des bien-portants.

Ailleurs, Christ, avant d'opérer une guérison dit: "tes péchés sont pardonnés". Il peut donc avoir un lien?

Jésus est le médecin aussi bien des corps que des âmes.  Pour Jésus et notre tradition, la personne constitue un tout. La maladie est le signe d’un dysfonctionnement. Il est attentif au corps malade mais aussi à la personne tout entière. Il dit au paralysé: "Tes péchés te sont pardonnés". Cela veut dire notamment: "Tu peux vivre devant Dieu en paix avec toi-même". Jésus s’intéresse à toute la personne. Il considère le malheur du corps comme le malheur de la personne devant Dieu. Jésus "guérisseur" renvoie à Dieu comme la source du miracle.

Les miracles sont des concrétisations du Royaume, qui est aussi l'espace-temps où Dieu est reconnu et honoré comme Roi de toutes choses. Le critère de l'entrée dans le Royaume est la libération de la personne. Si nous considérons la guérison comme un miracle, Jésus par l'intermédiaire de saint Jean appelle ça un signe. Signe de la venue du Messie et avec lui du Royaume, signe aussi que la santé est un don du ciel dont nous devons rendre grâce chaque jour.

La maladie est la conséquence de facteurs différents. On ne peut rien ou pas grand-chose, sur la génétique et l'usure des corps par l'âge, les accidents sont que des événements fortuits. La maladie peut aussi venir de la négligence à mener une vie saine, le résultat d'abus. Bien souvent, elle est due aux influences extérieures comme les atteintes d'éléments pathogènes, pollution de l'environnement, et aux d'atteintes intérieures, comme mauvaise conscience, culpabilisation avec ou sans objet, méchanceté  et péché qui détruisent l'harmonie du corps et de l'âme. Un remède pour tout cela: la foi confiante. 

 

La guérison est le fruit de la foi. Notre foi concerne la totalité de la personne, y compris notre corps. C'est un malheur théologique et anthropologique d’avoir séparé d’un côté le corps qui ne serait que de la matière et de l’autre l’âme susceptible d’être sauvée. Cette division appartient au monde grec pas au judéo-christianisme orthodoxe. Christ considère la personne comme un tout.  Toute la personne, y compris son corps, doit accéder à la paix devant Dieu. Pour cela, il appelle à la conversion, se tourner vers Dieu, Père de tous.

 

Ainsi le chrétien malade doit s'adresser à son médecin car Dieu ne méprise pas l'art médical (C'est lui qui a donné la connaissance aux médecins et le pouvoir de guérir aux médicaments, le sage ne méprise ni les uns ni les autres Siracide 38,1-9), mais aussi se tourner vers Dieu. Le médecin délivre les remèdes mais c'est Dieu qui guérit et donne la santé. On peut appeler miracle l’intervention d’un médecin, si on y reconnait l’intervention de Dieu. Pour aider le médecin et non pour le remplacer, l'église a pour thérapeutique deux sacrements: l'onction des malades et la pénitence, et un outil d'usage exceptionnel, l'exorcisme.

 

Onction des malades:

 

"Mon Fils, dans la maladie, ne sois pas négligeant, prie le Seigneur il te guérira <…> de tout péché purifie ton cœur, présente une offrande d'encens et puis fais place au médecin."  dit le Siracide.  L'apôtre Jacques a une vision plus ecclésiale: "L'un de vous souffre-t-il? Qu'il prie. Est-il joyeux? Qu'il chante des hymnes. L'un de vous est-il malade? Qu'il appelle les Anciens de l'Eglise, et qu'ils prient après avoir fait sur lui une onction d'huile  dans le  Nom du Seigneur".

Ainsi, il ne faut pas faire acte de timidité ni de rationalisme mal placé face à la maladie en négligeant de demander l'onction de l'huile sainte. Cette huile sainte, consacrée par les prêtres prend sa force dans la croix qui est pour nous l'arbre de vie du paradis de la joie. L'ordo dit notamment:

"Par ta croix, marque tous les hommes sincères qui viennent à toi, afin qu'ils trouvent le Salut et la santé. Par l'onction sacrée, et par ton Nom Saint, Dieu miséricordieux, sauve ton serviteur (ta servante)  N.  qui croit en toi. Guéris nos âmes et nos corps par ton signe divin  et la force de ta main. Amen".

                                           

Nous prions Dieu pour guérir et nous relever rapidement de la maladie, il est permis selon la tradition d'en user souvent comme nous nous servons des remèdes de la terre chaque fois que nous sommes malades.

Ce remède saint s'adresse à la personne toute entière corps et âme pour équilibrer son être, guérir, et aussi pour la rémission des péchés qui  bloquent l'énergie de guérison. Pour cela, notre Eglise copte orthodoxe le distribue bien sûr aux malades mais aussi aux biens portants qui sont présents lors de l'office des lampes (appellation de l'onction dans notre Eglise en raison des flammes qui brillent dans l'huile lors de leur consécration solennelle).

L'onction donc avec les soins du médecin est un appel au Dieu miséricordieux qui donne la santé parfaite, le Salut. C'est aussi un véritable remède spirituel.

Il est vrai que la guérison du fidèle ne suit pas toujours comme un résultat assuré du sacrement, comme les soins du médecin terrestre d'ailleurs. Certainement pourtant, l'huile sanctifiée apporte une force et une consolation et rend doux le fardeau de la maladie et permet de vaincre le découragement. 

On peut dire aussi mais avec prudence, que l'épreuve de la maladie devient l'occasion de grandir spirituellement de façon que Dieu seul connait,  et même de s'associer aux saintes souffrances du Christ comme une oblation d'encens. N'abusons pas de cette dernière parole sous peine de cynisme ou de dureté du cœur. Il est certain que Dieu est présent à chaque instant de notre vie et qu'aucun cheveu de notre tête ne tombe sans que qu'il en soit informé. Le livre de Job nous enseigne que le bonheur vrai réside dans la connaissance de Dieu et qu'on ne doit être troublé de nulle façon par aucun de tous les malheurs.  L'onction  est pratiquée avec la ferme espérance et foi sérieuse de voir la santé se rétablir.

 

La pénitence:

 

L'Eglise primitive réservait la confession et la pénitence aux coupables d'actions mettant en cause l'unité des fidèles avec Dieu et le Corps ecclésial, ainsi qu'aux fautes graves indignes de la condition d'enfants de Dieu. Elle a reçu du Sauveur la puissance quasiment illimitée de remettre les péchés, aussi la confession s'est étendue pour recevoir l'absolution de toutes fautes et inadvertances.

Ce qui est important dans ce sacrement, c'est le désir de métanoïa, de retour à Dieu avec la ferme décision de ne pas retomber dans la faute. Les pères enseignent que ce désir appelé repentir suffit à recevoir le pardon divin. La confession au prêtre est pourtant souhaitable pour objectiver la racine du péché afin de l'arracher du cœur. C'est aussi la certitude en confessant la faute devant le Christ et son témoin, le prêtre, de ne pas tomber dans l'obsession peccamineuse ou la position du faux juste.

La confession permet aussi de s'assurer que le repentir est accompagné de la réparation et remise des dettes au prochain. Sans cela, la pénitence est vide de sens. On ne peut recevoir le pardon si on ne l'a pas demandé à Dieu et au prochain lésé. Les Offices de notre Eglise comprennent de nombreuses prières d'absolution qui sont autant d'appels à la vigilance contre la nuisance des péchés et à la justice de Dieu, justice miséricordieuse certes, mais qui prend au sérieux les actes des hommes puis leur désir de purification.

 

L'exorcisme:

 

Bien que faisant partie de tous les rituels antiques du baptême, l'exorcisme est une fonction extraordinaire du ministère de l'Eglise. Extraordinaire car il ne concerne pas à priori le chrétien dont tout l'être appartient à Dieu sans laisser de place au mauvais. Il arrive quelquefois que les nœuds de l'iniquité soient tellement resserrés qu'il soit nécessaire d'user du "pouvoir d'écraser les serpents et puissance de l'ennemi". Comme le dit parfaitement un ordo égyptien ancien, que "cela arrive soit par invocation, soit naturellement, soit à causes de négligences", l'Eglise intervient avec simplicité. -Marc 16, 17- .

Il convient d'être d'une grande prudence et d'une grande humilité sans tomber dans les écueils de la pensée magique d'une part, et rationaliste étriquée d'autre part. 

                             

Les sacrements de la sortie dans la lumière:

 

Je reprends à dessein le véritable titre du livre des morts égyptien, "le livre de la sortie dans la lumière", pour parler de la mort à ce monde. L'entrée dans la lumière commence bien évidemment avec le baptême et ne termine certainement pas avec la brisure du lien entre l'âme et le corps terrestre, séparation que nous appelons la mort. Nos pères d'ailleurs préféraient appeler la mort chrétienne "jour de la naissance" que nous édulcorons en disant "naissance au ciel". Le baptême aussi est appelé "jour de la naissance" d'où l'adjectif "rené" qui est devenu un prénom synonyme de chrétien.

 

Dieu n'a pas créé l'homme pour la mort, ni pour la séparation, ni pour la division, mais pour la vie, l'union avec Lui, la communion avec toute la création. Mais l'homme par la chute, la volonté d'autonomie, a abimé ce plan. Notre assemblage du corps tiré de la terre avec le souffle vital, l'âme, n'est plus organisé selon l'unité lumineuse initiale. La mort est entrée dans le monde comme  force de séparation avec le projet d'éloignement définitif de la source de vie, du créateur. Mais Dieu n'abandonne pas sa créature, il vient à son aide et accomplit pour lui la rédemption, c'est-à-dire la délivrance de cet état. Il n'a pas laissé les ancêtres s'éteindre dans le shéol, Christ est descendu dans les profondeurs de la mort pour au sein même de sa puissance de destruction apporter la vie. 

 

Notre mort donc doit être considérée qu'en la situant dans le monde de Dieu où tout est bénédiction. La mort, disent les pères est délivrance, point final à la carrière du péché, offre de vie nouvelle sans la tromperie du poids de la chair. Bref une nouvelle naissance qu'il faut préparer car dit l'Ecriture "nos œuvres nous suivent".

Notre entrée dans la lumière sera précédée par un jugement, c'est-à-dire une discrimination entre ce qui en nous appartient au bon et ce qui revient au mauvais. Dieu juge avec justice: il sait la fragilité de la chair, il connait la promptitude de l'esprit et la faiblesse de l'accomplissement, il nous a aussi donné la grâce et la liberté, les dons pour que nous les multipliions, il appréciera ce que nous avons fait de nous : des enfants collaborateurs de son plan divin ou des garnements qui ont dissipé leur héritage. Pour toutes ces raisons, (notre propos n'est pas d'établir une étude exhaustive des fins dernières autrement dit de l'eschatologie personnelle et générale), l'Eglise accompagne ceux qui vont franchir le pas de la nouvelle naissance –trépasser-.

 

Le premier office est celui des agonisants. L'accouchement est un processus normal mais non dénué de risques, de même la naissance au ciel peut être un rude moment, pas toujours Dieu merci. L'agonie est donc accompagnée par la lecture du psautier et des évangiles par les proches et la prière d'absolution et de recommandation de l'âme par le prêtre. (s'il le prêtre est absent, le fils ou le plus vieux des fidèles peut lire ces prières qui appartiennent à toute l'Eglise et sont réservés au prêtre pour l'office public). A dessein, je présente ici pour illustrer l'action ecclésiale au moment du trépas, non pas une prière copte mais un extrait du sacramentaire de Gellone en Languedoc dont le manuscrit date du 8è siècle, au contenu plus ancien:

" N. je te recommande à Dieu tout puissant, je te confie à celui dont tu es la créature, afin que tu te tournes vers ton Créateur.

A l'heure où ton âme sortira de ton corps, que l'assemblée resplendissante des anges se hâte à ta rencontre; Que la cour suprême des apôtres s'avance vers toi; Que l'armée victorieuse des martyrs vêtus de blanc vienne au devant de toi; Que dans la blancheur radieuse, la foule des confesseurs t'environne. Que le cortège joyeux des vierges te reçoive et que la paix bienheureuse t'enserre dans son étreinte au sein des patriarches.

Que la sainte Mère de Dieu, la vierge Marie, tourne vers toi, son regard plein d'amour. Que le Christ Jésus te montre son visage bienveillant et heureux, qu'il t'accorde pour toujours une place parmi ceux qui se tiennent en sa présence.

Puisses-tu ne rien connaître de l'horreur des ténèbres.

Que le Christ, Fils du Dieu Vivant, te donne place dans les pâturages toujours verts du paradis et te reconnaisse, lui le vrai Pasteur, comme une de ses brebis. Qu'il t'absolve de tous tes péchés et te mette  à sa droite dans la compagnie de ses élus.

Que tu puisses voir ton rédempteur face à face, demeurer toujours en sa présence et regarder dans une vision bienheureuse la Vérité pleinement révélée.

Qu'ainsi placé dans les rangs des bienheureux, tu obtiennes le bonheur de contempler Dieu dans les siècles des siècles. Amen "

 

Voici donc la foi et l'espérance de l'Eglise pour ses enfants: La rencontre radieuse avec le Seigneur de ceux qui ont mis leur confiance en lui.

Ce qui est espérance n'est pas encore réalité. "Dieu donne la vie aux morts" dit saint Paul (Romains 4,17). Cette vie est sa vie même, aussi, il est nécessaire encore de se purifier pour accéder à la plénitude de la lumière divine.

 

Dans le deuil, les proches peuvent adopter deux attitudes aussi opposées qu'erronées: l'excès d'affection et dire "saint tout de suite" ou se souvenir de quelques méfaits du défunt, surtout à son endroit, et dire "bon débarras" comme quelques évêques à la mort d'un grand patriarche d'Alexandrie qui gouverna l'Eglise avec une poigne de fer: "le méchant homme est mort, mettons vite une lourde pierre sur son tombeau de peur que les enfers nous le renvoient".

 

Le défunt, qu'il soit pieux ou moins pieux, a besoin encore des prières de l'Eglise d'où l'office des funérailles empli de l'espérance de la rencontre avec le Seigneur mais aussi de supplications pour le pardon des péchés. Notre office copte rejoint le thème de la recommandation de l'âme du sacramentaire de Gellone:

"Seigneur donne le repos dans le Royaume des cieux à cette âme pour laquelle nous nous sommes réunis. Ouvre-lui les portes du ciel…. Les portes du repos, pour qu'elle chante avec les anges. … Que les anges de lumière marchent devant elle. Que la porte de justice soit ouverte… Fais-là entrer dans le paradis des délices…

 

L'office est empreint de sérénité et confie le défunt au Seigneur:

 

Dieu, Père Saint, tu as le pouvoir sur la vie et sur la mort, Dieu des esprits et de toute chair, Dieu qui donne la mort et la vie, tu conduis aux portes de l'enfer et tu en ramènes, tu créés l'esprit de l'homme en lui, tu accueilles les âmes des saints et tu leur donne le repos; tu changes, tu transformes et tu transfigures tes créatures, selon qu'il est juste et utile. Seul tu es incorruptible, immuable et éternel.

Nous te prions pour le repos du serviteur (de la servante) N. , place son âme et son esprit dans les lieux de ton pâturage, dans le sein d'Abraham, d'Isaac et de Jacob et de tous les saints, pour son corps, ressuscite-le au  jour que tu as fixé selon ta promesse indélébile, et accorde lui dans les saints pacages la part d'héritage qui convient. Ne te souviens pas de ses fautes et de ses péchés. Fais que sa mort et son voyage soient paisible et béni. Guéris la tristesse des survivants par ton Esprit consolateur et donne à chacun une fin bienheureuse.

                                                

Pendant 40 jours on se souvient du défunt et demandons à Dieu qu'il réside dans sa mémoire éternelle. Après ce terme, nous chantons désormais pour lui l'office de l'action de grâces lors de l'anniversaire de sa sortie vers la lumière.

                                                    

Pour les anxieux qui s'interrogent sur une possible absence de prêtre lors de la mort, je réponds que dans tous nos monastères, dans toutes nos églises, lors de l'office de l'encens, et aussi à la sainte Oblation de l'Eucharistie, une oraison pour tous les morts est présentée à Dieu à chaque heure dans le monde entier, ainsi aucun ne part sans la prière de l'Eglise. 

 

Juste une dernière remarque, quand nous prions pour le repos de l'âme, il ne s'agit pas du principe vital lors de la conception mais de ce qui fait la personne unique d'un individu unique avec sa conscience. Le repos n'est pas non plus farniente, vacances éternelles, car l'âme monte de grâces en grâces, mais le bien-être dans la lumière divine. Un père a dit: "l'âme est inquiète jusqu'à ce qu'elle trouve son Dieu et repose en lui". Le repos éternel est donc la cessation de toute inquiétude et de toute agitation par l'ouverture pleine à la grâce divine dans l'attente de la résurrection générale qui sera "le grand chambardement" au-delà de toutes pensées. Dans l'attente, il y a aussi la "communion de saints", la mystérieuse union en Christ des vivants sur terre et vivants au "ciel", nous ne cessons d'intercéder les uns pour les autres.

 

B. La sanctification de notre temps de vie:

 

Le dimanche-

Les études sociologiques mesurent l'état du fait religieux en posant deux questions:

l'adéquation de la foi du croyant avec les dogmes de sa religion,

la pratique liturgique, soit pour le chrétien le culte dominical.

Ce n'est pas sot, car il s'agit du minimum minimorum nécessaire à la vie spirituelle. Mais seulement la vie religieuse en vérité ne peut se contenter d'extériorité, elle doit atteindre la vie intérieure, quand nous disons vie spirituelle, nous entendons vie en l'Esprit. Vie dans laquelle notre existence personnelle rencontre le principe de toute vie, Dieu-Esprit.

 

De cette rencontre va s'ensuivre  une union inouïe, un nouvel être, l'homme habité et dirigé par l'Esprit.

Le baptême inaugure en nous la présence de l'Esprit. Le temps de nos années va consister, non pas à changer notre nature, mais à faire avec, en tenant compte de toute la réalité de la chair, puis à transfigurer cette nature en vivant selon l'Esprit. Il ne s'agit pas de modifier notre nature en faisant l'ange (Qui fait l'ange fait la bête, selon le dicton) mais de tendre à l'épanouissement complet d'une vie pleinement humaine,  en l'amenant avec la grâce à toutes les dimensions du projet divin.   

 

Nous allons essayer d'énumérer les moyens que Dieu nous propose pour mener à bien  notre ascèse, notre travail, pour collaborer avec lui à notre perfection, car comme le dit saint Irénée "l'Homme est capable de progrès jusqu'à devenir capable de Dieu".

 

 Le sommet de notre sanctification réside dans l'Eucharistie du dimanche, celle-ci se prépare dans la semaine de travail et de prière. La communion à l'Esprit ne relève pas du sentiment ni de l'enthousiasme d'un moment, elle est nourrie par la Parole de Dieu et la connaissance des Mystères de la foi. C'est donc dans l'Eglise, vrai corps du Christ, qu'il faut s'insérer pour participer à l'Esprit de Vie. Toute vie spirituelle exige de la constance, de la fidélité, ce n'est pas pour rien que les chrétiens sont appelés "fidèles".  

                                             

                                                                                                                                                   

Le "jour du Seigneur", ainsi que fut désigné le dimanche dès les temps apostoliques, a toujours été particulièrement honoré dans l'Église, à cause de son lien étroit avec le cœur même du mystère chrétien. En effet, dans le rythme hebdomadaire, le dimanche rappelle le jour de la résurrection du Christ. C'est la Pâque de la semaine, jour où l'on célèbre la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, l'accomplissement de la première création en sa personne et le début de la "création nouvelle" - 2 Co 5,17-. C'est aussi le jour où l'on évoque le premier jour du monde dans l'adoration et la reconnaissance, et c'est en même temps, dans l'espérance qui fait agir, l'image du grand jour du Seigneur qui ne finit jamais, où le Christ viendra dans la gloire. - Ac 1,11; 1 Thess 4,13-17-

 

L'exclamation du psalmiste qui ouvre la préparation de notre liturgie selon saint Basile: "Alléluia, ce jour, le Seigneur l'a fait, soyons dans la joie et dans  l'allégresse", -Ps 118 [117]-, 24) invitation à la joie, est marquée par la stupeur dont furent saisies les femmes qui avaient assisté à la crucifixion du Sauveur, quand, étant allées au tombeau "de grand matin, le premier jour après le sabbat " -Mc 16,2-, elles le trouvèrent vide.

C'est aussi une invitation à revivre l'expérience des deux disciples d'Emmaüs, qui sentirent "leur cœur tout brûlant au-dedans d'eux-mêmes ", tandis que le Ressuscité les accompagnait sur le chemin, en leur expliquant les Écritures et en se révélant à "la fraction du pain " - Lc 24,32.35-.

C'est également l'écho de la joie, d'abord hésitante, puis irrésistible, qu'éprouvèrent les Apôtres au soir de ce même jour, lorsqu'ils eurent la visite de Jésus ressuscité et qu'ils reçurent le don de sa paix et de son Esprit - Jn 20,19-23-.

 

"Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde " -Mt 28,20-. Cette promesse du Christ continue à être entendue dans l'Église: Si le dimanche est le jour de la résurrection, il n'est pas seulement le souvenir d'un événement passé, il est la célébration de la présence vivante du Ressuscité au milieu des siens.

Pour que cette présence soit vécue en toute vérité, il ne suffit pas que les disciples du Christ prient individuellement et fassent mémoire intérieurement, dans le secret de leur cœur, de la mort et de la résurrection du Christ. Car, ceux qui ont reçu la grâce du baptême n'ont pas été sauvés seulement à titre individuel, mais comme membres d'un seul Corps.  Il est donc important qu'ils se réunissent pour exprimer pleinement l'identité même de l'Église, l'Assemblée convoquée par le Seigneur ressuscité. Là, ensemble, ils goûtent à la joie du Seigneur, car ils communient au Logos sacré, selon toutes les formes qu'il revêt pour se donner à nous: Il est dans chacun des membres de la communauté, il est agissant dans les ministres de la sainte liturgie, il est présent dans ses saints dont les icônes sont honorées dans nos sanctuaires, il nous instruit dans l'écoute de sa Parole, il nous vivifie par le don de son corps et de son sang vivifiants, il nous remplit, comme le saint Calice, de son Esprit Saint, un avec lui et le Père. Pour tout cela, notre liturgie de saint Basile dit encore "Que la bénédiction du dimanche qui appartient à Dieu soit avec nous tous". Ouvrons notre temps au Christ,  il nous confie "son jour" comme un don toujours nouveau de son amour.

Le précepte du sabbat, qui prépare dans la première Alliance le dimanche de la nouvelle et éternelle Alliance, s'enracine  dans la profondeur du dessein de Dieu. "Tu te souviendras du jour du sabbat pour le sanctifier " –Exode 20,8-. Le fidèle est invité à se reposer non seulement comme Dieu s'est reposé, mais à se reposer dans le Seigneur, en lui remettant toute la création, par la louange, l'action de grâce, l'intimité filiale ou matrimoniale. Les juifs accueillent le sabbat comme la fiancée qui comble de joie, la joie de posséder Dieu. La liturgie syriaque dit "Buvons, joyeux, la sobre ivresse de l'Esprit".

La joie de l'homme pour être à sa mesure doit être surhumaine: ivresse de l'Esprit.

Cette joie n'est pas superficielle et démonstrative, elle est calme, sans enthousiasme factice, loin d'une exaltation passagère, elle dilate le cœur à la dimension de l'amour de Dieu, elle est le bonheur de l'éternité maintenant!

Le psaume 36 dans sa traduction de la septante (35) chante " nous serons enivrés dans la maison de Dieu". Bernard  de Clervaux a chanté magnifiquement "ce vin de l'amour, -perdre l'esprit, s'oublier pour ne plus penser qu'au Bien-Aimé,- joie parfaite que l'Esprit Saint répand dans le cœur avec la charité. Dès maintenant par la foi, nous goûtons la suavité dont nous serons pleinement enivrés dans les cieux".

Pour ne pas se priver de la joie parfaite, chaque chrétien doit tout faire pour se réunir en Eglise le dimanche qui hérite, sans l'éliminer, du sabbat.(dans bien des régions de la chrétienté le sabbat et le dimanche ont été observés comme "deux jours frères ". Saint Grégoire de Nysse,)   La joie avec laquelle Dieu contemple, au premier sabbat de l'humanité, la création tirée du non-être, est désormais exprimée par la joie avec laquelle le Christ est apparu aux siens le dimanche de Pâques.  Avec  Grégoire de Rome: "Nous considérons que la personne de notre Rédempteur, notre Seigneur Jésus Christ, est le vrai sabbat ".

                                                           

                                             

                                                       

Pour rester dans l'esprit du "guide", il convient d'envisager concrètement notre bonne conduite du dimanche.

 

Pour nous, selon la tradition, le jour de fête commence la veille au soir.

Dans les églises se célèbre la vigile dominicale, réduction de la vigile pascale, ceux qui ne peuvent pas y participer peuvent se souvenir du Grand Sabbat du Seigneur au repas, en mettant une belle nappe, allumant une bougie et en bénissant la table un peu plus solennellement qu'en semaine.  C'est le jour, où toute la famille prie ensemble. On peut remettre au goût du jour des usages anciens: au début ou à la fin du repas, on chante les tropaires du dimanche (voir office de l'encens), le père de famille bénit le pain et la coupe de vin par la simple invocation du Nom du Père, du Fils, du Saint Esprit ou bien  par une des prières les plus anciennes de la liturgie, celle de la Didaché:

Action de grâce des vigiles du dimanche

 Bénédiction sur la coupe:

 Nous te rendons grâces, notre Père, pour la sainte vigne de David, ton serviteur;  tu nous l’as fait connaître par Jésus, ton Enfant.

Gloire à Toi  pour les siècles. Amen

Bénédiction  sur le pain:

Nous te bénissons, notre Père, pour la vie et la connaissance que tu nous as révélées par Jésus, ton Enfant.

Gloire à toi pour les siècles.

Comme ce pain rompu, d’abord semé sur les collines, une fois recueilli est devenu un, rassemble ainsi ton Eglise des extrémités de la terre dans ton Royaume.

Car à toi appartiennent la gloire et la puissance par Jésus le Christ dans l’Esprit Saint, pour les siècles.  Amen

 

 

 

Le dimanche matin, toutes les pensées et les actes doivent déjà être tendues vers l'Oblation mystique, en déposant tous soucis et distractions du monde. L'ordo de saint Basile écrit "que le célébrant (tous les fidèles concélèbrent chacun à sa place avec lui) examine ses dispositions intérieures et son extérieur, il doit être pur, en paix, son extérieur doit être propre." Aussi, outre le jeûne spirituel, il est conseillé de prendre une douche et de s'habiller dignement comme pour rencontrer son roi. Dans les paroisses populaires d'Egypte non occidentalisées, les fidèles s'habillent de blanc, (je me souviens aussi dans les églises russes, il y a quelques décennies, les hommes venaient à l'église en tenue de réception avec une échappe blanche, les femmes en robes longues), aussi,  pour faire mémoire de la robe du baptême, il est bien de porter un vêtement blanc ou une écharpe blanche.

Il faut aussi faire tout en sorte d'être à l'heure pour ne pas se trouver dans la situation des vierges stupides de la parabole, –Mt 25, 1-11- la ponctualité est aussi le fruit de la vigilance. Saint Basile parle du "saint dimanche, honoré par la résurrection du Seigneur, prémices de tous les autres jours ". Les prémices n'étant pas le début, mais le modèle de tous les jours, la manière dont nous accomplissons le dimanche sera celle dont nous vivrons les autres jours.

Arrivés à l'Eglise, selon la formule liturgique, nous nous conduisons "avec foi, piété et crainte de Dieu".

La crainte de Dieu n'est pas la peur mais le respect du sacré et des autres fidèles, aussi sans salutations intempestives qui peuvent les déranger dans la prière personnelle, le fidèle se dirige vers le pupitre de l'icône du jour pour s'imprégner du sens de la fête, puis vers le rideau du sanctuaire où devant la croix, il récite le Notre Père ou une prière de son choix, puis vers les icônes qu'il souhaite vénérer en allumant une veilleuse; enfin, si c'est l'usage du lieu, il achète les offrandes, et se rend à sa place. Si le prêtre est disponible, le fidèle demande la bénédiction.

Pendant l'Office, autant qu'il le peut, il se tient debout, attitude normale de la prière. S'il ne le peut pas, il reste assis, droit, les mains reposant sur les genoux.

La liturgie s'adresse à l'homme tout entier, tous les sens y participent, les yeux restent ouverts à la contemplation du mystère, les oreilles sont attentives aux paroles sacrées, le nez respire par l'encens la bonne odeur de la prière, la bouche chante les louanges, la peau reçoit l'onction.

Les fidèles sont conscients qu'en vertu du sacerdoce commun reçu au baptême, ils concélèbrent l'offrande de l'Eucharistie.  Ainsi, tant par leurs offrandes que par la sainte communion, tous y reçoivent lumière et force pour vivre leur sacerdoce baptismal par la prière et le témoignage de sainteté de leur vie.

Les femmes communient voilées, le voile convient aux choses sacrées, parce qu’elles sont  mises à part. Le voile est le signe de la consécration à Dieu, de l'intériorité. Jadis, et encore aujourd'hui parfois en Egypte, les hommes aussi se présentent couverts.  Le voile est aussi le signe du ciel qui est au-dessus de nous et nous protège. Celui du prêtre rappelle le linge laissé par le Seigneur dans le tombeau vide, il est alors le signe de la résurrection.

A la fin de l'Office, il est bon de "se féliciter les uns les autres" mais avec retenue pour garder dans son cœur la joie discrète de l'Esprit.   

                               

Une semaine de sainteté

 

Le dimanche qui appartient à Dieu, nous recevons "la Vraie Lumière,  l’Esprit céleste, nous confessons la foi véritable". Nous chantons, émerveillés par le don de vie: "Nourris par le pain céleste et vivifiés par le calice éternel, rendons sans cesse des actions de grâces au Christ présent tous les jours dans son Eglise".

 

Notre "Jour du Seigneur" est l'aboutissement des jours de la semaine et aussi le départ d'une nouvelle semaine de sainteté pendant laquelle nous avons l'ambition de grandir de grâces en grâces pour parvenir à la dimension de l'homme parfaitement accompli. C'est donc sans cesse et tous les jours que nous avons la charge et l'honneur de rendre grâces pour la création et toute l'Economie divine du Seigneur pour nous amener à la plénitude du Salut.

 

Le dimanche, nous avons quitté le temps de ce monde pour nous laisser pénétrer dans l'éternité ouverte par l'Agneau immolé avant la fondation du monde. Dès le renvoi de la Sainte Oblation, nous partons avec la paix de Dieu à la sanctification de notre temps. Une semaine de travail n'est pas une semaine loin de Dieu, bien au contraire, elle est l'accomplissement de ce que nous avons reçu le dimanche et la préparation, pour ne pas dire la tension, vers "le Jour du Seigneur" à venir. Origène disait que "pour le Seigneur et les fidèles, il n'y a pas de jours saints et d'autres profanes, tous les jours sont saints"; c'est pour cette raison que, dans la mesure du possible, dans nos églises coptes-orthodoxes, nous célébrons la divine Eucharistie quotidiennement, sans que cela nuise à la particularité du dimanche.

 

Donc pour vivre pleinement notre sacerdoce commun reçu lors du baptême et de la chrismation, pleinement activé par la bénédiction du mariage ou celle de la vie monastique, l'Eglise propose à tous ses fidèles, amis du Seigneur, des outils qu'ils sauront utiliser en temps opportun, pour faire de toute leur vie, un sacrifice de louange.

Ces outils, instruments de l'ascèse - exercice- destinée à purifier et fortifier notre  âme sont: la bénédiction, l'Office divin, l'ouverture du cœur, la lecture de la Parole de Dieu, la rigueur morale dans le devoir d'état, l'engagement dans la vie sociale et culturelle de la cité, l'aumône et la dîme. 

 

La bénédiction: Toute vie est soutenue par la bénédiction divine, les amis de Dieu lui rendent grâces par la bénédiction de son Nom.  C'est lui, notre créateur, le béni par excellence, il possède en plénitude toute bénédiction. L'Homme n'envoie pas sa bénédiction, il constate simplement que Dieu est la source de la bénédiction, que tous bienfaits viennent de lui et que tout retourne à lui, il déclare Dieu béni parce qu'il constate que la Bénédiction se manifeste.

Pour s'exclamer "Béni est Dieu", il faut reconnaître "Dieu a béni". Par là, on exprime la joie qui s'élargit dans l'action de grâces (eucharistie). Chaque instant de notre journée doit être bénédiction, comme un grand hymne d'action de grâces pour toute la création. Ouvrir l'action de grâces par la bénédiction, c'est se projeter dans les entrailles de Dieu, Père de miséricorde, et de qui viennent toutes bénédictions.

 

Aussi le premier geste de la journée du chrétien est de se laver le visage avec la formule: "Béni est le Père de tous, béni son Fils unique, béni est l'Esprit Saint sanctificateur". Il rend grâce à Dieu qui lui donne ce nouveau jour de vie et se souvient de son baptême, qui fait de lui un enfant de lumière. Avec un peu d'attention, cette bénédiction devient véritable prière du cœur pour toutes choses: les fonctions les plus triviales de notre physiologie, dont nous rappelons hélas, que quand elles ne vont pas bien, la maladie qui nous rappelle notre condition, le génie des ingénieurs et des savants qui facilitent notre vie quotidienne, les amis chers qui nous sont donnés, les  collègues de travail et les voisins qui sont des personnes uniques à l'image de Dieu, les animaux domestiques, le soleil,  la pluie, les plantes et les fleurs: la liste est innombrable.

Si nous savons bénir, les yeux de notre cœur transfiguré verra le monde soutenu par la lumière incréée, et cette lumière deviendra nôtre.

 

L'Office divin: Parler à Dieu, écouter sa Parole, Lui rendre la louange en Eglise, voilà la fonction de l'Office divin, qui est confié par notre Eglise copte-orthodoxe à tous les fidèles, et non pas seulement aux prêtres et aux moines.

L'Office est composé de bénédictions, de psaumes, de lectures des Ecritures, d'actions de grâces et de prières de supplications et de pardon; il représente la prière parfaite dans le sens où il embrasse toutes les conditions de la vie spirituelle, sans être bavard ou entaché de considérations psychologiques, comme peuvent s'en encombrer certaines prières personnelles. Et surtout, il est prière de l'Eglise: même seul, celui qui prie avec l'Office divin, n'est jamais seul mais en communion avec les saints, les anges, les moines et fidèles de partout et de tous les temps; cette communion est celle de la plénitude catholique, il n'y a pas, excepté la Sainte Eucharistie, plus grande force vivifiante de l'Esprit.

L'Office divin s'adapte, il n'y a pas d'obligation de le prier complètement et dans son intégrité, on peut se limiter à l'office du matin, ou du soir, on peut raccourcir ou allonger la section du psautier, pourvu qu'on prie en esprit et vérité.  

 

Le beau coin: Pour sanctifier la maison, pour se recueillir et chanter l'Office divin, les chrétiens orthodoxes réservent dans leur maison un espace où sont disposés les icônes. La tradition slave appelle cet espace: le beau coin. Là est mise en valeur l'icône familiale, celle que l'on a reçue en héritage et qui protège la famille depuis longtemps, ou celle que l'on a choisi lors de l'entrée en orthodoxie. S'il s'agit de l'icône familiale,  c'est une copie de celle qui est vénérée chez les parents. S'ajoutent l'icône du Christ sauveur et de Marie Mère de Dieu, et d'autres, notamment celles du prénom des enfants. Les icônes ne sont pas décoration des maisons orthodoxes mais objets de cultes, elles ne doivent pas être dispersées au gré de la décoration mais réunies pour former un sanctuaire. Si possible, une lampe y brule en  permanence, pour rappeler la présence divine et aussi notre présence devant Dieu, car "Dieu se tourne vers nous quand nous nous tournons vers Lui".

Au jour de la fête de l'icône familiale, il est habituel de faire venir le prêtre pour chanter un office d'action de grâce et bénir la maison. Il en est de même selon possibilité lors du temps des théophanies.

                                                 

 

L'ouverture du cœur: C'est un don de l'Esprit, qu'il faut conserver et cultiver. Il résume tous les autres, sagesse, paix, amour. "Notre cœur doit, dit Origène, être large, à la dimension de l'amour de Dieu". Car le cœur est le lieu et l'organe de l'intelligence, qui comprend, discerne et construit; en même temps c'est le lieu  de l'affection nécessaire pour apprendre

Dans les psaumes, nous demandons de recevoir sans cesse le don d'un tel cœur  qui fonctionne comme le Créateur l'a construit, et soit apte à écouter et à connaître: nous demandons que Dieu nous donne un cœur joyeux -Ps. 13, 6; 16, 9; 28, 7; 84, 3-, assuré -28, 7-, droit -57, 8; 108, 2-,   large - 119, 32-, pur -119, 80-, joyeux -119, 111-, orienté vers les prescriptions du Seigneur -119, 112-, reconnaissant -9, 2 ; 111, 1 ; 138, 1-.

Le cœur grand, large, généreux, voit les choses de haut, à la fois la dimension spirituelle et celles du monde: en lui rien de mesquin, pas de calcul vicieux, pas de recherche de son propre intérêt, mais un jugement royal, libre et respectueux  de la personne; il rapporte tout à l'imitation du Dieu qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants. Il est aussi capable de savoir ses limites et ne pas s'aventurer dans des charges et des missions au-dessus de ses forces. Selon la Parole du Seigneur, il mesure la dépense avant toutes décisions, et voit ainsi s'il doit et peut s'engager. Le seul engagement qui vaille, est celui de se jeter avec confiance dans les bras du Père céleste.

 

La lecture de la Parole de Dieu: Sans indiscrétion, celui qui aime désire connaître encore et encore l'être aimé. Notre Dieu, lui l'au-delà de toutes intelligences et toutes paroles humaines, se fait connaître dans ses œuvres, la création. Il a aussi révélé son Economie par la Torah, les prophètes, et par l'envoi de son Logos, son Fils unique qui a pris chair de Marie la Vierge, il nous transmet son Esprit vivifiant. Par tout cela, il nous révèle sa Personne, sa volonté salvatrice, son amour.

 Les Ecritures de notre sainte Bible sont l'aliment nécessaire pour le connaître et entretenir notre foi. Ces mots écrits sur du papier sont les Paroles de feu de la divinité. Avec l'Office divin, nous entendons Dieu parler à notre cœur.

Chaque jour, dans les églises, une séquence, (péricope) des Ecritures est lue et méditée, il faut s'efforcer de faire sienne cette lecture ecclésiale en suivant le lectionnaire liturgique. Car l'ordonnancement des livres bibliques n'est pas posé pour une lecture individuelle mais en Eglise. Ce qui n'empêche pas d'y ajouter la rumination des livres sacrés.

Pour que notre Ecriture Sainte soit correctement comprise, il faut s'aider des commentaires des pères qui nous ont précédés dans l'intelligence de la foi, et aussi des savants exégètes contemporains, qui situent le message dans son contexte et proposent une lecture pour nous aujourd'hui. Dans tous les métiers, on reçoit une formation initiale, puis on continue à se former; de même dans notre profession de chrétien, nous recevons par la liturgie notre formation initiale, puis nous devons toujours garder contact avec les Ecritures selon un rythme qui nous est propre, tous les jours, une où deux fois par semaine, plus, moins, à chacun de trouver sa mesure. Le grand Origène expliquait que quand nous disons "Donne-nous notre pain à venir", nous demandons au Seigneur le Pain véritable de la vie dans l'Eucharistie et aussi de briser pour nous le pain de l'Ecriture pour que nous en comprenions le sens mystique. 

 

Le devoir d'état: Voilà une bonne vieille formule qui indique que Dieu nous a placés là où nous sommes pour travailler à son Royaume, non pas toujours par des actions héroïques, mais en accomplissant toujours le devoir de sa profession et notre rôle familial avec la dignité d'enfants de Dieu.

Saint Justin le philosophe montre le chrétien en action: "Les Chrétiens ne sont distingués du reste des hommes, ni par leurs pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre; <> Répandus, selon qu'il a plu à la Providence, <> ils se conforment, pour le vêtement, pour la nourriture, pour la manière de vivre, aux usages qu'ils trouvent établis; mais ils placent sous les yeux de tous l'étonnant spectacle de leur vie toute angélique et à peine croyable.  Ils habitent leur cités comme étrangers, ils prennent part à tout comme citoyens, ils souffrent tout comme voyageurs. <>  Soumis aux lois établies, ils sont par leurs vies, supérieurs à ces lois".

Si nous avons compris le "cœur large", il est inutile de détailler l'attitude chrétienne dans le travail: honnêteté rigoureuse, respect du prochain, hauteur de vue…

 

Vie sociale et culturelle: Le chrétien, une fois le culte rendu à Dieu et le travail accompli, est aussi un homme de la cité. Il a droit aux sains loisirs, il peut se mettre, sans avoir toujours à la bouche les Ecritures, au service des autres dans les associations et la politique.

Il ne se montre pas sans loi, mais au-dessus des lois quand sa foi lui demande plus. En toutes circonstances, il n'oublie pas sa dimension d'enfant de Dieu et le respect des personnes.

L'aumône et la dîme: Les richesses sont faites pour faire le bien. Donner aux nécessiteux un peu de son surplus, (à défaut de sa vie!) c'est accomplir la justice. L'usage aussi de donner à l'Eglise, dans les circonstances exceptionnelles d'acquisitions de biens spirituels ou matériels, est une pratique qui n'est pas sans récompense. Dieu donne à la mesure où l'homme donne.                      

                                                                                                                                       

 

 Elias-Patrick

lettres aux amis du sanctuaire du prophète Elie, 2009

Guide des Egarés