L’Esprit saint dans l’Eglise orthodoxe

                                                                                  

 

Parler de l’Esprit Saint, c’est parler de Dieu, le risque est grand d’étaler sa sottise ou sa suffisance. Notre père parmi les saint Grégoire de Naziance nous invite à contempler et prier Dieu dans le silence:

" O toi, l’Au-delà de Tout - n’est-ce pas tout ce qu’on peut chanter de Toi ?".

Pourtant, il ne s'est pas privé d'expliquer les mystères, si bien qu'il est nommé dans les Eglises orthodoxes  Grégoire le Théologien.

 

Théologiser c'est surtout traduire en concepts la communion avec Dieu. C'est aussi dire les Paroles sacrées et les formuler en définitions doctrinales.

En vérité, le parfait théologien est celui qui écoute l'Esprit dans le silence et prie.

"Si tu pries vraiment tu es théologien, si tu es théologien, tu prieras vraiment"  dit Evagre.   

 

La transcendance de Dieu nous oblige à laisser de côté notre cerveau, car nul ne peut connaître la divinité de l'extérieur. On ne peut connaître Dieu, aller à lui qu'en partant de lui parce que nous nous trouvons déjà en lui.

 

       Pour la mystique juive, Dieu est le lieu de la création: Maqom. Pour le Chrétien orthodoxe Dieu est partout présent et remplit tout.

La chute a pour conséquence que le Dieu vivant est comme étranger à la conscience de l'homme. Personne ne peut connaître Dieu si ce n'est Dieu lui-même qui l'enseigne. Il n'y a pas de moyen de connaître Dieu sans vivre avec lui, en lui.

En disant Dieu, nous ne désignons que sa face tournée vers le monde, jamais sa réalité/nature incompréhensible à l'homme. "Les concepts créent les idoles" dit Grégoire de Nysse.

Dieu tourne sa face et se révèle, il est aussi expérimental dans sa proximité avec sa création  en tant que l'Existant, la Source de Vie. Toute connaissance de Dieu provient de sa volonté de se communiquer.

 

Dieu a un projet sur sa création: malgré les accidents de l'histoire, il maintient son projet et dit encore mieux, il gère chaque progrès du cosmos vers lui comme un bon père de famille gère sa maison,  nous appelons la gouvernance de Dieu sur la création: Economie.

Par ce mot, nous regardons toute l'action de Dieu pour nous, de la création à la gloire du Royaume, en passant par la Torah de la première Alliance et celle de l'Alliance nouvelle et éternelle dans laquelle l'Eglise vit et sanctifie ses fidèles.

 

Cette économie donc, nous révèlent les Ecritures et la Parole de Jésus, est toute Trinitaire. Il n'y a pas d'économie du Père, une autre du Fils, et encore une troisième, du Saint Esprit.

 

Le Père est la source de la divinité, il assume et assure l'unité divine.  

Quand nous disons" le Fils est engendré, l'Esprit procède du Père", nous ne disons rien sur la manière de cet engendrement, rien sur la procession éternelle, sauf que le Fils et l'Esprit Saint sont consubstantiels au Père, qu'ils sont issus de lui sans se séparer de lui et d'une manière certainement différente. Quant est-il dans le mystère de la Trinité? La seule chose intelligente que nous pouvons dire est: la procession de l'Esprit Saint ne se confond point avec l'engendrement du Fils.

Dans l'ordre de l'Economie, Grégoire de Nysse explique: "Toute activité jaillit du Père, progresse dans le Fils et s'achève dans l'Esprit saint". Dieu est un parce qu'il n'y a un seul père, source de la divinité. Toute son activité dans la création est une  car il y a une seule volonté. 

Les personnes se compénètrent mutuellement –périchorèse, circumcessio- de façon à ne posséder qu'une seule énergie, une mais multiforme dans ses manifestations. L'énergie incréée est inséparable de l'Esprit Saint car il est l'esprit de communion.

 

Pour donner une place à la création, Dieu qui remplit tout s'est posé une limite où on pourrait croire qu'il est absent,  l'hébreu tzim tzoum de Dieu s'approche de notre concept de Kénose – se vider de soi-même- .

 

La Kénose la plus complète est celle de l'Esprit qui ne se manifeste que dans ses dons. C'est lui qui donne forme  à  laTorah/ Loi,  qui illumine les prophètes, qui prononce en nous "abba Père", qui donne sa force à la sanctification.

C'est l'Esprit qui christifie, il est l'onction sanctificatrice. Il prend en arrière de l'histoire dans le Fils, pour annoncer dans l'avant du Royaume. "Tout ce qu'à le Père est à moi, voilà pourquoi j'ai dit: C'est de mon bien que le Paraclet [celui qui conforte] prendra pour vous en faire part. "Jean 16,15

 

Dans l'unité du corps du Christ, chaque membre a son propre visage: Si le Christ récapitule et intègre en lui toute l'humanité dans l'unité de son corps,"l'Esprit Saint se rapporte aux personnes et les fait s'épanouir dans la plénitude", selon  saint Cyrille d'Alexandrie.

"Ce n'est jamais l'homme qui réalise son hypostase, l'homme reçoit sa véritable identité par grâce".  Maxime le Confesseur

 

La créature ne possède aucun don qui ne vienne de l'Esprit

"Le Saint Esprit a été donné au premier homme –Adam- avec la vie. Par suite de la chute, il est devenu extérieur à la nature humaine, au jour du baptême dans le Jourdain il se pose sur l'humanité du Sauveur et envoyé par lui, à la Pentecôte, l'Esprit  est restitué à  l'homme, il devient agissant du dedans de la nature". Cyrille d'Alexandrie.

L'Esprit touchait les prophètes de la Première Alliance  pour le bref temps de l'inspiration puis les quittait. Au baptême dans le Jourdain, l'Esprit descend sur le Sauveur et ceux qui participent à sa chair sont christifiés oints avec lui et en lui.

 

Le Christ ressuscité confère le pouvoir sacerdotal au collège apostolique: "Recevez l'Esprit Saint" -Jean 20,22-. Il ne le donne pas seulement à Pierre ou Jacques, comme une propriété individuelle, mais à toute l'Eglise en tant que corps personnifié à ce moment  par le collège des apôtres.

Le jour de la Pentecôte, l'Esprit Saint descend sur chacun et devient agissant  au dedans de nous. Il nous sanctifie et, en quelque sorte, sans confusion nous transmet quelque chose de sa nature. Nous appelons cette communion intime, Koinonia, union.

"Le Logos a assumé la chair pour que nous puissions recevoir  l'Esprit Saint. Dieu s'est fait porteur de chair pour que l'homme puisse devenir porteur de l'Esprit".  Saint Athanase.

 

La Pentecôte (liée à l'ascension) restitue à l'Eglise la présence intériorisée du Christ, il le révèle maintenant non pas "avec" mais "au-dedans" de ses disciples. En ce sens Paul écrira le Seigneur est devenu Esprit.

Dans le saint Calice, Cyrille enseigne que nous ne recevons pas seulement sa grâce mais l'Esprit demeurant en nous si nous savons le garder.

 

La vie nouvelle qui coule au dedans de nous vient du donateur de vie, elle s'unit mystérieusement à nous et se rend nôtre, tout comme le Christ unit à sa personne de Logos Dieu, notre réalité et la fait sienne. L'Esprit est plus intime que nous même –égo- et devient intérieur à nous. Il peut arriver que nous péchions, alors, l'Esprit  ne nous abandonne pas mais il est comme en exil, jusqu'à notre conversion, changement d'esprit pour retourner vraiment vers Dieu, notre source de vie.

"Les chrétiens ne sont pas seulement porteurs de Dieu mais remplis de Dieu" Ignace d'Antioche.

 

Je laisse provisoirement la question de l'épiclèse, de l'appel de l'Esprit dans la sanctification des mystères, pour résumer avec notre père abba Macaire ce qui vient d'être dit de l'action de l'Esprit:

- La communion avec l'Esprit Saint a été perdue par la chute d'Adam:

"Adam a perdu avec sa descendance la grâce de l'Esprit Saint et avec elle l'image céleste. Cette image était étrangère à sa nature mais conditionne son intégrité. Adam est dépouillé de la communion à l'Esprit Saint"

- L'Esprit Saint inscrit sa Loi dans le cœur de l'homme

" Si L'âme ne reçoit pas en ce monde la sanctification de l'Esprit Saint, elle est inapte au Royaume". "La grâce du baptême n'atteint son développement normal que lorsque l'âme du chrétien est mue par l'instinct intérieur du Saint Esprit".

- L'Esprit Saint est présent dans l'âme

"Ceux qui ont été baptisés, ont reçu l'onction et sont rendus participants du don de l'Esprit. Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière. -Jean 12,36-   Il faut donc que celui qui cherche croie, s'approche du Seigneur, supplie, pour recevoir dès maintenant l'Esprit divin. Car c'est lui est la vie de l'âme et c'est pour cela, pour donner dès maintenant à l'âme la vie, à savoir l'Esprit, qu'a eu lieu le venue du Seigneur".

- L'Esprit Saint nous assimile au Christ.

"Avec son propre Esprit, avec sa propre substance, la lumière ineffable, le Christ comme un bon iconographe peint en nous un homme céleste d'après sa propre image. 

Les chrétiens reçoivent le feu qui les fait briller d'une unique nature, celle du feu divin, du Fils de Dieu ils ont des lampes allumées dans leur cœur. Le Seigneur est la lampe ardente, parce que l'Esprit de la divinité habite en lui'.                             

- L'Esprit Saint agit au plus profond de notre âme jusqu'à se mélanger sans confusion.

"Les justes de la première alliance ne savaient pas qu'il y aurait un baptême de feu et d'Esprit Saint… que les apôtres et les chrétiens recevraient le Paraclet, seraient revêtus de la force d'en haut et que les âmes seraient mélangées au Saint Esprit.

- L'Esprit Saint est l'acteur avec le Logos de la déification

"Le Seigneur revêt le croyant des vêtements du Royaume de la lumière ineffable; des vêtements de la foi, de l'espérance et de la charité, de la joie, de la bienveillance et de la bonté, de tous les autres vêtements divins et vivants de la lumière, de la vie, du repos ineffable, afin que l'homme nouveau devienne par grâce ce que Dieu est: amour, joie, paix, bienveillance et bonté.

L'Esprit Paraclet, à la Pentecôte pénètre dans les âmes des disciples et se mélangea à elles. L'homme est appelé par grâce ce que Dieu est par nature."

- L'Esprit Saint est l'âme de l'Eglise, il nous rend l'unité d'esprit.

"Le sauveur a pris un corps et l'a fait asseoir à la droite de la majesté, ainsi à présent il transfère et transporte dans son Royaume les âmes croyantes dignes de Dieu. Il les engendre ainsi d'en haut par son propre Esprit.

Ils sont en effet ses membres et son corps, eux qui sont toute l'Eglise des saints. De même qu'il y a qu'une seule âme dans tout le corps et que chaque membre du corps  est habité par cette âme unique, ainsi les saints vivent par l'action de l'Esprit divin et sont habités et régis par lui, et chaque membre vit dans l'hypostase et l'âme divine".

                                                                                                                             

 

L'Esprit Saint, le vivificateur, est le véritable acteur des sacrements.

 

Tous les sacrements ont leur épiclèse. Ils deviennent vie pour nous par l'action de l'Esprit.

"Epiclèse" est un mot grec qui signifie "invocation au dessus de" et aussi "invocation vers". Son emploi est attesté la première fois dans un texte du prophète Joël qui annonce l'effusion de l'Esprit: "Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur, seront sauvés" -Joël, 3,5-. Cette prophétie est reprise textuellement par Pierre le jour de la Pentecôte. Actes 2,21. Nos pères enseignent que l'invocation par excellence est la divine Eucharistie. Naturellement, tous les autres sacrements qui ouvrent à l'Eucharistie ou qui procèdent de l'Eucharistie possèdent leur épiclèse.

 

Des querelles se sont élevées jadis au sujet du rôle exact de l'épiclèse dans la transformation de l'eau de purification des corps en eau vivifiante, des offrandes en don spirituel, du pain et du vin en corps sacré. Aujourd'hui, il est reconnu que l'épiclèse  liturgique ne concerne pas la question tout à fait secondaire et oiseuse du moment de la consécration mais le rôle de l'Esprit  dans l'accomplissement des Mystères.

"Ce n'est pas le prêtre qui opère quoi que ce soit, c'est la grâce de l'Esprit qui accomplit, sanctifie" (saint Jean Chrysostome).

Ce qui ne veut pas dire que le Christ ne sert de rien: saint Irénée précise,

"Christ et  l'Esprit Saint sont les deux mains du Père, ils agissent ensemble."  C'est le Christ qui élève la prière –épiclèse- et l'Esprit qui descend –paraclèsis-.

Narsaï, le grand docteur de Syrie, dit de l’épiclèse dans son Explication des Mystères:

"Le prêtre se dresse et lève les mains au ciel ; le prêtre regarde avec assurance vers les hauteurs et il appelle l’Esprit pour qu’il vienne et célèbre les Mystères qu’il vient d’offrir (…) Si grand pécheur que soit le prêtre, l’Esprit descend à sa requête et célèbre les Mystères par la médiation du prêtre qu’il a consacré".

 

En sa qualité de Premier Liturge et de Célébrant principal envoyé pour nous par le Christ, notre grand prêtre, l’Esprit Saint, est l’Initiateur par excellence à la Liturgie; il y habilite  les ministres qui tiennent de lui la grâce du sacerdoce.

C’est l’Esprit qui met en état de louange et d’eucharistie active que souligne tout particulièrement cette demande formulée au terme de l'action de grâce, de l’Anaphore de saint Sérapion:

"Donne-nous l’Esprit de lumière pour que nous Te connaissions, Toi, le Véritable, et celui que Tu as envoyé, Jésus-Christ. Donne-nous l’Esprit Saint, pour que nous puissions exprimer et raconter tes mystères ineffables. Que parle en nous le Seigneur Jésus, et l’Esprit Saint, et que par nous il te chante des hymnes".

 

Le dynamisme de l’Esprit, souverainement libre, se concentre dans le mouvement privilégié qu’est l’épiclèse. L’exemple le plus remarquable est celle de l'anaphore de saint Marc qui théologise parfaitement, et la personne de l'Esprit, et son action:

"Envoie d’en haut, de ta demeure sainte et sublime, et de l’habitation que tu t’es préparée, et de ton sein que nul ne peut circonscrire, et du trône glorieux de ton règne, envoie ton Esprit Saint.  Il subsiste en toi; il est immuable et n’est accessible à aucune altération; il est Seigneur, Vivificateur, il a parlé dans la Loi, les Prophètes et les Apôtres; il est partout, remplit tout lieu et n’est contenu par aucun lieu; il opère librement, par sa propre puissance et selon ta volonté, la purification de ceux qu’il aime, et cela non pas comme un serviteur; il est simple en sa nature, multiple en son opération, source des dons divins, consubstantiel à toi, procédant de toi et partageant le trône glorieux de ton règne avec ton Fils unique notre Seigneur, Dieu et sauveur Jésus Christ.

Tourne ton regard vers nous et envoies sur ce pain et sur ce calice ton Saint Esprit pour qu’il les sanctifie et les manifeste, lui Dieu tout puissant, Corps très saint, Sang de la Nouvelle Alliance de Ton Christ  Jésus, Dieu et Sauveur, souverain roi".

 

Je termine cet exposé, qui n'a pas l'ambition de dire toute la théologie de l'Esprit Saint mais simplement y poser un regard orthodoxe, par une prière de la fête de la Pentecôte qui est reprise chaque jour dans la prière de tierce (vers 9h) de l'Office divin, puis je vous propose des notes de lectures  d'Olivier Clément:

 

Roi céleste, consolateur, Esprit de vérité, toi qui es partout présent et qui remplis tout, trésor des biens et donateur de vie, viens et demeure en nous, purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes toi qui es Dieu bon. 

 

Toute prière authentique se déploie dans le souffle de l’Esprit. "L’Esprit vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons quoi demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements ineffables".  -Romains 8, 26-

Le Christ existe dans l’Esprit Saint et nous le communique. Son Corps ecclésial est le lieu d’où jaillit, ou bien sourd goutte à goutte, cette communication. Onction de Jésus, donc de son Corps, il oint les membres de celui-ci, les christifiant, faisant d’eux un peuple de rois, de prêtres et de prophètes 

                       

Roi céleste, Consolateur, Esprit de Vérité. Le mot "roi " affirme la divinité de l’Esprit, comme l’a fait en 381 le deuxième Concile œcuménique. L’Esprit n’est pas une force anonyme, créée ou incréée, il est Dieu.

Ce Roi vient à nous pour nous communiquer le céleste, pour nous réconforter, nous transmettre la vie ressuscitée. C’est pourquoi le Christ, dans l’Évangile de Jean, au discours des adieux, le nomme "Paraclet", on traduit : le "Consolateur", "l'Intercesseur",  mieux vaudrait dire, avec les Anglais, le "comforter", celui qui conforte en donnant la vraie force.

" L’autre Paraclet " dit Jésus, car ils sont inséparables:  Dieu franchit le mur de sa transcendance dans l’Esprit Saint, par qui, en qui, le Logos ne cesse de se manifester à travers les multiples expressions de la Sagesse et de la prophétie, " lumière éclairant tout homme qui vient dans le monde " par qui, en qui, le Logos ne cesse de se faire chair: car l’Incarnation du Logos se réalise par l’Esprit.

 

Esprit de Vérité,

ou, plus précisément, "de la Vérité ", nous ne désignons pas une notion, un ensemble de concepts, un quelconque système – il y en a tant ! – mais Quelqu’un qui nous a dit qu’il est "le Chemin, la Vérité et la Vie ";  c’est le Logos incarné, le Dieu fait Homme. C’est lui que l’Esprit nous rend présent dans les sacrements, les "mystères " de l’Église, dans l’Église-mystère du Ressuscité, sacrement de résurrection, grâce à (par la grâce de) l’Esprit Saint. C’est pourquoi l’Église Corps du Christ est aussi le Temple du Saint-Esprit. En Christ, l’Église est l’Église du Saint-Esprit.

Toi qui es partout présent et qui remplis tout.  

Opposer l’esprit et la matière?  Maxime le Confesseur évoque la présence de l’Esprit Saint dans l’existence même du monde, dans les êtres et les choses qui sont autant de logoï du Logos, de paroles que Dieu nous adresse. Paul, dans sa Lettre aux Ephésiens (4, 6), évoque le Dieu qui est au-dessus de tout, à travers tout et en tout. Le Père en effet est le Dieu toujours au-delà, principe de toute réalité. Le Logos structure le monde par ses volontés créatrices. Et l’Esprit est véritablement Dieu en tout, qui vivifie et conduit toutes choses à son accomplissement dans la beauté.

 

Trésor des biens, donateur de vie.

Les "biens " dont dispose l’Esprit, dont il est le "trésor ", c’est-à-dire le lieu de donation et de diffusion, c’est la grâce, la vie ressuscitée, "la lumière de la vie ", dit encore saint Jean. "Le Saint-Esprit devient en nous tout ce que les Écritures disent au sujet du Royaume de Dieu – la perle, le grain de sénevé, le ferment, l’eau, le feu, le pain et breuvage de vie, la chambre nuptiale... " -Syméon le nouveau théologien-.

Certes, en grec, on trouve deux termes distincts, bios, pour désigner la vie biologique, et zoé, pour désigner la vie spirituelle comme fondement et accomplissement, la vie ressuscitée en Christ. Mais sans doute ici ne faut-il pas distinguer, sinon des degrés croissants d’intensité. Tout ce qui est vivant est animé, soutenu, par le Souffle divin. Du cosmos à la plus petite molécule minérale, végétale ou animale, toute la création reçoit et conserve sa structure par la force de l'Esprit qui "conforte" l'action créatrice du Logos, selon la volonté du Père bon.

L’Esprit est présent et actif dans tout ce qui est vivant, de la cellule à l’union mystique, en passant par ce grand mouvement de l’éros qui marque, intensifie toute existence et, par l’homme, la tend vers la grâce, vers l’agapè.

L’Esprit est aussi le Dieu caché, le Dieu secret, intérieur, et nous permet de dire que le Christ est Seigneur et de murmurer en lui, avec lui, Abba-Père, un mot de tendresse, de confiance et de respect.

L’Esprit embrase le cœur, dessille en nous "l’œil du cœur ", "l'œil de feu ", qui décèle en tout homme l’image de Dieu et, dans les choses, le "buisson ardent " du Christ qui vient. Cet œil unique, c’est l’Esprit dans le Christ, vrai Dieu et vrai homme. L’œil du cœur, l’œil ouvert par l’Esprit, devine le Christ qui dort au secret des religions.  L’œil du cœur voit, non seulement l’Église dans le monde, forme sociologique si souvent dérisoire, mais le monde dans l’Église: une Église sans frontières où la communion des saints s’élargit en communion de tous les grands vivants, créateurs de vie, de justice et de beauté, de tous les hommes de cœur, d'honneur et de fidélité qui, même sans le savoir,  sont les pacificateurs, car " la croix est le jugement du jugement." (Maxime le confesseur).

 

Viens et demeure en nous. De toute évidence, lui qui remplit tout ne nous remplit pas! Dieu, quand il crée et maintient le monde, d’une certaine manière se retire pour donner à ses créatures leur consistance propre. Et en  ce retirement, comme disent les Pères, s’inscrit la liberté de l’homme.

L’Esprit qui nous porte, nous donne vie, nous entoure comme une atmosphère prête à pénétrer par la moindre faille de l’âme, ne peut le faire pour toujours sans notre consentement, sans notre appel. Il nous faut prier : Viens. Alors la vie éternelle s'approche.

 

Purifie-nous de toute souillure.

"Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu." Cette Béatitude n’est pas de l’ordre de la morale comme on l’interprète trop souvent. Il s’agit de l’ouverture et de la limpidité de l’œil du cœur.

Le cœur doit être purifié non seulement des mauvaises pensées, obsessions culpabilisantes, mais de toute pensée. Les  abîmes de l’inconscient – personnel, mais aussi collectif-, il faut savoir les jeter au feu de l’Esprit, pour qu’elles se consument ou se transfigurent... C’est ainsi qu’on peut tuer la souillure, la corruption, dans sa racine.

Et sauve nos âmes

Sauver – c’est-à-dire rendre sauf, rendre sain (saint), c’est donc libérer de la mort et de l’enfer, de cette "vie morte " que nous confondons si souvent avec la vie.

Le Salut n’est pas seulement un sauvetage mais une vivification.

C’est pourquoi lorsque la prière dit : Sauve nos âmes, il ne s’agit pas d’un spiritualisme, d’un Salut qui consisterait à libérer l’âme de la prison du corps. L’âme, ici, désigne la personne qui transcende et fait exister tout notre être, qui le rend opaque ou lumineux;

Toi qui es Dieu bon.

 Tob  en hébreu, tob se traduit en grec par kalon, qui signifie beau, et non par agathon, bon. Il est pourtant  en hébreu ambivalent.

La bonté-beauté de l’Esprit désigne l'extase de Dieu dans sa création, cette extase qui fait en même temps l’unité et la diversité de celle-ci. "L’action de l’Esprit, dit Denys l’Aréopagite, consiste justement dans cette expansion de l’Uni-Diversité trinitaire dans le monde".        

                                                                                                               E-P

Conférence donnée devant le groupe biblique œcuménique de Clermont l’Hérault le 14 janvier 2010.

Lettre de saint Elie N° 258 & 259, mai-juin 2010

Esprit dans l'Eglise