LES TROIS CONCILES OECUMENIQUES

                      1.NICEE en 325

 

1.Avant le concile de Nicée

 

Le concile de Nicée est fondamental pour l'expression de la foi de l'Eglise. Il est couramment nommé premier concile œcuménique (c'est à dire universel). Il s'est tenu en 325.

Pendant les trois premiers siècles, la tradition des apôtres est maintenue par les évêques et quelques uns comme saint Irénée, évêque de Lyon, se sont élevés contre des idées curieuses qui parasitaient la doctrine apostolique, ils en ont saisi l'occasion d'exprimer la juste foi orthodoxe.

 

"Un Dieu, Père qui a fait et façonné toutes choses, qui contient tout et que rien n'étreint. Il a fait toutes créatures par le Logos, et par l'Esprit, il a embellit toutes choses. <> Celui qui est au-dessus de tous, c'est le Père; celui qui est avec tous, c'est le Logos, puisque par son moyen tout a été fait par le Père; et celui qui est en nous tous, c'est l'Esprit qui crie: abba Père". -1-

 

La catholicité étant ce quelle est, toutes les Eglises ont reconnu dans les ouvrages d'Irénée leur propre foi, ce qui ne les ont pas empêché de posséder leur propre confession de foi baptismale. Les persécutions ou le statut de religion impie ou tolérée,  selon les lieux  et les empereurs, n'ont pas permis une expression commune de la foi malgré une profonde unité de la doctrine des grandes Eglises. 

Si nous laissons de côté les gnoses ésotériques ou non qui ont réponse à tout dans un galimatias conceptuel mystico-rationalisant, la grande question de ces premiers siècles soulevée par les controverses  avec les juifs est celle de savoir comment comprendre la filiation divine de Jésus, en sauvegardant l'enseignement biblique de l'unicité de Dieu.

Le concept de Triade, - Père, Fils, Saint Esprit-, reçu dans les Evangiles, confessé lors des baptêmes et honoré dans la grande prière eucharistique, ne met-il pas à mal, le monothéisme du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, celui de l'Alliance, conquis avec tellement de difficulté?

 

Les pères apostoliques comme Justin et Barnabé, ont essayé en utilisant des arguments tirés des Ecritures de montrer la réalité divine une en trois distincts. Hélas ce langage biblique de la Première Alliance est trop sensible aux interprétations antithétiques pour convaincre, d'autant plus que pour être parfaitement honnête, il faut bien admettre que les auteurs des livres inspirés de la Première Alliance ne soupçonnaient certainement pas ce qui serait révélé dans les derniers temps par l'incarnation du Sauveur. 

Le grand Origène doit reprendre la question et tout en restant fermement attaché aux Ecritures utiliser un autre vocabulaire. 

Il proclame trois hypostases dans la monade de la divinité: le Père, le Fils, le Saint Esprit, en prenant bien garde de confondre l'unité d'essence avec le sujet. Il enseigne avec précision que le Père et le Fils sont un mais que le Fils est autre dans son sujet. Il pose les notions de nature, essence, substance, personnes ou hypostases, qui vont faire l'objet de l'attention et distinctions de toute la théologie ultérieure.

Son disciple saint Grégoire le Thaumaturge établit  vers 250 à partir de l'ouvrage le plus controversé d'Origène le peri Archon –des Principes- un symbole de la foi.

 

" Un seul Dieu, Père du Logos vivant, qui est la sagesse subsistante et la puissance, l'empreinte éternelle. Générateur parfait du parfait, Père du Fils unique engendré.

Un seul Seigneur, unique issu de l'unique, Dieu issu de Dieu, empreinte et image de la divinité, Logos opérant, sagesse qui embrasse la composition de l'univers, et puissance poétique de toute la création. Fils véritable du Père véritable, invisible (issu de) l'invisible, incorruptible (issu de) l'incorruptible, immortel de l'immortel, éternel de l'éternel.

Et un seul Esprit Saint, qui tient son existence de Dieu, et manifesté aux hommes par le Fils. Image parfaite du Fils, issue du Parfait, vie cause des vivants, source sainte, sainteté dispensatrice de sanctification, en qui se manifeste Dieu le Père qui est au-dessus de tous et en tous, et Dieu le Fils qui est à travers tous les êtres.

Triade parfaite, qui n'est pas divisée par la gloire, l'éternité, le règne, et qui n'est pas aliénée. Il n'y a donc rien de créé, il n'y a pas de serviteur dans la triade, ni rien qui soit introduit du dehors, comme n'ayant pas existé auparavant, mais survenant par la suite. Jamais donc le Fils n'a manqué au Père, ni, au Fils l'Esprit. Mais sans changement et sans altération, la même Triade toujours."- 2-

 

Voilà la foi orthodoxe qui répond à un certain Sabellius qui pour simplifier le problème du monothéisme et garder le Père, le Fils et le Saint Esprit, avait eu la mauvaise réponse d'en faire un seul Agissant qui se révèle successivement dans le temps soit comme Père, soit comme Fils, soit comme Esprit Saint, comme un unique acteur de théâtre jouant plusieurs rôles avec un masque différent. Cette simplification est d'autant plus pernicieuse que notre idée de personne vient du grec prosopon qui signifie "masque de comédien".

Plus tard, les théologiens préféreront utiliser le mot hypostase (réalité subsistante) pour désigner la personne. Ce qui est aussi un danger car on entendait aussi par ce terme notre notion de nature ou essence: Ousia (nature) était plus ou moins synonyme d'hypostase. Il a fallu que nos pères démêlent progressivement toutes ces difficultés de vocabulaire.

 

Si Sabellius mélangeait tout, un prêtre d'Alexandrie, plus subtil en raison de l'enseignement qu'il avait reçu du grand martyr d'Antioche Lucien (exempt d'hérésie lui. Comme quoi les disciples de grands théologiens peuvent dérailler fortement), résolvait la difficile question du monothéisme chrétien en enseignant que le Père est de nature supérieure au Fils, parce que le Père est inengendré alors que le Fils serait créé. Il en concluait, s'opposant à l'enseignement du Grand Origène, qu'il y a donc eu un temps où le Logos n'existait pas, et si on appelle le Logos "Fils de Dieu", il ne peut s'agir que d'une filiation adoptive et non pas naturelle; le Logos est donc, toujours selon Arius, une créature tirée du néant, ce qui ne l'empêche pas d'avoir été exceptionnel par sa sainteté. Mais, en définitive, on ne peut adorer le Christ, puisqu'il n'est pas Dieu.

Voici un extrait d'une lettre  écrite vers 318 par Arius à son ami Eusèbe, évêque de Nicomédie:

 

"Et nous, que disons-nous ? Que pensons-nous ? Qu'avons-nous enseigné ? Qu'enseignons-nous: Que le fils n'est pas inengendré. Il n'est pas une partie de l'Inengendré, et cela d'aucune manière, ni tiré d'un substrat préexistant. Mais que par la volonté (de Dieu) et par sa décision délibérée il a existé avant les temps et avant les siècles, plein de grâce et de vérité, dieu, unique engendré, non susceptible de changement. Et avant qu'il ait été engendré, ou créé, ou déterminé, ou fondé, il n'existait pas. Car il n'était pas inengendré. Nous sommes persécutés, parce que nous avons dit : le fils a un principe. Tandis que Dieu est sans principe (sans commencement). Nous sommes persécutés aussi parce que nous disons : il est (le fils) issu de rien, du non-être. Nous le disons en ce sens qu'il n'est pas parcelle de Dieu, ni tiré d'un substrat préexistant. Voilà pourquoi nous sommes persécutés." -3-

 

Vous vous imagez que l'archevêque d'Alexandrie, saint Alexandre, a promptement réagi en expulsant Arius des rangs de son clergé.

Toutefois Arius en jouant sur les nuances comme vous pouvez le lire plus haut, s'est fait des amis dans l'épiscopat d'Orient. Les amis d'Arius et les amis d'Alexandre furent tellement turbulents que le peuple s'empara vivement de la querelle (on raconte qu'au marché on ne pouvait acheter du poisson s'en s'enquérir de la filiation du Logos!) et s'ensuivirent des troubles à l'ordre public. Les persécutions avaient cessé par l'édit de Milan en 313,  et voici que les chrétiens menaçaient la paix civile. L'empereur Constantin prend les choses en main et l'initiative de convoquer une réunion des évêques de tout l'empire à Nicée, métropole de Bithynie pour juin 325. Il met à la disposition des évêques les moyens de l'Etat, c'est à dire la poste impériale, les relais, le logement.  

 

Bibliographie:

1. saint Irénée: la prédication des apôtres, traduction J. Bartoulot, Desclées 1977

2. Confession de saint Grégoire: PG  10,  984;  Hahn,  Bibliothek der Symbole und Glaubensregeln der alten Kirche, p. 253; Enchiridion Patristicum, 611.

3. lettre d'Arius: in A.  D'Ales, Le Dogme de Nicée,   Paris,   1926,

 

2. Le Concile de Nicée –  La foi-

 

Le concile se tint en 325, sur la fin de la dix-neuvième année du règne de Constantin. Le nombre des pères fut, selon saint Athanase, de 318.  En fait, les évêques vinrent à Nicée au nombre de 220 environ. Le chiffre 318 représente une réminiscence biblique, une allusion aux 318 serviteurs d'Abraham -Gen 14, 14-.

Avec les prêtres, des diacres, et d'autres personnes qui accompagnaient les évêques, on peut arriver à 318. Les principaux d'entre les évêques étaient saint Osius de Cordoue, saint Alexandre d'Alexandrie, saint Eustathe d'Antioche, saint Macaire de Jérusalem, saint Spiridon de Chypres, saint Paphnuce, évêque dans la haute Thébaïde, saint Potamon d'Héraclée, saint Paul de Néocésarée sur l'Euphrate, saint Jacques de Nisibe dans la Mésopotamie, saint Amphion d'Épiphanie, saint Basile d'Amasée , saint Mélèce de Sébastopole, saint Hypace de Gangres en Paphlagonie, saint Alexandre de Byzance. On dit aussi que le grand saint Nicolas de Myre y fut présent, mais cela n'est pas attesté. L'évêque de Rome saint Sylvestre 1er, déjà âgé, n'est pas présent à Nicée, il était représenté par les prêtres Vite et Vincent. Le diacre Athanase assistait son évêque Alexandre.

                                                  

La question dogmatique

 

Elle fut posée durement par cette interrogation: Comment concilier la foi biblique en l'unicité/unité de Dieu et la foi apostolique qui  affirme que Jésus participe de la plénitude de la divinité et qui le nomme Adonaï/Seigneur tout comme le Dieu de la Première Alliance? Qui est vraiment le Logos? En étant fidèle à l'Evangile de saint Jean qui en parlant du Logos dit que "tout a été fait par lui et sans lui rien n'a été fait. De ce qui a été fait en lui était vie", on liait le Logos avec la création. D'où des esprits tordus tiraient la conclusion rapide: soit le Logos est éternel et la création l'est aussi, soit la création est venue dans le temps et le Logos aussi, il est donc une créature ou du moins il fut un temps où il n'était pas. Il n'est donc pas Dieu dans le sens où nous l'entendons en parlant du Père céleste.

Le grand Origène avait entendu la question et y avait apporté une réponse qui fut finalement rejeté par les autorités. Il posait la notion d'une création à venir contenue en puissance dans le Logos éternel. Ce qui fut interprété tout aussi rapidement comme une doctrine de la préexistence des âmes qui menait tout droit à des théories de métempsychose ou de migration des âmes. On oubliait certainement que l'homme n'avait pas une âme, un corps, un esprit mais que l'homme est une âme, un corps, un esprit. La formule issue de la tradition juive n'est pas, "j'ai une âme", mais bien "Je suis une âme ". Bref en rejetant l'explication d'Origène, on se retrouva avec le problème de la corrélation étroite entre Logos et création.

Arius choisit l'option création dans le temps  par Logos créé. Quoique, il vrai sa pensée est plus nuancée comme en témoigne sa lettre à Eusèbe de Nicomédie.

 

Le grand Origène avait aussi déblayé les difficultés sur la Trinité en posant clairement la distinction entre les trois hypostases divines du Père, du Fils et du  Saint Esprit. Il parle de trois ousiai (natures) ou de trois pragmata (réalités). Nous voyons que ousia/nature et hypostasis/hypostase sont employés comme équivalent. Le symbole de Nicée va garder cette synonymie. Il faudra attendre  un concile d'Alexandrie en 362 présidé par saint Athanase pour préciser les termes.

 

Nous voici donc au Palais impérial de Nicée. Les débats conciliaires se déroulent sous la présidence d'honneur de l'Empereur Constantin et la présidence effective de saint Osius de Cordoue en raison de ses qualités de théologien, diplomate et ami de l'empereur.

L'empereur avait aussi accepté la présence de philosophes païens venus là surtout pour railler la doctrine chrétienne et se moquer des dissensions doctrinales. Un Ancien dont l'histoire n'a pas retenu le nom s'adressa à l'un d'eux avec cette simple confession de foi:

 

" Au nom de Jésus-Christ, écoute moi, philosophe, il n'y a qu'un Dieu qui a fait le ciel et la terre. Il a créé les choses visibles et invisibles par la vertu de son Logos et les a affermies par la sanctification de son Esprit. Ce Logos, que nous appelons le Fils, ayant eu pitié de l'égarement des hommes, est né d'une Vierge, a vécu parmi les hommes, et a souffert la mort pour les en délivrer. Il viendra un jour pour être le juge de toutes nos actions. Nous croyons simplement toutes ces choses. N'entreprends point inutilement de combattre des vérités qui ne peuvent être comprises que par la foi, et ne t'informes point de la manière dont elles ont pu être accomplies. Répond-moi seulement, si tu crois. "

 

On raconte que celui à qui s'adressait l'Ancien fut rempli de la grâce et s'écria "je crois"; ce qui mit un terme à l'agressivité des autres.

 

A l'issu des débats, les thèses d'Arius sont condamnées. On proclame que le Fils est consubstantiel au Père, c'est à dire qu'ils sont de même substance ou nature. Le Christ n'est donc pas une espèce de 'super créature'  créée du néant avant le temps, ni un Dieu second,  ou bien encore une divinité à la mode païenne, c'est à dire divinisé à la suite de ses vertus. Bien au contraire, il est le Logos éternel qui s'est fait chair, Dieu de Dieu ayant pris tout ce qui fait un homme complet, l'esprit, l'âme et la chair,  pour accomplir la volonté de Dieu, le Salut de la création déchue par le péché. Le Christ est donc  vrai Dieu devenu homme. Ainsi sont affirmées l'unité et la consubstantialité du Père et du Fils, le Logos incarné.

 

En guise de texte synthétisant la pensée du concile, les Pères se rallient au symbole de foi de l'Eglise de Césarée, présenté par son évêque Eusèbe, toutefois, la majorité des évêques jugea utile de le préciser et de le clarifier pour repousser plus explicitement les erreurs d'Arius. C'est ainsi que le Symbole de Nicée vit le jour. Ce symbole est encore en usage de nos jours. A l'origine exprimé dans les rites du baptême, puis à la demande de notre père parmi les saints, Pierre Monge, patriarche d'Alexandrie, il est proclamé dans les rites de la Sainte Eucharistie et dans  les autres offices des Eglises.

 Voici le texte original tel qu'il fut proclamé lors du concile:    

                                                   

Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur de toutes choses visibles et invisibles; et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré et non fait, consubstantiel au Père; par qui toutes choses ont été faites au ciel et en la terre. Qui, pour nous autres, hommes,  et pour notre Salut, est descendu des cieux, s'est incarné et s'est fait homme; a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. [Nous croyons] aussi au Saint-Esprit. Quant à ceux qui disent: "il y a eu un temps où il n'était pas; et il n'était pas avant d'être engendré, et il a été tiré du néant"; ou qui prétendent que le Fils de Dieu est d'une autre hypostase (NDLR: ici dans le sens de nature, voir plus haut ), ou d'une autre substance, ou susceptible de changement, ou d'altération, la sainte Église catholique et apostolique leur dit anathème."

 

 La très grande majorité des évêques présents à Nicée adhère aux décisions du concile. Seuls dix-sept des Pères conciliaires sur la totalité étaient favorables à Arius. Au final, seul Arius et deux autres évêques, Second de Ptolémaïs et Théonas de Marmarique, refusent de donner leur approbation à la formule de foi de Nicée. La définition du concile ayant été portée à Constantin, le prince, reconnaissant que ce consentement unanime des évêques était l'expression de la vérité menaça d'exil ceux qui refuseraient d'y souscrire.  Deux évêques furent exilés ainsi qu'Arius.  

 

Nous devons recevoir le symbole de foi de Nicée comme ce qu'il est: non pas un savoir sur le mystère de Dieu mais une icône de notre foi. L'idole fonctionne comme un miroir qui empêche le regard d'aller au delà de lui, dans l'icône  le regard de l'homme se perd dans le regard invisible de celui qu'il contemple. Recevoir le symbole de Nicée, ce n'est pas se rallier à des spéculations théologisantes des pères du concile mais rencontrer le mystère de Dieu en présence de Dieu,  et en rester à la sobriété de la parole des pères qui voulurent d'avantage confesser, chanter le mystère, que le comprendre en l'enfermant  dans des mots.

 

Après avoir donné la réponse conforme à la Tradition apostolique sur la foi en la parfaite divinité du Seigneur Jésus, le concile règle diverses questions, dont la date de Pâques: Le problème concernant cette date vient du fait que les chrétiens ont toujours célébré Pâques en fonction de la date de la Pâque juive. Il y eut, dans les premiers siècles, diversité dans la manière de fixer le jour de cette commémoration; les Eglises plus directement issues du judaïsme s'en tenaient à la date de la Pâque juive, le 14 Nizan, c'est à dire le jour même de la pleine lune de printemps,  les autres Eglises issues des nations non sémites voulaient que cette fête tombe un dimanche, jour de la semaine où traditionnellement est commémorée  la résurrection du Christ.

 

On avait décidé au concile d'Arles, en 314, (Avec la grâce de Dieu nous examinerons cet important concile, précurseur du concile œcuménique de Nicée une autre fois) que cette fête serait célébrée partout en un même jour. Toutefois des différends régnaient encore, et il parut utile de nouveau d'agiter la question de la Pâque au concile de Nicée. Elle y fut mûrement examinée, tous les évêques convinrent d'observer la Pâque en un même jour, et les Eglises judéo-chrétiennes promirent de se conformer sur ce point à la pratique de Rome, de l'Égypte et de tout l'Occident. Hélas, lorsque l'Occident corrigea au 16è.siècle les erreurs du calendrier julien, l'Orient préféra être en désaccord avec le soleil plutôt qu'en accord avec le pape de Rome, d'où aujourd'hui un décalage de l'Orient avec l'Occident sur la date pascale.

 

3. Nicée: Les Questions de discipline: les canons.

 

C'est saint Athanase (de Synodiis.) qui remarque la différence de solennité entre des décrets du concile  sur la foi, où il est dit : "Voici quelle est la foi de l'Église catholique", pour montrer que ce n'était pas un règlement nouveau, mais une tradition apostolique,  et la formule "Nous avons résolu ce qui suit", pour marquer que c'était une nouvelle ordonnance, à laquelle tous devaient se soumettre".

Théodoret appelle les canons de Nicée "vingt lois de police ecclésiastique" pour bien marquer ce qui est dit plus haut: la différence entre la tradition des apôtres et les ordonnances de circonstance, même si certains de ces canons deviendront signes de la réalité de l'Eglise catholique dans une communauté locale. Ces canons formateurs de l'Eglise seront, pour ne pas étouffer l'Esprit et se maintenir dans la mystique évangélique, très peu nombreux. Nous les signalerons lors de leur énoncé.  Voici les canons de Nicée. Ils appartiennent à l'histoire, il est utile de les connaître pour savoir comment nos pères ont librement envisagés l'organisation de l'Eglise et pour suivre, comme il convient dans la liberté de l'Esprit, leur exemple dans les questions de notre temps. Un saint évêque contemporain disait à ce propos, "nos pères ont agi ainsi, et ils ont eu raison, j'agis, de même ou différemment, car l'Esprit est toujours vivant et dicte ce qui est bon aujourd'hui pour le Salut des fidèles d'aujourd'hui, toutefois je reste assis sur les canons, en gardant en mémoire le discernement des pères et pas seulement la lettre".

 

Canons authentiques de Nicée:  

 

        1 Si quelqu'un a été fait eunuque, ou par les chirurgiens en maladie, ou par les barbares, qu'il demeure dans le clergé ; mais celui qui s'est mutilé lui-même, étant en santé, doit être interdit s'il se trouve dans le clergé, et désormais on n'en doit promouvoir aucun qui auront agi ainsi. <> Il est évident que ce qui vient d'être dit ne regarde que ceux qui ont agi avec intention et qui ont voulu eux-mêmes se mutiler

La mutilation volontaire était défendue par les lois civiles. Le canon 1 se souvient probablement du grand Origène qui dans sa jeunesse avait pris à la lettre la Parole du Sauveur "il y en a qui se font eunuque pour le Royaume de Dieu", mais aussi certainement d'un mouvement dit des Valésiens qui se distinguait notamment par cette opération. Il signifie aussi le danger du fondamentalisme et propose d'éloigner des ministères ceux qui présentent un danger pour l'équilibre psychique  des fidèles et la juste intelligence des Ecritures.

 

        2 <> Des hommes sont passés tout récemment de la vie païenne à la foi, et catéchisés en peu de temps ont été aussitôt conduits au bain spirituel et en même temps qu'ils ont été baptisés, ont été élevés à l'épiscopat ou au presbytérat, il a semblé bon qu'à l'avenir rien de tel ne se produise…

Cette sage précaution se réfère au conseil de saint Paul à Timothée 3,6, Il  faut une certaine maturité dans l'Eglise pour pouvoir enseigner les mystères après les avoir assimilés dans son cœur, et aussi conduire avec prudence les âmes dans la voie du Salut, sachant donner ce qui est bon au moment opportun. (Il convient de remarquer que ce canon a été laissé de côté pour l'ordination épiscopale de saint Ambroise de Milan et d'autres).

    

      3 Le grand synode interdit de manière absolue à tous les évêques, prêtres, diacres, d'avoir aucune femme "sous-introduite", excepté leur mère, leur sœur, leur tante, ou quelque autre qui ne puisse causer aucun soupçon.  

Ce canon fait certainement référence à quelques chrétiens, clercs ou laïques qui entendaient contracter avec des personnes non mariées une sorte de mariage spirituel. A tord ou à raison, ces unions mystiques furent soupçonnées de liaison coupable, d'autant plus s'il s'agissait de la familiarité d'un ministre avec une ou des fidèles. Pour la petite histoire, sachez que l'on appelait ces relations par le nom de sœurs ou frères "agapet".  La littérature a retenu ce nom.

Il faut noter que le canon laisse la question des épouses légitimes des ministres sacrés. Une discussion sur le sujet nous est rapportée par les actes du concile de Nicée. Le synode d'Elvire en 305 ou 306 s'est préoccupé de la sexualité sacerdotale! Toutefois il est impossible de savoir vraiment ce qu'il avait retenu dans son canon 33: le texte latin reçu dit expressément: "Il est défendu aux évêques, prêtres et diacres et à tous les ministres de l'autel de s'abstenir de leur femme et de ne pas engendrer d'enfants" et pourtant il semble bien que tout le monde a compris le contraire: "ne doivent pas avoir de commerce conjugal avec leur épouse". Les pères de Nicée reprennent donc la question et beaucoup se rangent à la seconde interprétation du canon 33 d'Elvire et veulent imposer la continence même aux clercs mariés. Alors  le  confesseur saint Paphnuce, évêque dans la haute Thébaïde, qui avait toujours vécu dans l'ascèse monastique, se leva au milieu de l'assemblée et dit "qu'il ne fallait point imposer un joug si pesant aux ministres sacrés; que le lit nuptial est honorable et le mariage sans tache; que cet excès de rigueur nuirait plutôt à l'Église; que tous ne pouvaient porter une continence si parfaite, et que la chasteté conjugale en serait peut-être moins bien gardée. Qu'il suffisait que celui qui était une fois ordonné clerc n'eût plus la liberté de se marier, suivant l'ancienne tradition de l'Église; mais qu'il ne fallait pas le séparer de la femme qu'il avait épousée étant encore laïque". Tout le concile suivit son avis et il fut décidé qu'on ne fit point de loi sur ce sujet.

 

          4. " L'évêque doit être établi par tous ceux de la province, autant que faire se peut. Mais si cela est difficile, soit à cause d'une nécessité pressante, soit à cause de la longueur du chemin, il est du moins nécessaire qu'il y en ait trois présents, qui fassent l'ordination avec le suffrage et le consentement par écrit des absents. Mais c'est au métropolitain, en chaque province, à confirmer ce qui s'y est fait.

Voici un canon constitutif de l'Eglise. L'épiscopat est un ministère dont la responsabilité est partagée. Le canon veut montrer que l'évêque est le signe de la communion entre Eglises locales, cette communion est signifiée par l'ordination du nouvel évêque par tous les évêques de la province. Cette ordination collégiale empêche que le ministère épiscopal soit emparé par ruse, tromperie ou échange de bons procédés comme la simonie. Elle garantie le mieux possible la conscience au nouvel élu que toutes ses actions seront celles de ses confrères et qu'en conséquence il doit agir dans l'esprit de communion en accord avec la Tradition sans heurter la conscience ecclésiale.

 

         5 : " Touchant les excommuniés, clercs ou laïques, la sentence doit être observée par tous les évêques de chaque province, suivant la règle qui défend que les uns reçoivent ceux que les autres ont chassés; mais il faut examiner si l'évêque ne les a point excommuniés par faiblesse, par animosité ou par quelque passion semblable. Afin qu'on puisse l'examiner dans l'ordre, il a été jugé à propos de tenir tous les ans deux conciles en chaque province, où tous les évêques traiteront en commun ces sortes de questions; et tous déclareront légitimement excommuniés ceux qui seront reconnus avoir offensé leur évêque, jusqu'à ce qu'il plaise à l'assemblée de prononcer un jugement plus favorable pour eux".

C'est clair: Il est malheureusement nécessaire parfois de constater qu'un individu ne se comporte pas en enfant de l'Eglise et de devoir signifier aux clercs et aux fidèles qu'il est par sa volonté hors de la communion de l'Eglise.  Le canon 5 est constitutif de l'Eglise, car il pose la solidarité épiscopale et le respect des personnes. Selon l'esprit du canon 4, l'acte d'un évêque engage tous les autres qui ne doivent pas accueillir l'excommunié par sympathie personnelle ou par mépris de l'évêque compétent. Celui-ci, non plus n'est pas infaillible, aussi le condamné peut demander que son cas soit examiné par l'ensemble des évêques en synode.

 

            Canon 6 : " Que soient maintenues les anciennes coutumes établies dans l'Égypte, la Libye et la Pentapole; en sorte que l'évêque d'Alexandrie ait le pouvoir sur tontes ces provinces, puisque qu'une coutume de ce genre existe aussi pour l'évêque de Rome. A Antioche aussi et dans les autres provinces, que chaque Église conserve ses prérogatives. Il est évident que, si quelqu'un est fait évêque sans le consentement du métropolitain, ce grand concile déclare qu'il n'est  pas évêque. Mais si l'élection étant raisonnable et conforme aux canons, deux ou trois s'y opposent par une opiniâtreté particulière, la pluralité des voix doit l'emporter. "

D'après la formule explicite de ce canon, le concile n'établit pas une disposition nouvelle mais reconnaît une ancienne tradition d'après laquelle les évêques de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche n'avaient pas un simple rang de métropolite avec juridiction sur un territoire correspondant à un province civile mais sur plusieurs qui possèdent certainement leurs propres métropolites. Bien que le nom ne soit pas ici prononcé, il est question ce que on appellera plus tard les patriarches.  Concrètement, selon l'esprit de ce canon, aujourd'hui  maintenu dans notre Eglise copte-orthodoxe, c'est l'évêque d'Alexandrie qui ordonne non seulement les métropolites de son siège apostolique mais aussi tous les autres évêques. Toutefois la nomination d'un évêque diocésain se fait avec l'accord du métropolite et du synode. L'unanimité devrait être la règle, mais les pères de Nicée n'oublient pas le principe de réalité et acceptent la majorité pour éviter tous blocage ou pression.

 

         7 Comme se sont imposées la coutume et la tradition ancienne selon lesquelles l'évêque d'Aelia/Jérusalem est honoré,  qu'il ait la préséance de l'honneur, dont il jouit jusqu'alors, sans préjudice pour la dignité du métropolitain "

En raison de la destruction de Jérusalem par Titus en 70 les juifs et les chrétiens s'étaient réfugiés à Césarée qui devint la métropole. L'empereur Adrien, sur les ruines de Jérusalem fit construire un temple dédié à Jupiter Capitolinus puis une nouvelle ville qui prit le nom de Aelia Capitolina. Si les juifs y étaient interdits, les chrétiens d'origine païenne la colonisèrent rapidement. La découverte des vestiges des lieux saints par Hélène redonna de l'importance à Jérusalem. On ne voit pas très bien en quoi consiste exactement cette préséance d'honneur. Dans l'Eglise, il n'existe pas de dignité et d'honneur qui ne correspondent pas à un ministère ou mission.

 

        8.  Au sujet de ceux qui s'appellent eux-mêmes les "purs" et qui voudraient entrer ensemble dans l'Eglise catholique et apostolique, il a paru bon au grand et saint concile qu'on leur impose les mains. Que ceux qui seraient dans les degrés ecclésiastiques, y demeureraient après avoir reçu l'imposition des mains et que, dans les lieux, soit villes, soit villages, où il ne se trouverait point d'autres clercs, ils garderaient le rang qu'ils auraient reçu dans l'ordination. Ils promettront par écrit de suivre tous les dogmes de l'Église, et de communiquer avec les bigames et avec ceux qui, étant tombés pendant la persécution, avaient fait la pénitence prescrite par les lois de l'Église.

Car l'erreur des novatiens, qui se nommaient en grec cathares, c'est-à-dire purs, consistait en ce qu'ils condamnaient la pénitence que l'Église accordait aux apostats, et les secondes noces, traitant d'adultères les veuves qui se remariaient.  L'imposition des mains, dont il est parlé dans ce canon, est certainement le sacrement de réconciliation / pénitence qui prenait cette forme. Beaucoup y voientt aussi le mystère de la confirmation, c'est pourquoi beaucoup d'Eglises orthodoxes établissent par le mystère de la chrismation dans leur communion ceux qui viennent vers elles avec un baptême incontestable.  L'Esprit Saint comblant toute défaillance, ils sont alors souvent reçus dans l'état où il se trouvent: célibataire, mariés, membres du clergé, si les ordres reçus sont certains, sans que l'on réitère les rites. 

 

       9.  "Est privé du sacerdoce celui qui y aura été élevé sans examen, ou qui dans l'examen se sera avoué coupable de quelques crimes, parce que l'Église catholique ne veut pour ministres que ceux dont la réputation est intacte."

 

       10. "ordonne que ceux qui, après être tombés durant la persécution, auront été institués dans le clergé, par ignorance ou avec connaissance de la part des ordinants, soient déposés".

 

       11.Quant à ceux qui ont apostasié sans contrainte, sans perte de leurs biens, sans péril ou rien de semblable, comme il est arrivé sous la tyrannie de Licinius, le concile a trouvé bon d'user envers eux d'indulgence, bien qu'ils en soient indignes. Ceux donc qui se repentiront sincèrement seront trois ans entre les auditeurs, quoique fidèles; six ans prosternés, et pendant deux ans ils participeront aux prières du peuple sans offrir. "

Outre ces degrés de pénitence, bien connus dans les premiers siècles, il y en avait un qui était le premier de tous, et qui consistait à pleurer hors de la porte de l'église. Ce qui est ici remarquable réside dans l'interdiction aux pénitents d'apporter les offrandes. Lors de la Sainte Oblation chacun concélèbre à sa place, le prêtre préside et garantie par son ordination les Mystères, les autres ministres l'assistent et présentent les offrandes,  le peuple royal apporte les dons et communie aux dons consacrés, c'est ici que se manifeste son sacerdoce. Les pères attachent une grande importance à l'offrande, si bien qu'être privés d'offrir est une douloureuse pénitence comme celle d'être privée de l'Assemblée eucharistique.  Aujourd'hui, les fidèles qui sans raison majeure désertent la sainte Oblation sont inconscients de la gravité de leur comportement qui les placent au rang des apostats.

 

        12. condamnation de ceux qui, appelés par la grâce du baptême, après avoir quitté les armes ont repris le Service militaire sous les ordres de Licinius champion du paganisme. "S'il reviennent à l'Eglise, il est permis à l'évêque de les traiter avec plus d'indulgence que le canon qui prescrit trois ans d'exclusion puis  dix ans sans offrir".

 

      13.Qu'à l'égard des mourants, on gardera toujours la loi ancienne et canonique, en sorte que, si quelqu'un [parmi les pénitents] décède,  il ne sera point privé du dernier viatique si nécessaire. Que si quelqu'un a reçu la communion étant à l'extrémité, et qu'il revienne en santé, il sera avec ceux qui ne participent qu'à la prière. En général, à l'égard de tous les mourants qui demandent la participation de l'eucharistie, l'évêque l'accordera avec examen. "

Avant le concile de Nicée, les pénitents réconciliés pendant la maladie, à cause du danger de mort, n'étaient pas remis de nouveau en pénitence lorsqu'ils revenaient en santé, ce qui paraît cohérent, car  on ne reprend pas une bénédiction.-Genèse 27,33- Mais comme la plupart abusaient de l'indulgence de l'Église à leur égard, les Pères de Nicée décrétèrent qu'ils seraient renvoyés avec ceux qui ne participaient qu'à la prière sans offrir ni communier.

 

       14. "Pour les  catéchumènes qui étaient tombés dans quelque faute considérable. Le concile ordonne qu'ils soient trois ans entre les auditeurs, et qu'ensuite ils prient avec ceux des catéchumènes que l'on appelait compétents".

Car il y avait divers degrés de catéchumènes : les auditeurs, qui n'étaient admis qu'aux instructions, et les compétents, qui assistaient aux prières qui précédaient le sacrifice. Ces derniers étaient en état de recevoir le baptême.

         15 A cause des grands troubles et des séditions qui sont arrivées, il a été résolu d'abolir entièrement la coutume qui s'est introduite en quelques lieux contre la règle; en sorte que l'on ne transfère d'une ville à une autre, ni évêque, ni prêtre, ni diacre. Que si quelqu'un, après la définition du saint concile, entreprend rien de semblable, ou qu'il y consente, on cassera entièrement cet agissement, et il sera rendu à l'Église dans laquelle il a été ordonné évêque, prêtre ou diacre. 

Ce canon est toujours scrupuleusement respecté dans l'Eglise copte orthodoxe pour ce qui concerne les évêques, ce qui empêche un évêque diocésain de devenir ultérieurement patriarche d'Alexandrie.

 

       16."Il est  défendu aux prêtres, aux diacres et aux clercs d'une Église, de passer à une autre, et ordonne qu'ils retournent dans leurs diocèses, sous peine d'excommunication s'ils refusent. Il ajoute que, si quelqu'un a la hardiesse d'enlever celui qui dépend d'un autre évêque, et de l'ordonner dans son Église, sans le consentement du propre évêque d'avec lequel le clerc s'est retiré, l'ordination sera sans effet".

La stabilité était donc posée également pour les prêtres, les diacres et les autres clercs, comme pour les évêques; et comme il était juste d'attacher les ministres aux Églises pour lesquelles ils avaient été ordonnés, il ne l'était pas moins de régler les bornes des diocèses, afin que les évêques n'entreprissent pas sur les droits de leurs confrères. Ce canon est constitutif de l'Eglise, il pose la limite territoriale au pouvoir souverain de l'évêque.

 

       17.  défense est  faite aux clercs de prêter à usure.

 

       18. Il est venu à la connaissance du saint et grand concile que dans certains endroits, les diacres donnaient l'eucharistie aux prêtres, contre les canons et la coutume, de sorte que  ceux qui n'avaient pas le pouvoir de sanctifier l'offrande donnassent le corps de Jésus-Christ à ceux qui l'offraient.  Il y en avait encore qui prenaient l'eucharistie même avant les évêques, et qui s'asseyaient entre les prêtres, c'est-à-dire, qui s'asseyaient dans l'église comme les prêtres, ce qui était contre les canons et contre l'ordre. Tout cela doit disparaître.  Que les diacres reste dans les limites de leur attribution, sachant qu'ils sont les serviteurs de l'évêque  et sont rangés dans un ordre  inférieur aux prêtres. Que les diacres reçoivent l'Eucharistie après les prêtres, selon le bon ordre, que ce soit un évêque ou un prêtre qui la leur donne. Qu'il ne soit pas permis non plus aux diacres de siéger parmi les prêtres….

 

Le ministère des diacres consiste à servir surtout dans toutes les activités non cultuelles de l’Eglise,  et aussi,  pendant les saints offices à l'autel, à se tenir près du célébrant et à l’assister dans le cours de la célébration et  à l’aider dans la distribution de la communion aux fidèles. Ils peuvent recevoir le mandat de porter les dons consacrés aux absents. Leur mission initiale reçue des apôtres était de recevoir les  aumônes et, selon les registres de l’Eglise distribuer les libéralités selon les inscriptions, aux clercs, aux veuves et aux indigents. Cette mission faisait du diacre un personnage important. Très rapidement dans l’histoire de l’Eglise, la confiance donnée par l’évêque à l’archidiacre faisait de lui son successeur naturel, souvent c’est lui qui gouvernait le diocèse pendant la vacance due au décès de l’évêque. Les diacres se souvenaient aussi que dans l’ordre apostolique ancien, les ministères se réduisaient à ceux de l’Ancien (évêque) et du diacre. Le sacerdoce presbytéral est apparu en raison des nécessités de communautés hors de la ville de l’évêque. La haute antiquité et l’importance de leur ministère a pu monter à la tête de certains diacres qui voyaient les prêtres comme des intrus, il n’hésitaient pas à revendiquer symboliquement l’ordre ancien et s’asseyant parmi les prêtres et en prétendant leur remettre la communion de la  part de l’évêque.  A Rome on sait que certaines paroisses étaient confiées à des diacres. Le concile de Nicée prend en compte  l’évolution  de la société ecclésiale. Désormais, la présidence des Offices appartient aux prêtres et hors la distribution de l’Eucharistie aux malades, il est malvenu de confier la présidence rituelle d’une communauté à un diacre -Cf le concile d’Arles- , et sauf infirmité du prêtre de leur laisser l’initiative de la distribution de l’Eucharistie.

 

       19 A l’égard  des disciples de Paul de Samosate  qui reviennent vers l'Église catholique, dit le concile, il est décidé qu'il faut absolument les rebaptiser. Si quelques-uns ont été autrefois dans le clergé, et qu'ils soient trouvés sans reproche, une fois rebaptisés, ils seront ordonnés par l'évêque de l'Église catholique; mais si dans l'examen on les trouve indignes, il faut les exclure. On gardera la même règle à l'égard des diaconesses, et généralement de tous ceux qui sont comptés dans le clergé. Pour les diaconesses que l'on trouve portant l'habit, comme elles n'ont reçu aucune imposition des mains, elles doivent être comptées absolument entre les laïques. "

 

Au canon 8, le concile n'ordonna point de baptiser les novatiens avant de les réconcilier à l'Église, parce qu'ils n'erraient ni dans la foi de la Trinité, ni dans la forme du baptême.  Les disciples de Paul de Samosate ne voyaient en Jésus-Christ qu'un homme saint, et n'admettaient en Dieu qu'une seule personne, celle du Père céleste.  A l'égard de la forme essentielle au baptême, ils ne l'observaient pas, soit qu'ils ne baptisassent pas au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, soit qu'en nommant ces trois personnes ils ajoutassent certaines explications hérétiques qui ôtaient à ces paroles toute leur efficacité.

Quant aux diaconesses, dont il est aussi parlé dans ce canon, leurs fonctions étaient d'aider les évêques ou les prêtres lorsqu'ils baptisaient les femmes, d'ouvrir et de fermer les portes de l'église, d'instruire les femmes, de soulager les pauvres. Elles étaient choisies entre les vierges ou entre les veuves qui n'avaient été mariées qu'une fois; l'évêque les ordonnait  comme les diacres par l'imposition des mains et par la prière, en présence des prêtres, des diacres et des autres diaconesses, et elles appartenaient au  clergé. Comme on trouve aujourd’hui dans quelques Eglises orthodoxes, des sous diacres et diacres "bénis" c'est-à-dire qui portent les insignes et assurent certaines fonctions sans avoir reçu l'ordination, des diaconesses de la communauté de Paul de Samosate étaient certainement bénies au lieu d'être ordonnées, celles-ci ne sont pas réintégrées dans leur fonctions.

 

           20.  Certains fléchissent les genoux  le dimanche et pendant le Pentecostaire (temps pascal) , afin que tout soit  gardé selon la même règle dans tous les diocèses, le saint concile a jugé bon qu'on adresse les prières que l'on doit à Dieu en restant debout.

 

La dévotion des fidèles n'est jamais rassasiée. Aussi le dimanche et les jours de la Pâque, certains manifestent leur piété par des agenouillements (Métanies) pénitentiels intempestifs. Les chrétiens prient, au témoignage de saint Irénée et de Tertullien,  le dimanche et les jours de la Pâque debout car ils célèbrent en ces jours la mémoire de la résurrection du Sauveur et leur libération et assomption  par et dans le Christ ressuscité. L'agenouillement dont parle Nicée concerne celui de pénitence et non la légitime adoration lors de l'épiclèse eucharistique.

 

Là s'arrêtent les canons authentiques de Nicée.

 

Des Églises d'Orient possèdent certains canons qu'elles croient être du concile de Nicée. Ce sont ceux qu'on appelle Arabiques,

Ces canons sont au nombre de quatre-vingts et sont une compilation de canons d'autres conciles. Notons que dans le 36è, il est défendu aux Éthiopiens d'élire un patriarche, et ordonné qu'ils se soumettent à celui d'Alexandrie. Cette discipline a persisté jusqu'au pontificat de Cyrille VI qui a donné aux éthiopiens l'indépendance canonique. 

 

Après que le concile de Nicée eut terminé d'examiner à l'automne 325 toutes les contestations touchant la foi,  et réglé la discipline, il écrivit une lettre synodale adressée à l'Église d'Alexandrie et à tous les fidèles de l'Égypte, de la Libye et de la Pentapole, comme les plus intéressés à tout ce qui s'y était fait. Elle était conçue en ces termes:

 

Puisque, par la grâce de Dieu et par l'ordre du très religieux empereur Constantin, nous nous sommes assemblés de différentes provinces et de différentes villes, il paraît nécessaire de vous écrire, au nom de tout le concile, pour vous informer de ce qui y a été proposé, examiné, résolu et décidé. Avant toutes choses, l'impiété d'Arius et de ses sectateurs a été examinée en présence de l'empereur, et on a résolu tout d'une voix de l'anathématiser, lui, sa doctrine impie, ses paroles et ses pensées, par lesquelles il blasphémait contre le Fils de Dieu en disant qu'il est tiré du néant, qu'il n'était point avant d'être engendré, et qu'il y a eu un temps auquel il n'était pas ; que par son libre arbitre il est capable du vice et de la vertu, et qu'il est créature. Le saint concile a anathématisé tout cela, souffrant même avec peine d'entendre prononcer ces blasphèmes. Pour ce qui regarde la personne d'Arius, vous avez déjà appris, ou vous apprendrez assez comment il a été traité. Nous ne voulons pas paraître insulter à un homme qui a reçu la digne récompense de son crime, par l'exil auquel l'empereur l'a condamné. Son impiété a eu la force ne perdre avec lui Théonas de Marmarique et Second de Ptolémaïde, et ils ont été traités de même : ainsi, par la miséricorde de Dieu, vous êtes délivrés de l'impiété et de la contagion de cette erreur et de ces blasphèmes, et de ces hommes inquiets qui ont osé troubler par leurs contestations la paix des fidèles. Quant à Mélèce et à ceux qui ont reçu des ordres de lui, le concile témoigne avoir usé d'indulgence à leur égard, et leur avoir conservé leur rang en la manière et aux conditions que nous avons marquées plus haut. " Puis il ajoute : " Quant à ceux qui, soutenus de la grâce de Dieu et assistés de vos prières, n'ont eu aucune part au schisme, et sont demeurés dans l'Église catholique, sans avoir été flétris d'aucune tache, qu'ils aient droit d'élire et de proposer ceux qui méritent d'être admis dans le clergé, et de tout faire selon les lois de l'Église. Que si quelqu'un de ceux qui sont dans les dignités ecclésiastiques vient à mourir, ou pourra lui substituer un de ceux qui ont été reçus depuis peu, pourvu qu'il en soit jugé digne, qu'il ait les suffrages du peuple, et que son élection soit confirmée par Alexandre, évêque d'Alexandrie. " Et ensuite : " Si l'on a réglé ou défait quelque autre chose, notre collègue Alexandre, qui y a eu la principale part, vous en informera. Nous vous donnons aussi avis que le différend touchant le jour auquel la fête de Pâques doit être célébrée, a été heureusement terminé par le secours de vos prières, en sorte que tous nos frères d'Orient, qui faisaient autrefois la Pâque le même jour que les Juifs, la célébreront à l'avenir le même jour que les Romains et les autres qui la célèbrent de tous temps avec nous. Réjouissez-vous donc de tant d'heureux succès, de la paix et de l'union de l'Église, et de l'extirpation de toutes les hérésies, et recevez avec beaucoup d'honneur et de charité notre collègue votre évêque Alexandre, qui nous a réjouis par sa présence, et qui dans un âge si avancé a pris tant de peine pour vous procurer la paix. Offrez à Dieu vos prières pour nous, afin que ce qui a été décidé et ordonné demeure ferme et immuable. " 

                                                                                                                           E-P     lettre de saint Elie  2007

Source: Charles-Joseph Héfélé, Histoire des Conciles, tome 1,  1869,     

Conciles oecuméniques: 1 Nicée