Exaltation universelle de la précieuse et vivifiante croix

 

                                                       

 

La fête du 14 septembre commémore la dédicace en 335 de la basilique de la résurrection  construite par l'empereur Constantin sur le tombeau du Seigneur près du Golgotha. En ce jour, le saint évêque Macaire, bénit le peuple avec la vraie croix qui avait été découverte à l'initiative de la pieuse Hélène, mère de l'empereur.

 

Alors que le vendredi saint, l'Eglise se penche avec dévotion sur l'évènement historique de notre rédemption et commémore les saintes souffrances  et la mort de notre sauveur, aujourd'hui, elle médite sur le mystère  cosmique et glorieux de notre Salut par la croix.

Alors qu'il est exalté sur la croix, Jésus  le Messie réconcilie par son sang toute l'humanité en lui, les hommes entre eux et avec le cosmos. 

 

"Gloire à la croix dont les branches parfumées donnent vie à chacun.

Gloire à la croix, le chandelier d'or lumineux sur lequel brille la lampe qu'est l'Emmanuel".

 

                                            

 

 

En Egypte, il n'est pas impossible que notre fête du 17 thout (14 septembre) soit liée avec la fête pharaonique de la crue du Nil qui commençait le 15 thout et durait quinze jours. Cette "fête de l'ivresse" commémorait le souvenir du Salut du genre humain, sauvé de l'extermination lancée par Ré contre les blasphémateurs par l'intervention de la déesse Sekhmet la lionne . Pour faire cesser  le carnage, Ré répandit un breuvage enivrant de couleur de sang. Sekhmet s'en désaltéra et cela lui fit passer sa violente colère. A cette période les eaux du Nil chargées de limon devenaient rouges. Le niveau de la crue atteint le 17 thout est appelé "niveau de  la croix".  Cette fête était célébrée par des processions. L'Eglise a reconnu dans la "fête de l'ivresse" une préfiguration de la théologie de la sanctification par "le sang de la croix"   et l'a christianisée à juste titre. 

 

                                                                                           

 

Ce jour de fête de la croix est marqué dans notre Eglise copte par une procession à travers les villages avec la croix fleurie. Des stations comportent des offrandes de l'encens, le chant d'un psaume et la lecture d'un évangile. Dans les Eglises la croix est élevée, exaltée,  selon le même principe aux points cardinaux et devant certaines icônes selon le schéma suivant:  

 

devant l'autel: Béni est le Seigneur Jésus et sa croix vivifiante sur laquelle il a été crucifié pour sauver son peuple.

 

derrière l'autel:

Par sa croix et sa sainte résurrection, l’homme a été ramené au paradis,  prions le Seigneur:

Kyrie eleison,  Kyrie eleison, Kyrie eleison

 

au milieu de l’Eglise face à l’Est liturgique (=sanctuaire):

ps. 4:  Dans la paix, je me couche et je m’endors, * car toi seul, ô Seigneur, fais ma sécurité.

1er évangile:           Math. 16, 24-24

En ce temps là, le Seigneur Jésus dit à ses disciples: Si quelqu’un veut venir derrière moi, qu’il renonce à lui même et prenne sa croix, et qu’il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, la trouvera.

collecte:                 

Par sa croix et sa sainte résurrection, l’homme a été ramené au paradis.      Prions le Seigneur.

Kyrie eleison, Kyrie eleison , Kyrie eleison (ou ad libitum 40 fois)

au milieu de l’Eglise face au nord liturgique:

Ps.67,Le Seigneur fait entendre sa parole, * la foule immense des messagers annoncent la Bonne Nouvelle de l’Evangile.

 

2è. évangile: Marc 8, 34-35

En ce temps là, le Seigneur Jésus appelant à lui la foule avec ses disciples, leur dit: Si quelqu’un veut venir derrière moi, qu’il renonce à lui même et prenne sa croix, et qu’il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile la sauvera.

collecte:                    

Par sa croix et sa sainte résurrection, l’homme a été ramené au paradis.        Prions le Seigneur.

Kyrie eleison, Kyrie eleison , Kyrie eleison  (ou ad libitum 40 fois)

au milieu de l’Eglise face à l’ouest liturgique:

Ps. 66: Que Dieu ait pitié de nous et nous bénisse * Qu’il éclaire pour nous sa face.

Que l’on connaisse sa voie sur la terre *, et son salut parmi toutes les nations.

3è. évangile:       Luc, 23, 33 + 39-43

En ce temps là, arrivés au lieu du crâne, ils crucifièrent le Seigneur Jésus ainsi que les malfaiteurs, l’un à sa droite et l’autre à gauche. L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait: ” n’est-ce pas toi qui est le Christ, sauve toi, toi-même, et nous aussi”. Mais prenant la parole et le réprimandant, l’autre déclara: ”Tu n’as même pas la crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine. Pour nous c’est justice; nous payons nos actes, mais lui n’a rien fait de mal”. Et il disait: “Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton Royaume”. Et Jésus  lui dit: “Aujourd’hui, tu seras avec moi, dans le paradis.”

collecte:                  

Par sa croix et sa sainte résurrection, l’homme a été ramené au paradis.  Prions le Seigneur.

Kyrie eleison, Kyrie eleison , Kyrie eleison  (ou ad libitum 40 fois)

 

au milieu de l’Eglise face au sud liturgique:

Ps. 113: Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne gloire, * en raison de ton amour et de ta fidélité.

4è. évangile:  Jean

En ce temps là, à  Jérusalem, lors de la fête de la dédicace, le Seigneur Jésus dit : “Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas; mais si je les fais, quand même vous ne me croiriez pas, croyez en ces œuvres, afin de savoir une fois pour toutes, que le Père est en moi et moi dans le Père.”

collecte:    

Par sa croix et sa sainte résurrection, l’homme a été ramené au paradis.

Prions le Seigneur.

Kyrie eleison, Kyrie eleison , Kyrie eleison  (ou ad libitum 40 fois)

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                                                                                                                               E-P            septembre 2008

 

1. LA CROIX, PUISSANCE DE RESURRECTION

 

 

“Le langage de la croix, pour ceux qui se sauvent, est puissance de Dieu... Nous proclamons, Christ crucifié, puissance de Dieu et sagesse de Dieu -1 Corinthiens 1.18 et 24-.

                                                                      

 

Christ est mort crucifié et la croix fait ainsi partie de la vie historique de Jésus le Messie.

- Elle est l’atroce gibet, terme de la passion douloureuse et salvifique accomplie pour nous par Celui qui “né d’une vierge, Dieu Logos fait chair, fils bien aimé, devenu premier né de toute créature... né dans le temps, lui engendré de toute éternité, vécut dans la sainteté... délivra les hommes de toute maladie et toute infirmité ; il rassasia tout vivant à plaisir ; accomplit la volonté du Père et acheva l’œuvre qu’Il lui avait donné à faire.” -Anaphore des constitutions apostoliques (IVès)-

 

La croix est l’instrument de la mort, mais paradoxalement, la croix du christ possède la puissance de la résurrection, force qui détruit le péché et la mort:

“Notre Sauveur, rédempteur et messager de la volonté (du Père)... a étendu les mains, lorsqu’il souffrait, afin de délivrer de la souffrance ceux qui ont cru. Il s’est livré à une souffrance librement acceptée, pour détruire la mort, fouler l’enfer à ses pieds, illuminer les justes, établir l’Alliance et manifester sa résurrection...” -Anaphore d’Hippolyte (tradition apostolique) début IIIès-

Le Christ, en acceptant la mort sur la croix, donne à la mort un autre sens : celui de la victoire sur la mort. La mort devient un acte de puissance. "Nous adorons ta croix ô Christ et chantons ta Sainte résurrection" dit-on à l’office divin

 

On n’atteint la résurrection que par la puissance de la croix. Une fois le christ ressuscité, la croix n’est pas abandonnée au passé. La Croix pénètre dans l’éternité et le rayonnement de sa puissance se prolonge hors du temps et dans notre temps et ainsi se trouve toujours présent, dans les siècles des siècles.

A la suite d’Hippolyte, l’Eglise chante “Ce jour est dédié à la vénération de la croix, venez tous à elle car elle répand les rayons de la résurrection du Christ. La Croix porte toujours le vie.”

                                                        

 

La croix, outil inventé par Dieu pour la régénération du monde est partout et toujours dans les rites sacrés de l’Eglise comme dans la prière et la vie des chrétiens. Elle les accompagne partout et toujours comme signe de la victoire du Christ sur la mort. Elle est “une puissante sauvegarde : gratuité en faveur des pauvres ; pas fatigante en faveur des faibles, qu’en toutes circonstances la croix soit tracée” – saint  Cyrille de Jérusalem, catéchèses (386+)-

Chaque croix, par la bénédiction du prêtre s’emplit de tous les dons qui, par le sang du Christ, ont imprégné la croix unique du Golgotha sur laquelle le Fils de l’homme, le Verbe fait chair, a été crucifié.

 

Le Logos divin a disposé toutes choses pour notre Salut et a accompli pour nous toute l’Economie nécessaire “pour nous ramener au ciel et nous rendre le royaume à venir” - Anaphore  des saints apôtres et celle de St-Jean Chrysostome (IVès)-

“Le Fils de Dieu, en assurant l’humanité, écrit le père Dumitru Stanilaoe (1) l’a fortifiée du dedans, non pour lui rendre facile la victoire, mais pour lui donner la capacité de porter tout ce qu’elle peut porter et d’engager tout l’effort qu’elle peut réaliser si elle veut”.

 

Si quelqu’un veut venir derrière moi, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix et qu’il me suive dit le Seigneur (Mathieu 16.24), car la croix détruit  toujours la possession et l’orgueil, toutes les formes de la prétention de l’homme d’exister par soi même.

Le Saint Esprit ne peut se manifester dans l’homme que par la croix. La croix dit encore le père .Dumitru, écarte l’obstacle qui se dresse en l’homme contre la venue de l’esprit.

Christ, par la croix, a montré que la mort, vaincue par sa résurrection, “peut l’être en nous dans la mesure où nous participons à lui ; où nous obtenons, soutenus par lui, la victoire sur le péché, la force et la liberté de l’esprit. Et cela ne peut se réaliser que par la croix, en vivant la vie entière comme une croix, comme un effort de perfection, d’affermissement de l’esprit, effort qui ne va pas sans résistance, patience et douleur. Le dépassement  de la mort par la résurrection ne vient pas comme un acte extérieur. Il exige et couronne cet effort de croissance intérieure qui est la croix”.

 

La croix est élevée comme une défense sacrée des croyants, elle est tracée sur leur tête ; par elle les forces des pensées pécheresses sont brisées. C’est pourquoi dans son exaltation, nous l’adorons et la magnifions.

 

E-P                    septembre 1990                

 

BIBLIOGRAPHIE

Dumitru Stanilaoe, la croix dans la théologie et le culte orthodoxe in contacts n°94 (1976).

 

 

 

2. Par ce signe, tu seras vainqueur

 

Pour nous donner de l'assurance devant le mauvais et de la force pour lutter contre les passions, la tradition de l'Eglise confie aux fidèles un instrument simple mais efficace: le signe de la croix  ou signation.

 

Chacun peut remarquer dans le culte orthodoxe l'abondance des signes de croix. Ce geste trace sur soi-même ou sur des objets signifie la protection, la bénédiction, la sanctification. Il remonte à la plus haute antiquité chrétienne.

Nos pères l'utilisaient dans toutes leurs démarches comme l'atteste Tertullien, au tout début du 3è. S.:

"Au moment de sortir et dans nos déplacements, au début et àla fin de toutes nos activités, au moment de nous habiller et de nous chausser, au bain, à table, en allumant les lumières, quand nous nous couchons, quand nous nous reposons,à chacune de nos activités, nous nous marquons le front avec le signe de la croix. -1-

 

La signation  se faisait alors en traçant une petite croix sur le front avec un doigt, le pouce ou l'index de la main droite. -2-  Ce signe de protection  est rapproché par Tertullien et saint. Cyprien de Carthage, les premiers parmi beaucoup de Pères,  de son antitype de la première Alliance. Ezékiel  (9, 1sq.) voit fondre le châtiment sur le temple souillé par les idoles, six hommes apparaissent pour exterminer les coupables, au milieu des six, un homme vêtu de lin à qui le Seigneur dit: "Passe à travers la ville, à travers Jérusalem, et marque d'un  T (lettre grecque tau = une croix) au front ceux qui gémissent et pleurent sur toutes les abominations qu'on y commet."

Les Mss. liturgiques d'orient et d'occident, jusqu'au 9è. S. ne connaissent que cette petite signation sur le front; à partir de cette époque, probablement sous l'influence monastique, se développera le grand signe de la croix  avec les trois premiers doigts de la main réunis, du front à la poitrine, de l'épaule droite àl'épaule gauche. -3-

 

Ce qui est important n'est pas tellement la forme mais la signification profonde. Le signe de la croix  fait référence au baptême par lequel nous bénéficions de toute l'Economie rédemptrice du Sauveur: La signation d'abord dans les rites du catéchuménat, appartient maintenant aux rites sacrés du baptême. -4-  La signation porte aussi le nom de sceau car elle scelle, comme un signe d'appartenance,  ceux qui sont inscrits au nombre des serviteurs du joug de la croix et qui sont destinés à devenir par leur obéissance,  des fils, cohéritiers du Fils unique.

La signation est la confession de notre espérance en la miséricorde de Dieu, comme l'indique une des épitaphes les plus anciennes des Gaules;

                                                     

Notre excellent fils, entouré de la protection de la croix <.> a été méchamment ravi par la mort. Mais le maître de l'Olympe donnera le repos à son corps auquel fut imprimé le noble signe de la croix. Et il sera appelé héritier  du Christ.  -5-

 

E-P          1994    

                                        

Notes:

1 de corona in P.L. 1. 80 

2  les coptes d'Egypte se signent encore aujourd'hui avec le seul index; la Tradition  Apostolique d'Hippolyte conseille de se signer ainsi avec son haleine humide le front et les yeux car " c'est le signe connu et éprouvé de la Passion  contre le diable"

3  Le pape de rome Innocent III ( épiscopat de 1198 à 1216) témoigne de cette  manière de faire en Occident et ajoute qu'en ce début du 13è S. quelques uns se signent de la gauche vers la droite.

4 Le sacramentaire gélasien contient la magnifique et sobre formule: Reçois le signe de la croix, aussi bien dans le coeur, comme tu le reçois sur le front.

5  épitaphe de la Gayolle (Brignoles, Var)  circa  fin 2è S. début 3è d'après A. Fliche

 

 

3. LE JOUG DE L’AMOUR

                                                   

 

J’ai étendu mes mains et je me suis offert au Seigneur ;

l’extension des mains en est le signe,

l’extension du bois étendu où a été pendu,

sur la route, le Juste.

J’ai été sans profit à ceux qui ne m’ont pas saisi,

mais je viens auprès de ceux qui m’aiment.

Ils sont morts, tous mes persécuteurs;

mais ils me prient, ceux qui me croient vivant.

Je suis ressuscité, je suis avec eux,

je parle par leur bouche ;

j'ai chassé ceux qui les persécutent ;

sur eux j’ai jeté le joug de mon amour.

Comme le bras du fiancé sur sa fiancée,

ainsi est mon joug sur ceux qui me connaissent.

Comme la tente des fiançailles est dressée chez le fiancé,

mon amour protège ceux qui croient en moi.

Je n’ai pas été réprouvé,

quand même j’ai semblé l’être.

Je n’ai pas péri,

bien qu’ils m’aient condamné.

L’enfer m’a vu

et il a été vaincu,

la mort m’a laissé partir,

et beaucoup avec moi.

J’ai été pour elle fiel et vinaigre ;

je suis descendu avec elle, au Schéol,

autant qu’il avait de profondeur.

La mort a détendu pieds et tête,

ne pouvant supporter mon visage.

J’ai tenu parmi ses morts

une assemblée de vivants.

Je leur ai parlé avec des lèvres vivantes,

en sorte que ma parole ne fût pas vaine.

Ils ont couru vers moi ceux qui étaient morts ;

ils ont crié et dit : Aie pitité de nous,

Fils de Dieu, agis avec nous selon ta grâce ;

fais-nous sortir des liens des ténèbres,

ouvre-nous la porte, que nous sortions avec toi.

Nous voyons que notre mort

ne s’est pas approchée de toi.

Soyons délivrés, nous aussi avec toi,

car tu es notre Sauveur.

Pour moi j’entendis leurs voix,

et je traçai mon nom sur leur tête.

Aussi sont-ils libres et m’appartiennent.

Alleluia !                                             

 

                                                                         Ode 42 de Salomon

            (Anonyme de la 1ère moitié du 2ème siècle)

                                                       

 

 

mystère de la croix